mercredi 1 décembre 2010

pas d'éducation à la citoyenneté sans mémoire collective

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le Québec n'existe plus !

Mathieu BOCK-CÔTÉ


2,2% par année ! C’est le nombre d’étudiants du niveau collégial qui suivent un cours d’histoire du Québec, selon la fondation Lionel-Groulx, qui vient de publier une étude sur la question. Le résultat est évidemment désastreux. On ne peut pas dire pour autant qu’il soit surprenant. Car l’enseignement de l’histoire n’est plus à la mode. Ni au primaire, ni au secondaire, ni au collégial.

Notre société n’explore le passé que pour confirmer par effet de contraste à quel point le présent lui est supérieur. Pour plusieurs, l’enseignement de l’histoire n’a pas d’abord pour vocation de la comprendre, mais de féliciter grossièrement la société actuelle, de lui décerner un certificat d’ouverture, de supériorité morale. On étudie le passé pour se réjouir de ne plus y être enfermé.

Mais le problème est plus profond. Car à bien voir, lorsque l’histoire est présente, c’est le Québec qui est absent. Comme s’il s’agissait d’une histoire insignifiante. On l’a non pas complétée, mais remplacée par l’histoire des civilisations lointaines. Au nom de la mondialisation, de l’ouverture à la diversité ? C’est ce qu’on dit.

J’y vois plutôt une forme d’exotisme obligatoire qui domine une école résolue à fabriquer à la chaîne des citoyens du monde. Ce que j’en pense ? Citoyens du monde mon œil. Citoyens de nulle part. On se demande pourquoi une partie importante de la jeunesse déserte son devoir civique. Les pédagogues du vivre-ensemble cherchent à bricoler une solution en disant que voter, c’est cool, c’est festif.

avant de participer à la vie publique, encore faut-il savoir

quelle collectivité on appartient

Sottise :  c’est plutôt le caractère solennel du vote qu’il faudrait rappeler, l’individu devant s’élever de temps en temps à la grandeur du citoyen. Mais avant de participer à la vie publique, encore faut-il savoir à quelle collectivité on appartient. C’est ici que l’enseignement de l’histoire devrait jouer son rôle en cultivant le sentiment d’appartenance au Québec, en faisant en sorte que les jeunes générations ressentent une solidarité avec celles d’hier.

On parle beaucoup d’éducation à la citoyenneté ces années-ci. Une telle éducation tournera à vide si elle ne repose pas d’abord sur une mémoire collective nous rappelant que nous sommes héritiers d’une expérience historique à poursuivre. L’école québécoise n’est plus capable de transmettre la culture. Pire, elle ne le désire plus. Elle veut nous adapter à notre présent, nous préparer à l’avenir, nous faire aimer la planète, nous faire chanter les louanges de la mondialisation. Elle a oublié de nous faire aimer le Québec.

Mathieu Bock-Côté
source

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Entièrement d'accord avec toi, Mathieu. Nous avons avons expliqué cela dans notre livre avec Daniel Lefeuvre, Faut-il avoir honte de l'identité nationale ? (Larousse, 2008)

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Michel Renard


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mercredi 28 juillet 2010

vue du Canada : la discrimination positive

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La discrimination positive est un scandale

Mathieu Bock-Côté

Si le gouvernement conservateur a mauvaise réputation au Québec, on ne saurait toutefois lui contester ses initiatives les plus valables. La remise en question de la discrimination positive en est assurément une.

Un mot d’abord sur la vision de la société des partisans de la discrimination positive. Selon eux, la société occidentale serait un système d’exclusion raciste et sexiste. Une «majorité blanche» exercerait son hégémonie sur les grandes institutions et les «minorités» seraient ghettoïsées, ­marginalisées. Pour corriger cette situation, on privilégiera l’embauche de représentants des «minorités», ce que ­permettrait la discrimination positive.

Mais ce langage faussement vertueux masque un véritable scandale. Une femme d’Ottawa l’a récemment découvert. Un emploi pour lequel elle voulait postuler était réservé à certains groupes ethniques. Du simple fait qu’elle était « lanche», elle en était formellement ­exclue. Ainsi, la personne appelée à occuper ce poste aura d’abord pour fonction d’y représenter son groupe ethnique plutôt que d’y performer. Adieu l’excellence!

