samedi 31 janvier 2009

Histoire politique de la Nation française

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le titre refusé d'une

Histoire politique de la Nation française


L'historien Emmanuel Le Roy Ladurie, il y a plus de dix maintenant, répondait à Laurence W. B. Brockliss, professeur d'histoire à l'université d'Oxford, qui avait établi une recension de son ouvrage L'État royal, l'un des volumes de l'Histoire France Hachette (1987). En note, il précisait :

"M. B. sera intéressée d'apprendre en effet que les cinq volumes d'Histoire de France Hachette, dus à Duby, moi-même, Furet et Agulhon devaient au départ s'intituler collectivement Histoire politique de la Nation française, appellation à laquelle tenait beaucoup François Furet, féru comme on sait d'histoire politique. Mais l'éditeur en a décidé autrement, par la suite."

M.R.


9782010088780FS

- source de l'article d'Emmanuel Le Roy Ladurie

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samedi 24 janvier 2009

réponse à Thomas Wieder sur le musée de l'histoire de France

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bons et mauvais arguments

sur le musée de l'histoire de France

Michel RENARD

img_auteur_2109Thomas Wieder, jeune historien et collaborateur au Monde des Livres, publie un article intitulé "Nicolas Sarkozy, professeur d'histoire" (23-janvier 2009). Il s'attaque au projet annoncé par le président de la République de créer un musée de l'histoire de France.

"Sur le fond, M. Sarkozy s'en est tenu à quelques axiomes - écrit Thomas Wieder. Ce musée, a-t-il précisé, aura vocation à "questionner notre histoire de France dans son ensemble". Insistant sur sa "cohérence", le chef de l'État a souhaité que celle-ci ne soit plus abordée "par petits bouts", à travers ses "pages glorieuses" ou ses "pages un peu plus délicates", mais comme "un tout"..." On ne voit là rien à dire contre les propos du président de la République.


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Henri IV rencontrant Sully blessé après la bataille
d'Ivry en mars 1590
, peinture de François-André Vincent, 1783,
Musée national du château de Pau

Mais puisque la politique consiste, apparemment, à rester "fidèle à son camp" au prix même de l'hypocrite critique de son adversaire (car envisager la création, en France, d'un musée de l'histoire de France, quoi de vraiment répréhensible...!?), Thomas Wieder mobilise quelques arguments jésuitiques. Réponse.


chaque apparition du roi lors d'une campagne militaire

faisait vibrer les foules (Joël Cornette)

1) Au sujet du "type d'histoire qui y sera professée", Thomas Wieder écrit : "Symboles du passé militaire et monarchique de la nation, bien plus que de son identité républicaine, ces lieux [Versailles, les Invalides...] sont aussi hantés par les mânes de "grands hommes" - Louis XIV, Napoléon, de Gaulle - dont le souvenir est lié à quelques idées-forces : l'autorité, la centralisation et la guerre. Cette vision du passé national, volontiers martiale et résolument impénitente, laisse la plupart des historiens perplexes". (Thomas Wieder)

réponse - Pourquoi le passé militaire et monarchique de la nation devrait-il être rabaissé au profit de l'identité républicaine ? Les deux sont aux racines de notre être français. Martial ? Et alors ? La guerre est le père de tout (polemos pater pantôn), disait Héraclite. Comment comprendre les grands siècles de l'influence française sans le lien entre la guerre et la "plus grande puissance de commander", c'est-à-dire l'État, c'est-à-dire la France ? La guerre est intimement liée à l'histoire nationale. Il n'est pas un historien sérieux pour ergoter là-dessus.
Il suffit de lire l'ouvrage de Joël Cornette : la guerre "est tout à la fois un facteur d'explication et de compréhension de la construction et du fonctionnement de l'État, et plus particulièrement encore, dans une Europe à majorité monarchique, de l'autorité souveraine" (Le roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, éd. 2000, Payot, p. 13).
Les affinités entre la guerre et la nation sont évoquées en ces termes (martiaux ?) par Louis_xiv_MaastrichtJoël Cornette : "pour comprendre l'adhésion à la figure d'un prince guerrier et vainqueur, cristallisant le désir de gloire d'une collectivité vibrant avec une sincérité non feinte aux nouvelles des victoires, ou compatissant aux malheurs du roi, nous ne pouvons exclure la force d'une attente et d'une demande populaire largement partagées, identifiant la royauté à une conscience patriotique, comme ce fut déjà le cas bien plus tôt, à l'époque de Jeanne d'Arc. (...) tous les témoignages concordent : chaque apparition du roi lors d'une campagne militaire faisait vibrer les foules, massées sur son passage. La représentation du roi de guerre fait bien partie de l'imaginaire glorieux de la monarchie, au même titre que l'image du roi fécond qui apporte la nourriture à ses sujets" (p. 281-282).

la langue que je parle n'a pas été créée par la République

Autorité, centralisation, guerre... la question n'est pas de juger ces notions à l'aune de notre morale actuelle, mais de saisir que sans elles il n'y a pas de France. "L'absence d'État défait la France", comme le notait le général De Gaulle en 1956.

