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histoire agraire de la France :

les origines reculées d'une armature

Marc BLOCH (1941)



t_bloch5L’homme passe son temps à monter des mécanismes, dont il demeure ensuite le prisonnier plus ou moins volontaire.

Quel observateur parcourant nos campagnes du Nord n’y a été frappé par l’étrange dessin des champs ? En dépit des atténuations que les vicissitudes de la propriété ont, au cours des âges, apporté au schéma primitif, le spectacle de ces lanières qui, démesurément étroites et allongées, découpent le sol arable en un nombre prodigieux de parcelles, garde encore aujourd’hui de quoi confondre l’agronome.

Le gaspillage d’efforts qu’entraîne une pareille disposition, les gênes qu’elle impose aux exploitants ne sont guère contestables. Comment l’expliquer ?

Par le Code Civil et ses inévitables effets, ont répondu des publicistes trop pressés. Modifiez donc, ajoutaient ils, nos lois sur l’héritage ; et vous supprimerez tout le mal. S’ils avaient mieux su l’histoire, s’ils avaient aussi mieux interrogé une mentalité paysanne formée par des siècles d’empirisme, ils auraient jugé le remède moins facile.

les défricheurs de l'âge des dolmens
En fait, cette armature remonte à des origines si reculées que pas un savant, jusqu’ici, n’est parvenu à en rendre un compte satisfaisant ; les défricheurs de l’âge des dolmens y sont probablement pour davantage que les légistes du Premier Empire.

L’erreur sur la cause se prolongeant donc ici, comme il arrive presque nécessairement, en faute de thérapeutique, l’ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent ; elle compromet, dans le présent, l’action même.

Marc Bloch, Apologie pour l'histoire, 1941


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- photo de champs dans le département
du Nord, Cédric Lahaeye
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