Résumons la chose ainsi : vous souhaitez un poste pour ­lequel vous êtes remarquablement qualifié ? Mais vous vous appelez Pierre Tremblay ? Ou John Smith ? Pas de chance! Vous n’aurez pas ce poste car vous êtes coupable d’appartenir à la majorité. Comme le disait récemment Anne Lauvergeon, la présidente de la grande entreprise française Areva, «compétence égale, on choisira autre chose que le mâle blanc». Il ne faut pas se laisser berner par la «compétence égale » qui n’est que cosmétique. Évidemment, si vous protestez, on vous accusera de ­racisme.

La discrimination positive réduit la justice sociale à un bête système de quotas ethniques et sexuels qui trie les individus selon leurs origines plutôt que selon leurs mérites. Mais à vouloir faire correspondre la distribution des postes à un fantasme statistique qui relève du multiculturalisme victimaire, c’est la liberté de chacun qui régresse, le bien commun qui écope et la société qui se fragmente.

La discrimination positive est malfaisante. Si je suis malade, je ne voudrai pas me faire ­soigner par un médecin blanc, noir ou mauve, mais ­simplement par un excellent médecin. En toutes circonstances, c’est la compétence qui devrait prévaloir. C’est aussi l’avis de la majorité silencieuse. Il était temps qu’on l’entende.

Mathieu BOCK-CÔTÉ
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lundi 7 décembre 2009

ceux qui se réclament des «droits de la personne» et de la «tolérance» en appellent de plus en plus à la censure

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Sommes-nous vraiment libres de

nous exprimer au Québec ?

Mathieu BOCK-CÔTÉ

«Nous assistons à la régression de la liberté d’expression au Québec à travers l’hégémonie de la rectitude politique par laquelle certaines élites médiatiques, intellectuelles et technocratiques confisquent le débat public et accusent systématiquement d'intolérance ceux qui expriment un désaccord avec elles. La technique de diabolisation est bien connue : on accusera son adversaire de dérapage, ce qui consiste à dire qu'il s'éloigne du seul chemin autorisé par les nouveaux curés de la pensée unique. 

Cette censure est particulièrement visible sur les questions liées à l'identité québécoise. Comme on l'a vu avec la crise des accommodements raisonnables, ceux qui s'opposent au multiculturalisme se font accuser de racisme, de xénophobie, de frilosité identitaire. Autrement dit, le désaccord politique est interdit et ceux qui le manifestent sont présentés comme les porteurs d’une pathologie morale. Or, on ne débat pas avec une pathologie, on la guérit. On ne lui donne surtout pas droit de parole non plus.

Paradoxalement, on ne le remarque pas assez, mais ce sont ceux qui se réclament des «droits de la personne» et de la «tolérance» qui en appellent de plus en plus à la censure des propos qui contredisent le multiculturalisme dominant. On trouve même des intellectuels pour en appeler au retour légal ou administratif de la censure et au contrôle de l’information dans les médias, comme on l’a vu au moment de la commission Bouchard-Taylor. Autrement dit, la liberté d’expression est menacée par ceux qui prétendent la protéger.»

Mathieu Bock-Côté
candidat au doctorat en sociologie
à l'UQAM (université du Québec à Montréal)
journalmetro.com/quebec

 

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commission Bouchard-Taylor

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jeudi 21 mai 2009

Décriminaliser l'identité nationale (Mathieu Bock-Côté)

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Décriminaliser l'identité nationale

Mathieu BOCK-CÔTÉ (Québec)

La question du voile ferait resurgir le «vieux fond xénophobe» des Québécois. C'est ainsi que Michèle Ouimet a réagi au débat très vif qui a suivi la récente prise de position de la Fédération des femmes du Québec sur la question.

Cette formule, aussi banale que virulente, est symptomatique du préjugé médiatique contre l'identité nationale, qui assimile systématiquement la critique du multiculturalisme à une manifestation de xénophobie, voire, de racisme.

S'il ne s'agissait que d'une déclaration un peu gauche et malheureuse, il n'y aurait nul besoin de s'y attarder. Mais tel n'est justement pas le cas tant cette formule est révélatrice de la rupture entre certaines élites et les classes moyenne et populaire autour de la question de l'identité nationale.

Au sommet de notre société, et surtout dans les milieux qui se disent évolués, le multiculturalisme a la valeur d'un dogme, d'une évidence. Au nom de la diversité, on célèbre un Québec pluriel où l'héritage historique majoritaire n'en serait plus qu'un parmi d'autres dans une nouvelle synthèse identitaire s'accomplissant dans les chartes de droits et l'universalisme progressiste qu'elles incarneraient.