Thomas Wieder affirme que "la plupart des historiens" reste "perplexes" devant cette vision du passé national. Ah bon... Quels historiens ? Quelques-uns peut-être. Pas la plupart. Et surtout pas l'essentiel de l'historiographie française comme nous le montrons dans Faut-il avoir honte de l'identité nationale ?

Quant à la République, elle ne saurait assumer l'entièreté de l'être français. Je suis profondément républicain. Mais la langue que je parle n'a pas été créée par la République. La langue française, qui résonne et raisonne de tant d'esprits, est antérieure à la République, et pourtant ingrédient fondateur de notre francité.

Un autre historien, que nous avions déjà évoqué ici-même, Vincent Duclert, répète son attachement viscéral à la notion d'identité républicaine, repoussoir prophylactique selon lui de l'identité nationale. Il se réjouit d'entendre le ministre Éric Besson, déclarer que "l’identité nationale c’est l’identité républicaine". Ce propos n'est pourtant pas exclusif. L'identité d'un pays est une combinaison historique. Dire que la nation c'est la République n'exclut pas ce qui constitue la nation avant la République et dont nous sommes évidemment redevables car notre culture nous y a associés dès notre plus jeune âge, et particulièrement à l'école.

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M. Cler, un professeur de lettres, années 1970 (source)


un patrimoine de réflexes enracinés dans la longue durée

2) "Mais la conception d'une histoire de France convoquée à des fins édifiantes - pour "renforce(r) l'identité qui est la nôtre", selon les termes employés par M. Sarkozy -, semble pour nombre d'historiens totalement anachronique. "Je ne vois pas l'intérêt de figer dans un musée ce qu'Ernest Lavisse a fait il y a un siècle dans les manuels de la IIIe République", explique ainsi Jean-Noël Jeanneney, dont l'un des livres interroge le rapport des présidents à l'histoire (L'avenir vient de loin, Seuil, 1994)." (Thomas Wieder)

réponse - Que la vision d'Ernest Lavisse soit marquée par le grand projet politique assimilateur de la IIIe République est une évidence. Qu'il ne faille pas rééditer ce dispositif tel quel est encore une évidence (quoi que...). Mais cela interdit-il tout projet de reconnaissance par une nation des éléments de son identité historique ? Ou alors, dites-nous que c'est la dimension historique elle-même qui vous insupporte. Dites-nous que la synchronie a évacué toute diachronie. Dites-nous qu'un peuple n'a plus le droit de se reconnaître dans sa filiation chronologique, que seule compte la "société" et non plus la "nation". Dites-nous que la sociologie a évincé l'histoire.

De Jean-Noël Jeannenay, on peut surtout retenir cette formule : La République a besoin d'histoire. Oui, la république a besoin d'histoire parce qu'elle n'est pas l'alpha de notre existence nationale : "À l'opposé des thuriféraires du «tout beau tout neuf» des apôtres de l'accélération de l'Histoire, des dénonciateurs de la conduite «les yeux dans le rétroviseur», on doit rappeler que nul acteur ne peut jamais se couper d'un patrimoine de réflexes enracinés dans la longue durée" explique Jean-Noël Jeanneney.

D'accord avec lui. Mais Sarkozy aurait parlé d'un "patrimoine de réflexes enracinés dans la longue durée", qu'on lui serait tombé dessus à coup d'épithètes tels que "barrésien", "sociobiologiste", "pétainiste", etc.


