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"faire exploser l'identité française"...

le projet politique des "Indigènes de la République"


Né en janvier 2005, le mouvement dit des "Indigènes de la République" intervient en politique en mobilisant les catégories du passé colonial de la France et en affirmant que les "discriminations" qui affectent différentes couches de la population sont la redondance de l'injustice et des inégalités coloniales.
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nationalité française et identité française

Plus encore, il porte un discours d'hostilité à l'égard de l'identité française qui dépasse de loin les reproches relatifs aux "discriminations". Jérémy Robine, un doctorant en géopolitique (université Paris VIII) a recueilli les propos de l'animatrice des "Indigènes", Houria Bouteldja [photo ci-contre] pour son article, "les «indigènes de la République» : nation et question post-coloniale", paru dans Hérodote (n° 120, premier trimestre 2006, "la question coloniale" - lire l'article en entier).

On y lit l'imprécation généralisée contre l'identité française, la revendication d'un ailleurs radicalement autre ("on n’est pas sur la même planète, et on ne parle pas avec leurs mots"). Sur ce point, elle a tort, puisque son langage porte l'estampille du vocabulaire et des postures de l'extrême ou de l'ultra-gauche tels qu'on les connaît depuis les années 1960 auxquels se mêlent les références d'un anticolonialisme recyclé sans vergogne malgré son anachronisme évident.


je ne revendique pas d’être française

Sur le site des "Indigènes de la République", on peut lire le texte d'une interview de Houria Bouteldja par Chiara Bonfiglioli (Contretemps n° 16, 11 mai 2006), dans laquelle est formulée la distinction entre la nationalité française et l'identité française : "nous Indigènes, on ne veut pas être français. Ce n’est pas notre problème d’être français. Pour moi être française, c’est un hasard. On est français comme on est chinois comme on est italien, ce que tu veux... moi je m’en fous complètement, je ne revendique pas d’être française. Moi je revendique d’être l’égale des autres. Tout en pouvant, pourquoi pas, rester algérienne. Il se trouve que moi je suis française de nationalité" (source).

Ces positions constituent une rupture avec l'héritage de la lutte des immigrés qui, depuis les années 1970, bataillaient pour l'égalité en France et non contre la France - quelle que soit, par ailleurs, la complexité du rapport intime avec l'éventail des éléments constitutifs de l'identité française.

Quant au hasard de la naissance, je suis bien d'accord. Mais la Classe_de_CP__1974_1975____492_Kovie suit la naissance, et qu'elle se déroule dans tel pays ou tel autre n'est pas sans conséquences sur la formation de l'identité d'un individu, sur les cadres culturels et sensibles avec lesquels il appréhende le monde. La vie ne se réduit pas au statut juridique ("l'égalité") des habitants d'un pays. On ne peut donc se foutre de la culture qui vous a institué comme sujet pensant et ressentant.


il n’y a rien à faire dans ce pays

Voici donc le raisonnement de la fondatrice des "Indigènes de la République", recueilli par Jérémy Robine :
"Pourquoi on organise cette première réunion ? Parce qu’on se dit qu’il n’y a rien à faire dans ce pays, c’est-à-dire qu’on n’y croit plus, on ne croit pas à la possibilité même du débat, on ne croit pas à la possibilité d’une alternative politique. On voit une espèce de rouleau compresseur qui va nous passer dessus et dont on sera les premières victimes, on voit un contexte international qui ne va pas arranger les choses, on voit la mise en œuvre de politiques répressives de plus en plus intenses... Et des médias à la botte des politiques d’État, les émissions de télé avec de faux débats, des faux subversifs de la télé française qui sont en fait des propagandistes de la pensée dominante, des débats où sont mis en scène des caricatures, des gens qui sont censés représenter ce que le Français moyen pense que doit être un Arabe, ou un Noir, donc l’imam est une caricature, la fille soumise est une caricature, la fille voilée, la racaille de banlieue... donc on est encastrés dans des identités figées".

J'aimerais savoir ce qu'est une "alternative politique" à une société définie comme "colonialiste"... La lutte anticoloniale a abouti dans les années 1960 à l'indépendance des États qui se sont séparés de la domination (et de la présence) des Européens. Comment cela se traduirait-il en France aujourd'hui ? Le mouvement des "Indigènes de la République" discute, ces derniers temps, de sa transformation en "Parti des indigènes".  Quel type de société, quel type d'identité ce parti "des indigènes" proposerait-il à la France, eux qui se foutent d'être français ?

L'euphémisation qui évoque un "contexte international qui ne va pas arranger les choses" est une dérobade trop simple pour ne pas évoquer les courants régressifs et agressifs de l'islam mondial. Que pensent les "Indigènes de la République" du fondamentalisme musulman ? de l'islam politique ? Les valeurs portées par ces courants constituent-elles des références positives d'un combat pour l'émancipation, pour la justice et la dignité ?