Cette vision s'accompagne d'un rapport pénitentiel à l'histoire occidentale, et par là, de l'histoire québécoise. Jusqu'aux années 60, cette histoire aurait été traversée par le démon de l'intolérance, du refus de l'autre - de là le vieux fond xénophobe qu'il faudrait liquider. Mais le multiculturalisme, à la manière d'un génie rédempteur, réaffirmerait la promesse égalitaire des sociétés modernes et devrait pour cela être assimilé à une dynamique émancipatrice.

C'est à partir de cette sensibilité que l'intelligentsia se permet de disqualifier moralement ceux qui ne célèbrent pas l'avènement du multiculturalisme d'État. On l'a vu avec la controverse des accommodements raisonnables, l'immense majorité de la population entretient un rapport critique envers le multiculturalisme et souhaite une restauration de l'identité nationale comme norme d'intégration pour les nouveaux arrivants.

De ce point de vue, le Québec n'est pas une page blanche et l'intégration des immigrants à l'identité nationale relève moins des chartes de droits que de l'adhésion à une communauté de mémoire et de culture. De ce point de vue, surtout, tous les symboles religieux ne sont pas équivalents dans l'ordre symbolique et la conjugaison d'une certaine laïcité avec la défense du patrimoine historique du Québec ne doit pas être perçue comme une mesure discriminatoire envers les communautés culturelles.

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La tension entre le multiculturalisme des élites et le nationalisme de sens commun des classes moyenne et populaire est constitutive de l'espace politique des sociétés contemporaines. Devant cette réalité, les élites ont deux choix. Elles peuvent reconnaître la distance exagérée de leur sensibilité idéologique avec celle de la société qu'elles prétendent éclairer et se questionner sur leurs préjugés contre l'identité nationale.

Elles peuvent aussi assimiler la persistance du sentiment national à une pathologie identitaire et en appeler, à grand renfort de politiques de «lutte au racisme» et «d'éducation à la différence», à la reconstruction multiculturelle de l'identité collective pour l'évider de son particularisme historique. C'est évidemment ce second choix qui est privilégié de manière systématique.

L'espace public québécois est enfermé dans le dispositif du politiquement correct, qui traduit systématiquement le malaise populaire devant l'enthousiasme hypermoderne des élites dans le langage de l'intolérance. Il serait temps d'assainir le langage politique pour que cesse la criminalisation de l'identité nationale. Ceux qui se réclament du multiculturalisme permettraient ainsi un débat raisonnable sur la question qui n'est quand même pas vaine ni illégitime de la perpétuation de l'identité nationale sans crier toujours à la xénophobie ou au racisme.

Mathieu Bock-Côté (Québec)
source (21 mai 2009)

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- l'auteur est candidat au doctorat en sociologie à l'UQAM (université du Québec à Montréal), auteur de La dénationalisation tranquille, éd. Boréal (Québec), 2007.






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avec la victoire électorale du Parti Québecois, la devise du Québec, "Je me souviens",
figure sur les plaques d'immatriculation depuis 1978

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dimanche 17 mai 2009

«la légitimité démocratique doit d'abord exister en tant que légitimité nationale»

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Bock-Côté contre les fossoyeurs

de la nation

Louis CORNELLIER (Québec)

 

bockLe jeune homme, doctorant en sociologie, préparait son coup depuis quelques années. On le voyait, l'entendait et le lisait de plus en plus souvent, sur différentes tribunes, savantes ou populaires, toujours à s'insurger contre un certain progressisme identitaire, contre le virage civique du nationalisme québécois sur la défensive. Intellectuel hyperactif se réclamant de la tradition conservatrice, au sens philosophique du terme, Mathieu Bock-Côté, notamment dans les pages de L'Action nationale, critiquait sans relâche les élites souverainistes qui avaient peur de leur ombre nationale.


refaire du souverainisme un nationalisme et du nationalisme un souverainisme

L'essai qu'il nous offre, aujourd'hui, relève du coup d'éclat. Brillant, intense et puissamment polémique, La Dénationalisation tranquille, en effet, est un ouvrage qui fera date dans l'histoire du débat sur la question nationale. Virulente charge menée contre un souverainisme dénationalisé et multiculturel, il se veut une invitation pressante à «refaire du souverainisme un nationalisme et du nationalisme un souverainisme».

Depuis 1995, écrit Bock-Côté, «les élites souverainistes sont devenues sensibles à la moindre accusation d'ethnocentrisme dans la définition du "nous" national». En 1996, la direction du PQ refusait de restaurer la Charte de la langue française et qualifiait de «radicaux» ses membres qui plaidaient dans le sens contraire. En 1999, le Bloc québécois rejetait la notion des deux peuples fondateurs, trop ethnique, culturelle et historique à son goût.