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les Très riches heures du duc de Berry, XVe siècle

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faucheurs et faucheuses dans le Nivernais, début du XXe siècle

 

roman national

3) "Professeur à l'université Paris-XII, François Dosse voit, quant à lui, dans le projet de M. Sarkozy "une entreprise régressive sur le plan théorique". "Les recherches récentes sur la nation, comme celles de Pierre Nora, nous montrent que le roman national n'est pas une donnée mais une construction qui a elle-même une histoire, explique-t-il. Je crains qu'un tel musée, en niant cette complexité, nous ramène cinquante ans en arrière." (...)" (Thomas Wieder)

réponse -  Pur sophisme... J'aime bien les ouvrages de François Dosse. Mais cette déclaration est vide de sens.
D'abord, que Pierre Nora ait montré le caractère construit du "roman national" ne prive pas celui-ci d'épaisseur historique ni d'intériorisation par les sujets qui y trouvent la matrice de leur individuation nationale.
Tout fait social en histoire est construit, comme le rappelle Maurice Agulhon que nous citons dans Faut-il avoir honte de l'identité nationale ? Cela le priverait-il de réalité ou d'intérêt ?
Ensuite, il n'y a que procès d'intention à craindre un musée refusant la "complexité" de l'histoire de France. La vérité, c'est que tout rappel de l'identité nationale agace les esprits faibles qui la réduisent au spectre Barrès-Maurras-Pétain. Ils ont tellement assimilé à une vraie pensée le vade mecum antiraciste des années Mitterrand, tellement acquiescé à l'équivalence Français = beauf raciste, qu'ils ignorent la prégnance positive et généreuse d'une telle référence dans la culture française, dans la tradition politique française.

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1938

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1944


l'Europe, tueuse d'identités nationales ?

4) "À ces soupçons s'ajoutent deux critiques plus fondamentales. La première vise la pertinence même d'un musée circonscrit à l'Hexagone. "Cela a-t-il un sens, alors que notre cadre de référence est aujourd'hui l'Europe, de faire un musée qui célèbre, comme le dit Max Gallo cité dans le rapport Lemoine, l'"âme de la France" ?", se demande ainsi Nicolas Offenstadt, maître de conférences à l'université Paris-I et coauteur de Comment Nicolas Sarkozy écrit l'histoire de France (Agone, 2008)" (Thomas Wieder).

réponse - De quoi l'Europe est-elle le "cadre de référence" ? De politiques économiques et sociales (?) communes peut-être. Certainement pas d'une identité commune. Pour une raison élémentaire. La base de l'identité étant la langue, on ne parlera jamais (c'est à espérer... ou alors quel désastre culturel...!) la même langue dans les nombreux États de l'Union européenne. On n'aura jamais les mêmes références historiques.

Cela n'empêche pas de lire l'histoire nationale dans ses rapports avec l'Europe, évidemment. Comment comprendre le patriotisme de Jeanne d'Arc sans référence à l'histoire anglaise, comment comprendre la monarchie des XVIe et XVIIe siècles en dehors du conflit avec les Habsbourg, comment comprendre la "Grande Nation" et l'épopée napoléonienne en dehors de l'hostilité des monarchies européennes à la Révolution française...?

L'Allemagne possède un Musée de l'histoire allemande (Deutsches Historisches Museum) abrité par l'Arsenal (Zeughaus) et par un nouvel ensemble réalisé par l'architecte de la Pyramide du Louvre, Ieoh Ming Pei, à Berlin même. Une présentation de ce musée en décrit la composition : "Sur près de 7.500 m², neuf salles consacrées chacune à une époque sont autant d’étapes à travers l’histoire allemande, de ses premières heures à nos jours". Deux mille ans du passé allemand sont retracés, lit-on sur le site du Musée.

Il existe un Musée national de l'histoire américaine (National museum of American History) ayant pour mission la compréhension de "notre nation et de ses nombreux peuples". Pourquoi la France ferait-elle exception ?

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Musée de l'histoire allemande, à Berlin



deux catégories de Français qui ne comprendront jamais

l'histoire de France (Marc Bloch)

5) "La seconde critique porte sur la finalité même de la discipline historique. "L'histoire, explique Gérard Noiriel, directeur d'études à l'Ehess, ne se réduit pas à une collection de faits et de personnages. Pour les historiens républicains, comme Marc Bloch, elle devait d'abord forger l'esprit critique par la confrontation des sources. Je me demande pourquoi on mettrait de l'argent dans un musée d'histoire voulu par le président alors qu'on tranche dans les crédits de l'université et du CNRS, où la recherche se fait de façon indépendante."  (...)" (Thomas Wieder)

réponse - Gérard Noiriel fait semblant d'ignorer qu'il existe plusieurs types d'expression de l'histoire. La recherche en est une, la muséographie en est une autre. La nation a le droit de donner à ses citoyens l'image de deux milles ans de leur histoire - pour compter comme le Musée de l'histoire allemande.