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la place politique des post-coloniaux

Houria Bouteldja : "En ce qui nous concerne, les postcoloniaux, il n’y a pas de place et il n’y en a jamais eu en réalité, pas d’existence politique pour nous. Donc le constat c’est que si on veut se faire une place dans le débat politique, il faut la conquérir, c’est-à-dire faire exactement le contraire de ce qu’a fait Tariq Ramadan, qui pensait qu’on pouvait discuter et débattre. Il pensait qu’on était dans un système qui offre cette possibilité, il pensait qu’on est dans un système démocratique par exemple... Nous, on n’y croit pas, donc on a décidé de promouvoir un projet de rupture politique, donc un projet qui n’est en aucun cas de discuter avec les dominants, de débattre avec eux : on s’adresse aux populations concernées par notre projet. [...] on n’a pas la prétention de faire la révolution. Un discours de rupture donc, qui fait état d’un continuum colonial. On n’est pas les seuls à le dire, nous, on le ressent dans notre intimité, mais il y a des travaux scientifiques. On fait donc une analyse qui est celle du postcolonialisme".

Le confusionnisme continue. D'abord, quels sont ces travaux "scientifiques" qui auraient établi la validité intellectuelle de la catégorie de "postcolonialisme"...? Ils n'existent pas. Le "postcolonialisme" est une référence qui permet à des courants comme l'Achac (Pascal Blanchard, Nicolas Bancel...), promoteur de la "fracture coloniale", de légitimer des revendications de postes à occuper dans l'université française ou des demandes de subventions pour leurs initiatives militantes et/ou commerciales en arguant du fait que les postcolonial studies auraient le vent en poupe dans les autres pays.

Aucun historien sérieux n'a produit de travaux s'appuyant sur l'idée de "postcolonialisme" ; ce sont des "spécialistes en sciences sociales" ou des politologues qui se gargarisent de la notion, c'est tout.

Je renouvelle ma question. Quelle place les "postcoloniaux", définis comme tels, peuvent-ils revendiquer dans le champ politique ? La politique se définit - en tout cas dans l'espace républicain - par l'affrontement de conceptions générales opposant des choix économiques, sociaux, symboliques et culturels... Les "Indigènes de la République" n'en sont pas le moins du monde porteurs. Leur intervention politique ne semble relayer que la tentative "communautariste" de faire éclater le liant national et historique de la France, du moins ce qu'il en reste.



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les frontières "emmerdaient" déjà l'armée allemande quand
elle envahit la Pologne en septembre 1939...

l'État-nation m’emmerde,

Houria Bouteldja : "Les frontières m’emmerdent, l’espace est à tout le monde, on est partout chez soi... L’État-nation m’emmerde, c’est ce qui produit le racisme, pour moi [...], ça crée des frontières, ça homogénéise les populations, sur des bases raciales, ethniques, ou religieuses, et donc, pour la France, ceux qui ne sont pas catholiques, blancs, ils ne sont pas vraiment français. Les juifs par exemple, ils ne sont pas vraiment français : ils sont plus français que les musulmans, mais ils sont dans la périphérie. [...] Nous, ce qu’on veut montrer, c’est qu’il faut que la France repense l’identité française.
L’identité française doit exploser, elle est étriquée aujourd’hui. Il faut repenser la question de la citoyenneté. Le problème c’est qu’en France la nation est ethnique, l’identité est très ethnique. Un Antillais, qui est français depuis quatre cents ans [au plan juridique], eh bien il n’est pas français [au plan de l’identité nationale], parce qu’il est noir. [...] C’est la communauté majoritaire qui donne le la. En périphérie elle est juive, [les juifs] qui ne sont pas tout à fait des Français comme tout le monde, ils auraient tort de le croire, ils ne sont pas réellement considérés comme des Français,
dans l’imaginaire dominant le juif est en périphérie, et ne 1709509700parlons pas des Arabes et des musulmans, ils sont carrément à l’autre bout, là-bas... Je pense qu’aujourd’hui le Français doit accepter sa part arabe, et musulmane... et sa part africaine, antillaise, berbère, et sa part chinoise s’il y a des Chinois... et nous-mêmes, on doit accepter tout ça, je dois accepter ma part chinoise [...] c’est prendre acte de toutes les composantes de la société, c’est la réactualisation de l’identité en fonction des gens qui sont là".

Houria Bouteldja disait, ci-dessus, son souhait de "rester algérienne". C'est son droit. Mais qu'est-ce que l'Algérie aujourd'hui sinon une nation pourvue de frontières au sein desquelles "tout le monde" n'est pas "chez soi" ? Une nation qui se définit, constitutionnellement, par le lien organique avec une religion, l'islam ? Pourquoi donc ce qui serait légitime pour l'Algérie ne le serait-il pas pour la France (à l'exception du lien avec une religion, bien sûr, car la France est laïque) ? Si tout État-nation produit du racisme, il faut appeler à la destruction de toutes les entités politiques de ce genre...

La nation n'est pas "ethnique" en France. Mais elle n'est pas non plus la seule expression d'une appartenance juridique (posséder la nationalité). La France est une nationalité et une identité, en fait des identités liées par une histoire commune. La "réactualisation" est légitime mais à partir de ce qui constitue l'être historique de la France, sinon elle disparaîtrait, libanisée, balkanisée, "explosée"...

Michel Renard

- "faire exploser l'identité française" : vidéo

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la France est une nationalité et une identité

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