En 2000, les élites souverainistes participaient à la condamnation nationale d'un des leurs, Yves Michaud, pour des propos «au sujet du vote référendaire des minorités ethniques». L'heure était venue, écrivait l'intellectuel Claude Bariteau dans cette logique, d'en finir avec «l'orientation culturelle du projet souverainiste afin de faire election_quebecdisparaître les derniers irritants qu'elle véhicule eu égard à une conception civique du Québec de demain».

Mais comment, dans ces conditions, justifier la lutte souverainiste, ainsi coupée de sa mémoire et de son histoire nationale ? Le Canada ne constitue-t-il pas déjà une telle nation civique ? À cette critique, explique Bock-Côté, les élites souverainistes ont répondu par un nouvel argumentaire à saveur sociale et idéologique.

L'identité québécoise, ont-elles affirmé, repose sur des valeurs progressistes. En ce sens, «la cohabitation des deux nations n'est plus possible, l'identité nationale progressiste des Québécois entrant en contradiction avec l'identité nationale conservatrice du Canada anglais». Ce souverainisme dénationalisé, remarque Bock-Côté, «aura mis la table du souverainisme marginalisé». Plus encore, il prépare une dépression collective pour la communauté franco-québécoise en la vidant de tout projet.

Comme l'écrit Régis Debray, «pas de projet sans patrimoine commun, et pas de patrimoine commun sans volonté commune». C'est dire, précise Bock-Côté, que «la légitimité démocratique est insuffisante en elle-même et doit d'abord exister en tant que légitimité nationale». Tout projet politique, en d'autres termes, suit la reconnaissance d'une communauté nationale de mémoire et de culture qui lui donne sa cohésion. «Il faut aux hommes, écrit l'essayiste, la conviction d'appartenir à une communauté d'histoire qui leur survivra pour consentir à la décision majoritaire lorsqu'ils n'y souscrivent pas et reconnaître au-delà des divisions sociales un bien commun, un intérêt public [...].»

Autrement dit, on ne fait pas une société sur du vide historique et culturel. Sans le relais partagé de la nation, la société se délite dans une sorte de guerre civile de basse intensité, selon les mots du penseur conservateur John O'Sullivan.

 

le paradoxe de Gérard Bouchard

Comment, cela étant, créer de la cohésion sociale dans une société pluraliste comme le Québec d'aujourd'hui? C'est là le projet auquel s'est attelé Gérard Bouchard, il y a quelques années, c'est-à-dire, selon Bock-Côté, «préserver la possibilité d'une histoire nationale malgré l'apparition de la société des identités qui cherche à se mettre en récit». Pour ce faire, l'historien a suggéré une sorte de déconstruction de l'histoire nationale canonique visant à la décentrer par rapport à l'héritage canadien-français. Il s'agissait d'«ouvrir le cercle de la nation» pour y faire entrer ceux que la tradition avait laissés en marge. Cette réécriture de l'histoire du Québec, commente Bock-Côté, exigeait de «se trouver coupables de crimes contre l'altérité dans les pratiques de construction de la nation telles qu'on peut les retracer au long de l'histoire».

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Le problème de cette démarche, explique l'essayiste, est qu'elle acquiesce à un multiculturalisme qui n'est pas tant la reconnaissance d'un fait qu'une machine de guerre idéologique, une sorte de marxisme recyclé dans le champ culturel, visant à terrasser la nation, perçue comme la cause de toutes les injustices. «L'histoire nationale et le pluralisme identitaire sont antithétiques, écrit Bock-Côté. L'historien qui endosse ce programme ne peut plus prétendre travailler à remodeler la conscience historique de son peuple, parce qu'il rejette alors l'idée nationale dans son principe même [...]. Une société dispersée n'est plus une nation, même si certains acrobates de l'esprit cherchent à tenir en équilibre deux notions faites pour entrer en conflit.» Bock-Côté emploie donc le vocabulaire bouchardien et qualifie l'historien de «penseur fragmentaire, équivoque».

Il sera encore plus sévère à l'endroit de Jocelyn Létourneau qui, selon lui, veut «penser le Québec après le nationalisme», dans une perspective non nationale, sous prétexte que «les historiens nationalistes auraient créé un imaginaire de l'échec». Les Québécois, écrit Bock-Côté, résistent à cette disqualification historiographique du fait national et ils ont raison. «Il est bien possible, ajoute-t-il, que le communautarisme franco-québécois soit moins plastique que ne le prétendent les ingénieurs identitaires.» La vérité, en cette matière, a ses droits, mais, pour parler comme Dumont, elle ne peut négliger le critère de la pertinence, et «la pertinence québécoise est une pertinence nationaliste» qui perçoit l'histoire «comme une vaste entreprise de reprise en main collective».