Quant à Marc Bloch, Noiriel fait un usage infidèle de la pensée de celui qui a écrit : "Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. Peu importe l'orientation présente de leurs préférences. Leur imperméabilité aux plus beaux jaillissements de l'enthousiasme collectif suffit à les condamner". Marc Bloch aurait condamné les raisonnements de Gérard Noiriel.

Michel Renard
co-auteur de Faut-il avoir honte de l'identité nationale ?

 

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Hippolyte Lecomte, L'entrée de l'armée française à Rome, 15 février 1798 (1834),
musée national du Château de Versailles ;
un musée de l'histoire de France ferait, évidemment, droit à l'Europe


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jeudi 22 janvier 2009

la condamnation d'Israël : ressorts inavoués

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ressorts inavoués

Michel RENARD

Il saute aux yeux que l'ampleur et la fureur des réactions devant les victimes de l'intervention israélienne à Gaza ont des ressorts inavoués.
Bien sûr, les images de victimes civiles, enfantines notamment, sont insoutenables. Comme l'étaient celles des attentats suicides en Israël toutes ces dernières années ; des enfants aussi sont morts. On ne manifesta pas contre le "carnage" quand Saïd Khutari se fit exploser avec sa bombe devant le Dolphinarium de Tel Aviv en juin 2001 causant la mort de 16 adolescents.
Qui donc condamna le fondateur du Hamas, cheikh Yassine, quand il déclara le 11 juin 2003 : "à partir de maintenant, tous les civils israéliens sont des cibles" ? Pareillement les milliers de victimes des attentats de musulmans sunnites contre des musulmans chiites à Bagdad depuis 2003 ne déchaînèrent aucune réprobation enflammée.
En avril 2007, ces attentats coûtèrent la vie à 170 personnes en un seul jour dans le quartier chiite de Bagdad : "J'ai vu des dizaines de cadavres. Certaines personnes ont été brûlées vives à l'intérieur de minibus. Personne n'a pu les en sortir après l'explosion", témoignait le photographe de l'agence Reuters.
Mais comment choisir la bonne victime à déplorer – les deux protagonistes étant pareillement musulmans ? Dans le cas de Gaza, la véhémence des défenseurs publics du Hamas palestinien se nourrit de l'antisémitisme qu'elle permet d'extérioriser sous couvert d'une condamnation d'Israël pour traitement inhumain à l'égard de populations civiles.
Je ne défends pas l'intervention israélienne – elle a aussi des ressorts cachés. Mais, de grâce, ne soyons pas dupes. L'antisémitisme est une composante de l'islamisme international. Le sort des Palestiniens n'est qu'un vecteur instrumentalisé de cette haine antijuive que l'islam fondamentaliste fait mijoter depuis des décennies. Et dont en France, désormais, résonne l'écho.

Michel Renard
co-auteur de Faut-il avoir honte de l'identité nationale ?
(Larousse)


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Gaza, janvier 2009


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Israël, 2007




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mardi 20 janvier 2009

bon pour les autres

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bon seulement pour les autres...?

Michel RENARD


Lu dans Le Monde daté du 19 janvier : "La nation-Obama face à l'histoire. Plus qu'un concert, ce fut une fresque patriotique. Les festivités d'investiture de Barak Obama ont commencé dimanche 18 janvier, à Washington, par un hymne à la "grandeur de l'Amérique", balayant 200 ans d'Histoire, des épisodes les plus glorieux aux moments les plus sombres. Un moment de patriotisme, mais dans sa version Obama : sans nationalisme."

Ainsi, la nation, le patriotisme, la grandeur du pays sont des valeurs adulées aux États-Unis et connotées positivement chez tous les observateurs de l'accession de Barak Obama à la Maison Blanche. En France, c'est la sociologie soupçonneuse et l'antiracisme fourvoyé qui disqualifient la nation. En attendant les élections européennes, à l'occasion desquelles les 90% de journalistes qui étaient favorables au "oui" en 2005 vont se réveiller et faire assaut de ringardisation du cadre national.

aucune action collective sans cadre national

Nous leur répliquerons avec les propos déjà anciens d'Emmanuel Todd dans l'Illusion économique (1999) : "le taux d'abstention massif à l'échelle continentale, évoque l'inexistence collective européenne. L'indifférence des peuples explique, autant que les perspectives sombres de l'économie, la faiblesse de l'euro. Pas de monnaie sans État, par d'État sans nation, pas de nation sans conscience collective". "L'Illusion économique - disait son auteur, affirme qu'aucune action collective, économique notamment, n'est possible sans utilisation du cadre national" (préface).