 

penser à l'abri du pluralisme

C'est ce qu'ont compris, selon Bock-Côté, des auteurs comme Pierre Duchesne, Pierre Godin, Jean-François Lisée et Normand Lester, dont les récents travaux s'inscrivent dans la tradition de l'interprétation nationaliste de notre histoire. «Une histoire biographique, précise l'essayiste, qui donne son importance aux hommes, une histoire centrée sur la question nationale, qui y voit le premier drame du récit québécois, une histoire politique, repérable à la surface du social.» Contrairement à nos historiens universitaires, ces journalistes n'auraient pas perdu la mémoire et n'hésiteraient pas, en s'inspirant de Maurice Séguin, à «penser à l'abri du pluralisme» en renouant avec le désir d'achèvement des Franco-Québécois.

Élégant styliste et penseur supérieurement intelligent, Bock-Côté, qui n'a pas 30 ans, signe ici un essai important et roboratif qui va mettre le feu aux poudres. En faisant l'impasse sur le pluralisme identitaire - il le congédie au nom «d'un gaullisme à la québécoise, existentiel et intellectuel» - et en jouant le sens commun populaire contre les élites, il s'expose en effet à une volée de bois vert. Il est capable d'en prendre.

Le Devoir, 6 et 7 octobre 2007
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samedi 16 mai 2009

«le Québec n'est pas une page blanche» (Mathieu Bock-Côté)

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nationalisme québécois

le Québec n'est pas une page blanche

La Dénationalisation tranquille
Mathieu Bock-Côté. Éditions du Boréal, 2007, 216 pages. 22,95 $

présentation de l'éditeur

Depuis quelques années, on a dit de l’identité québécoise qu’elle s’est métamorphosée, qu’elle n’est plus héritière du parcours historique de la majorité francophone. Partout résonne un discours plaidant, au nom du multiculturalisme et d’une ouverture à l’autre, pour le dépassement de la mémoire nationale comme espace de rassemblement de la société québécoise.

Pourtant, de nombreux indices, dont la controverse entourant les accommodements raisonnables, laissent croire que les Québécois sont encore attachés à une définition historique et existentielle de leur identité nationale.

Dans La Dénationalisation tranquille, Mathieu Bock-Côté analyse la diffusion d’une mauvaise conscience qui aura convaincu la pensée québécoise de se redéfinir en dehors des raisons fortes qui l’avaient traditionnellement alimentée. À travers l’étude des acteurs politiques et des historiens qui ont contribué à forger la culture politique postréférendaire, en particulier Jocelyn Létourneau et Gérard Bouchard, il cherche à voir comment cette tentative de transformation de l’identité nationale aura été menée et comment elle se sera soldée, selon lui, par un échec.

Cette étude en forme d’essai permettra de mieux comprendre la culture politique postréférendaire, tout en ouvrant la réflexion sur une reconstruction de la conscience collective qui permettra au Québec de retrouver le sens de sa continuité nationale.

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vendredi 15 mai 2009

la conversion forcée du Québec au multiculturalisme

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l’école : laboratoire d'un endoctrinement

Mathieu BOCK-CÔTÉ (Québec)

S’il fallait un aveu, il est là. Dans son témoignage au procès portant sur le droit d’exemption au cours "Éthique et culture religieuse" (ECR), Gérard Bouchard, un des principaux théoriciens du multiculturalisme québécois, a reconnu que la principale fonction de ce cours était d’assurer la reconstruction identitaire de la société québécoise sur le modèle du multiculturalisme. Cette déclaration a la vertu de dévoiler la véritable mission du cours ECR et de l’inscrire au cœur du débat public : la conversion forcée du Québec au multiculturalisme.

finalités politiques

Mais Gérard Bouchard [ci-contre] allait encore plus loin dans son témoignage : «la crise des accommodements 70933raisonnables n'aurait jamais éclaté si le cours était donné depuis longtemps dans les écoles québécoises». Il ne faisait en cela que confirmer ce qu’avait écrit Georges Leroux dans sa plaquette de 2007 : «on doit […] concevoir une éducation où les droits qui légitiment la décision de la Cour suprême [à propos de l’affaire du kirpan], tout autant que la culture religieuse qui en exprime la requête, sont compris de tous et font partie de leur conception de la vie en commun. Car ces droits sont la base de notre démocratie, et l’enjeu actuel est d’en faire le fondement d’une éthique sociale fondée sur la reconnaissance et la mutualité. C’est à cette tâche qu’est appelé le nouveau programme d’éthique et de culture religieuse». Ces deux déclarations dévoilent bien ce que plusieurs ont désigné ailleurs comme les «finalités politiques» du cours ECR.

Finalités politiques. La formule témoigne bien du rôle de l’école qui, selon les théoriciens du multiculturalisme, loin de transmettre une culture historiquement définie et des connaissances sous le signe du savoir, doit plutôt servir de laboratoire pour réaliser l’utopie progressiste d’une société dénationalisée. Cette mise de l’école au service du multiculturalisme en dit long sur la représentation que se font de l’identité québécoise les élites intellectuelles et technocratiques qui composent le parti multiculturaliste.

Car ces dernières le constatent : les Québécois n’adhèrent pas à la religion multiculturelle et désirent plutôt en renverser les dogmes en restaurant la prédominance légitime de la culture nationale comme cadre d’intégration des immigrants.

Mais le refus de dissoudre la culture nationale dans le bazar du cosmopolitisme mondialisé est assimilé à une pathologie identitaire que Bouchard et Taylor ont d’ailleurs cherché à diagnostiquer dans le rapport de leur commission en plaidant pour la création d’une nouvelle identité collective qui ne trouverait plus sa matière dans le Québec historique mais bien dans les chartes de droits et les valeurs qui les porteraient. Pour les défenseurs du cours ECR, la démocratie ne s’accomplirait véritablement que dans les paramètres du multiculturalisme d’État.

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fabriquer un nouveau peuple ?

Il y a pourtant un problème démocratique à vouloir fabriquer un nouveau peuple, à défaut de convaincre celui qui existe déjà. Car ce n’est pas à l’école mais bien au débat public qu’il devrait revenir de changer la société et la première n’est aucunement autorisée à accoucher de ce que le peuple refuse par le second.

Chose certaine, il n’est plus possible de dire, comme le soutiennent les propagandistes du ministère, que le cours ECR n’a pour seule fonction que d’approfondir la connaissance du fait religieux. Bien au contraire, il l’instrumentalise pour le traduire dans les termes d’un endoctrinement idéologique. Il faut se souvenir que Richard Martineau avait rapporté, et il ne fut pas le seul à le faire, qu’un exercice pédagogique proposé dans le cadre du cours ECR consistait à dessiner un nouveau drapeau pour le Québec pour en enlever les symboles «discriminatoires». La consultation des manuels scolaires aura aussi confirmé le délire idéologique que couve ce programme.

Nos élites ont beau parler d’ouverture à l’autre, il faut surtout y reconnaître, malgré la novlangue managériale, le vocabulaire de la pénitence, de la repentance, et de l’oblitération de l’identité nationale. Le cours ECR est exemplaire du retournement des institutions collectives contre l’identité nationale.

révoquer ce programme

La crise des accommodements raisonnables a témoigné du profond enracinement de l’identité québécoise et du refus de son recyclage dans une nouvelle synthèse où elle ne serait plus qu’un communautarisme parmi d’autres. On reconnaîtra dans le cours ECR la contre-offensive de la technocratie pluraliste pour déconstruire dans ses fondements mêmes l’expérience historique québécoise et implanter définitivement le multiculturalisme d’État.

On le sait, il y a plusieurs résistances contre ce programme. Mais ceux qui réclament un droit d’exemption font fausse route tant leur demande se contente d’exiger un «accommodement raisonnable» pour les familles les plus religieuses au sein du système d’éducation. Car il ne s’agit pas de jouer la charte des droits contre le chartisme et de retourner la logique des accommodements raisonnables contre le multiculturalisme.

L’objectif devrait être la révocation de ce programme devenu exemplaire de l’idéologisation du système scolaire québécois. L’abolition du cours ECR devrait être au cœur de toute politique centrée sur le démantèlement des structures institutionnelles du multiculturalisme québécois.

Mathieu BOCK-CÔTÉ (Québec)


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Il y a au Québec trois emblèmes officiels :
le bouleau jaune, l'iris versicolore et le harfang des neiges




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qui est Mathieu Bock-Côté ?

Bock-Côté : citoyen polémiste

Antoine Robitaille

Le Devoir, vendredi 21 septembre 2007

Gérard Bouchard doit résoudre une crise qu'il a contribué à créer, dit le sociologue

 

Mathieu Bock-Côté
photo : Pedro Ruiz

Il y aurait un grand paradoxe avec la Commission sur les accommodements raisonnables : un de ses coprésidents, Gérard Bouchard, est appelé à résoudre une crise qu'il a, au fond, contribué à créer. C'est du moins ce que croit fermement le sociologue Mathieu Bock-Côté, jeune polémiste hyperactif - né l'année du premier référendum -, qui publie cette semaine La Dénationalisation tranquille (Boréal), un premier essai attendu.