Cette prophétie, Barak Obama l'a faite sienne. Son discours d'investiture a été marqué par la référence aux idéaux fondateurs, aux pères fondateurs, à la dimension nationale-: «Notre nation est en guerre contre un vaste réseau de violence et de haine (...) Nous réaffirmons la grandeur de notre nation en sachant que la grandeur n’est jamais donnée mais se mérite. (...) À compter d'aujourd'hui, nous devons nous reprendre, nous secouer et commencer à refaire l'Amérique». Le 44e président des États-Unis ne parle pas de défaire son pays et de l'abandonner aux inconstances d'un cadre supranational. C'est l'inverse.

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la mobilisation de la nation

C'est la grammaire des réalités nationales qui est conjuguée pour l'arrivée de ce président. La correspondante du Figaro à Washington le rapportait le 19 janvier : "À Philadelphie, berceau de la nation américaine, où débutait l'expédition, Barack Obama a rappelé à ses compatriotes «les défis immenses» qui l'attendent en tant que 44e président des États-Unis, les invitant à prendre exemple sur «l'idéalisme et la persévérance» montrés par les fondateurs de la nation en 1776, quand ils lancèrent le combat pour l'indépendance. «Nos problèmes sont peut-être nouveaux, mais ce qui est nécessaire pour les surmonter ne l'est pas», a affirmé ce passionné d'histoire. «Ce dont nous avons besoin, c'est d'une nouvelle déclaration d'indépendance, pas seulement pour notre nation, mais dans nos vies, pour nous libérer de l'idéologie et de l'étroitesse d'esprit, des préjugés et du sectarisme», a-t-il poursuivi, avant de lancer «tout est possible en Amérique !», manière pour lui de renouveler son appel à la mobilisation de la nation en ces temps de grave crise."

Et comme l'écrit Laure Mandeville dans ce même journal aujourd'hui : "C'est sans doute parce que cette quête d'unité coïncide aujourd'hui avec celle de la nation tout entière qu'il a finalement été élu".

Ségolène Royal se flatte d'avoir "inspiré" Barak Obama. Si cela est vrai, il ne doit pas s'agir de la référence nationale, car sur le site de ses partisans à Lacanau (département de la Gironde), on écrit qu'Éric Besson, "collabo" (...!!), "se glisse dans le pantalon vichyssiste d'Hortefeux" (source).
En France, la référence à l'identité nationale c'est vichyssime...! Bravo... Mais c'est bon en Amérique. Allez comprendre.

Michel Renard

PS (1) - En Algérie, le Conseil constitutionnel vient de rappeler les conditions de candidature pour concourir à l'élection présidentielle.
Voici quelques-uns de ces critères : "un engagement (manuscrit en langue nationale officielle) signé par le candidat portant sur : la non utilisation des composantes fondamentales de l'identité nationale dans sa triple dimension, islamique, arabe et amazighe, à des fins partisanes-; la promotion de l'identité nationale dans sa triple dimension, islamique, arabe et amazighe, (...) la consolidation de l'unité nationale ; la préservation de la souveraineté nationale ; l'attachement à la démocratie dans le respect des valeurs nationales", etc... (source).
L'identité nationale, les valeurs nationales, c'est bon pour l'Algérie. Pas pour la France. Allez comprendre.

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PS (2) - Interview d'Éric Besson dans Le Monde du 20 janvier 2009:

Le concept d'identité nationale accolé à celui d'immigration ne vous gêne-t-il pas ?
Éric Besson - Je n'ai pas de problème avec ce concept. L'identité nationale c'est l'identité républicaine. J'ai toujours été frappé par l'incapacité de certaines élites françaises à assumer cette dimension-là. Pourquoi être fier d'être français serait une difficulté ? L'identité nationale ce n'est pas le nationalisme. Dire qu'on ne peut associer immigration et identité nationale, c'est une tartufferie. Il y a une dialectique évidente entre les deux. La France est une terre de métissage et l'immigration l'a enrichie. Mais il y a une tension, c'est évident. Nous avons échoué dans le fait que les jeunes qui sifflent La Marseillaise ne se reconnaissent pas en tant que Français. On doit donc traiter ce problème. (source)

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