Au dire de Mathieu Bock-Côté, Gérard Bouchard est le chef de file d'une cohorte d'intellectuels «politiquement corrects» et coupables, depuis 1995 - l'année de la fameuse phrase de Jacques Parizeau [1] -, d'avoir vidé le nationalisme québécois de sa substance, «criminalisé» tout sentiment majoritaire des Québécois et déconstruit l'esprit national. Rien de moins.

implanter de force une nouvelle identité québécoise

Cette intelligentsia craignait tellement d'être associée à la déclaration honnie («sociologiquement vraie mais politiquement maladroite», note Bock-Côté) de Parizeau qu'elle a enfoncé le bouchon le plus loin possible.

À l'autre extrême, celui de la «dénationalisation». L'histoire, l'«expérience historique» francophone, le «nous», la «survivance», les ancêtres et même la défense de la langue française: tout cela et bien d'autres choses évoquant les racines et les souches ont été décrétés suspects de contamination «ethnique».

Le concept de «majorité francophone» ? Infréquentable. «Vous vous souvenez, dit Mathieu Bock-Côté, c'était l'époque où on assimila le nationalisme historique à un nationalisme "ethnique" fermé sur les autres, auquel on a tout de suite opposé le nationalisme "civique", seul compatible avec l'exigence démocratique

Une époque - de 1996 à 2003 - «un peu folle», marquée par ces querelles des anciens et des postmodernes que furent notamment l'affaire Michaud et la liquidation, par le Bloc québécois, de la notion des «deux peuples fondateurs». Et ce n'est pas tout, poursuit l'inarrêtable Bock-Côté : les intellectuels, au premier chef Gérard Bouchard, ont tenté depuis une décennie «d'implanter de force une nouvelle identité québécoise fabriquée par eux». Le seul et unique socle en était les chartes des droits.

Les Cahiers du 27 juin (revue nommée ainsi en référence au 27 juin 1975, date à laquelle la Charte québécoise des droits et libertés de la personne fut adoptée) sont une publication qu'aime bien critiquer Mathieu Bock-Côté.

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À l'ère postréférendaire, la nation devait au plus vite devenir une pure affaire de procédures. Selon les plus zélés, c'est la nation, carrément, qui devait disparaître de notre vocabulaire. «Pourquoi ne pas parler de société ?», a déjà dit l'historien Jocelyn Létourneau, auquel Bock-Côté consacre un chapitre critique de son essai. Le vieux monde, issu de la Grande Noirceur, suspect de «fermeture, de xénophobie et de haine de l'autre», devait être rejeté au plus vite avant qu'il ne fasse d'autres dommages. Il fallait reprogrammer le patriotisme pour le rendre strictement constitutionnel, «Jürgen Habermas l'avait dit», raille Bock-Côté.

Les cercles intellectuels, ces mondes si perméables aux modes et où la vertu se porte «à la boutonnière», ont rapidement fait consensus : «Tous les intellectuels du Québec sont d'accord, le peuple québécois ne peut que se rallier», a même lancé un jour sans rire un de ces philosophes de l'identité, se souvient Mathieu Bock-Côté en rigolant. «Ça me fait penser à la phrase de Brecht : "Ne serait-il pas plus simple de dissoudre le peuple et d'en élire un autre ?"».

le tournant du 26 mars [1977]

Or, le 26 mars dernier, le peuple a refusé d'être réformé ou dissous, se réjouit le sociologue. «Il a refusé le rôle qu'on lui assignait dans le grand laboratoire cosmopolite à ciel ouvert pour ingénieurs sociaux maladroits qu'était devenu le Québec», dit Bock-Côté.

En propulsant l'ADQ au rang d'opposition officielle, ce peuple a rappelé qu'il ne voulait pas nécessairement de la nouvelle identité québécoise abstraite et désincarnée, nettoyée civiquement par les «élites pluralistes». «Une identité, ce n'est pas le résultat d'une série de colloques mais le fruit d'une expérience historique !», tonne-t-il.

L'ADQ, à la faveur du débat sur les accommodements raisonnables, «s'était réapproprié le thème de la défense de l'identité québécoise». À partir de ce moment, le Parti québécois a dû prendre conscience qu'en «dissociant le projet souverainiste de la défense de l'identité québécoise», il est passé bien près de la disparition.

Ses réflexes hérités de la «mauvaise conscience» de 1995 étaient si bien intégrés, dit le sociologue, que tout ce que son «chef dénationalisé» André Boisclair a réussi à dire pendant la controverse sur les accommodements raisonnables, c'est ceci : «Confiance, nous avons des chartes.» Selon Mathieu Bock-Côté, depuis des années, le PQ se refusait de voir les signaux d'alarme :  la controverse sur le kirpan, celle sur le programme d'histoire. «Ce parti ne semblait pas vouloir de l'électorat qu'il avait

dépossédé sur le plan identitaire depuis 1995

Mathieu Bock-Côté - qui revendique l'étiquette de «conservateur» et aime pester contre le «progressisme» - remercie l'ADQ d'avoir «fait sauter le loquet qui interdisait le débat public» sur la question de l'identité. Il loue Mario Dumont d'avoir fait le choix d'un «nationalisme majoritaire plutôt conservateur» qui rejoignait le peuple, «dépossédé sur le plan identitaire» depuis 1995.

Notamment lorsqu'il a écrit que les Québécois «se sont battus avec trop d'acharnement à porter [leur] langue et [leur] identité à travers les siècles sur ce continent pour que tout cela s'estompe bêtement au fil d'un déclin démographique».

II y a un hic, toutefois : l'ADQ a beau «avoir de bons instincts», note Bock-Côté, elle ne semble pas être capable de les traduire «en vision à moyen et à long terme». Cet admirateur de Charles de Gaulle perçoit en ce parti une «petitesse provinciale déplorable». S'il est prompt à condamner le souverainisme sans identité du PQ de l'époque Boisclair et du Bloc de Duceppe (où il a déjà milité), il souligne que «l'identité sans la souveraineté», comme à l'ADQ, produit une forme de «régionalisme incapable de penser le Québec dans ses aspects institutionnels». Les laudateurs exaltés de «Montréal-pluri-multi-centre-du-monde» l'énervent.

Mais ce nouveau et atypique résidant du Plateau - fier natif du 450, plus précisément de Lorraine - déplore la tentation adéquiste de ne pas «vraiment penser l'intégration des immigrants» en se disant, selon une «mentalité de bourgade», que «la vraie identité québécoise se trouve à Saint-Hyacinthe et pas à Montréal». Le risque, c'est «d'abandonner la métropole à son sort» en ne cherchant même plus à la «réintégrer dans l'espace national».

bock

Mathieu Bock-Côté, qui a déjà travaillé dans l'entourage de Bernard Landry, a bien apprécié le grand retour du «nous» chez Pauline Marois. «Elle met le doigt sur la bonne chose. Mais va-t-elle le dire, le redire, l'assumer et l'incarner ?» En plus, ce changement de discours correspond à l'intérêt électoral du PQ, dont la tâche, après des années de dénationalisation, consiste à convaincre de nouveau les Québécois qu'il veut défendre leur identité.

Deux questions, enfin. La majorité a des droits, certes, mais ne peut-elle pas devenir tyrannique, comme Tocqueville nous en avait avertis ? «Il fut un temps où on pouvait parler ainsi de manière sensée, mais j'ai l'impression aujourd'hui qu'il y a une espèce d'hyperbole autour de cette question», répond le doctorant. Cela nous porterait à oublier que les «minorités peuvent l'être aussi [tyranniques]», ajoute-t-il. «On donne spontanément tort à la majorité de nos jours, il suffit de lire les textes de la commission Bouchard-Taylor. Il y a un soupçon qui traîne toujours autour des majorités. On veut les déconstruire, les démanteler, les désenclaver. On veut se mettre à l'abri de la souveraineté populaire», fulmine-t-il.

Et le racisme ? L'antiracisme est sans doute excessif parfois, mais cela signifie-t-il que le racisme ait disparu? Certes, «il y en a dans les marges», reconnaît Bock-Côté. «Mais est-ce qu'on est pour autant une société ayant un problème majeur de racisme ? Non. Je refuse cette vision qui consiste à catégoriser sous le signe du racisme toute forme de critique du multiculturalisme

***

- La Dénationalisation tranquille, Mathieu Bock-Côté, éditions du Boréal, 211 pages

source : Le Devoir (Québec)


[1] «C'est vrai, c'est vrai qu'on a été battus, au fond, par quoi ? Par l'argent puis des votes ethniques, essentiellement. Alors, ça veut dire que, la prochaine fois, au lieu d'être 60 ou 61 % à voter « Oui », on sera 63 ou 64 % et ça suffira» (Jacques Parizeau, discours du 30 octobre 1995).


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Posté par michelrenard à 08:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]