mardi 17 février 2009

réponse à Emmanuel Raveline

NoelNicolasCoypelEnlevementEurope
Noël-Nicolas Coypel, L'enlèvement d'Europe
, 1726


identité nationale et Europe

réponse à Emmanuel Raveline



J'avais posté, en forme de commentaire
, sur le blog d'Emmanuel Raveline (Big Blogger), ma réponse à Thomas Wieder au sujet d'un musée de l'histoire de France. Emmanuel Raveline a répondu à ce texte, ce dont je le remercie. Je lui réponds à mon tour.
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1) politique sociale en Europe ?

Emmanuel Raveline (ER) me reproche de douter de l'existence d'une politique sociale en Europe et renvoie à la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Or, ce texte proclamé le 7 décembre 2000 par le Parlement, le Conseil et la Commission ne fait qu'énoncer des principes. Il n'instaure pas une politique. Sur ce point, ER, comme beaucoup en matière d'européolâtrie, prend le mot pour la chose. Deux éclairages sur la politique sociale de l'Union européenne.

a) Le 25 avril 2006, au congrès de la CGT, John Monks, secrétaire général de la Confédération Européenne des john_monks36o_4Syndicats fit le récit suivant :
«Chers camarades, lorsque je suis passé de la TUC à la CES, j’ai effectué des visites de courtoisie à Bruxelles. J’ai notamment rendu visite à un haut responsable irlandais de la Commission européenne que je connais depuis 10 ans. Il m’a félicité en ces termes – "Vous arrivez 10 ans trop tard. Delors est parti depuis longtemps. L’Europe sociale s’est arrêtée. Toute notre attention est portée sur la promotion de la croissance économique. Vous n’arriverez à rien de plus. Vous pourrez seulement maintenir l’acquis de vos prédécesseurs. Pourquoi n’êtes-vous pas resté à Londres ?". Et bien, ce fut un conseil dur et brutal. Mais cela était une impression juste et souvent lucide de mon expérience de ces dernières années - pas seulement au niveau européen, mais aussi au niveau national où les pressions tendent vers une Europe moins sociale, une France moins sociale, une Allemagne moins sociale etc.»

b) La Charte, dans son chapitre IV "Solidarité", ne dit pas un mot du chômage ni des mesures de protection contre celui-ci. La "solidarité", dans sa version Union européenne, ignore les travailleurs sans emploi.
Florence_LefresneQuestionnée il y a quelques jours sur les systèmes d'indemnisation du chômage en Europe, Florence Lefresne, économiste à l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires), explique : «Les disparités nationales restent sensibles. Pour autant, on assiste bien à des évolutions communes. Le durcissement des critères d’éligibilité, la réduction des montants et des durées d’indemnisation, le renforcement des contrôles, et enfin la redéfinition de l’"emploi convenable", décrivent des évolutions partagées au sein de l’Union européenne et au-delà. Le diagnostic d’un rétrécissement du champ de l’assurance-chômage au profit de logiques d’assistance subordonnée à la reprise de petits boulots est commun à presque tous les pays.» (Challenges.fr, 3 février 2009). Bravo…


2) La question de la langue dans l'identité nationale
Emmanuel Raveline écrit : «Surtout, le caractère extraordinairement péremptoire de la phrase : "la base de l’identité étant la langue" laisse pantois. Voici bien, je crois, les excès d’une idéalisation de "l’âme de la France" !»

Ma formule "la base de l’identité étant la langue" était, certes, rapide. Mais ER aurait dû écrire au lieu de Rapport_abb__Gr_goire«…laisse pantois» : «…laisse patois»…! L'identité linguistique de la France (plurielle, je le sais, puisque 75 langues sont utilisées en métropole et en outre-mer) est en effet le fruit d'une longue histoire qui connut au moins deux affrontements majeurs :

a) avec le latin en 1539 (édit de Villers-Cotterêts qui rend la langue française obligatoire dans les procédures et décisions de justice) et en 1635 (avec la création de l'Académie française par Richelieu afin de veiller au bon usage de la langue) ;
b) avec les patois au moment de la Révolution française : «Aujourd'hui que nous ne sommes plus ni Rouergas, ni Bourguignons etc., et que nous sommes tous Français, nous ne devons avoir qu'une même langue comme nous n'avons qu'un seul coeur» (réponse à l'abbé Grégoire).

Que le rapport d'intimité entre l'identité et la langue ne soit pas le même dans d'autres nations européennes ne saurait invalider la force de cette corrélation dans le cas français.

La Suisse connaît un regain d'expression patriotique dans lequel les valeurs nées du pacte de 1291 sont plus importantes que l'usage linguistique évidemment puisqu'on y parle trois langues différentes. La Belgique est en proie à une crise d'unité nationale avec la confrontation de l'identité flamande et Espagnede l'identité wallonne, le sentiment national n'ayant jamais pu se définir par l'usage d'une langue vu le pluralisme linguistique. Quant à l'Espagne, c'est une nation multinationale. La constitution reconnaît les autonomies des différentes nations à commencer par la Catalogne à l'identité très forte et dans laquelle le catalan est aujourd'hui la langue dominante du système scolaire. L'identité catalane s'affirme dans une rivalité avec l'identité nationale espagnole.

Dans ces trois pays, il est clair que l'absence de tropisme linguistique affaiblit la conscience identitaire nationale, voire en a entrepris le démantèlement (Belgique).



3) une langue commune en Europe ?

Emmanuel Raveline écrit : «Que les Européens ne parlent qu’une langue, grand dieu !, ce serait effectivement terrible. Qu’ils aient, indépendamment de leur langue nationale, une langue commune, on peut - et si on est europhile, on devrait ! - le souhaiter».

Que d'exaltation ingénue…! Souhaiter une langue commune… Mais quelle langue commune ? Une langue ne saurait surgir d'un sentiment europhile. Le bilinguisme, aux dires des spécialistes, affecterait la moitié de la population du monde. Dans la plupart des cas, cependant, il s'agit d'un bilinguisme déséquilibré et causé par des facteurs souvent non désirés tels que les migrations. En Europe occidentale, la règle a plutôt été le logo_globish4monolinguisme. Quelle langue commune pourrait donc faire l'affaire…? Ne parlons pas de l'esperanto, ce n'est pas une langue : une langue se définit, en effet, par un vocabulaire, une grammaire, une syntaxe et par une littérature. Ne parlons pas non plus du globish dont les 1500 mots ne produisent qu'une terminologie de l'inculture.

On voit mal quelle langue seconde pourrait faire l'objet a) d'un choix largement majoritaire dans les actuels 27 États de l'Union européenne (sauf par les usagers de la langue qui serait élue, évidemment), et b) d'un apprentissage dont l'ampleur permettrait à tous les citoyens de l'Union de s'inter-comprendre vraiment, d'avancer vers la reconnaissance des éléments d'une culture commune.

On dira que l'anglais a déjà conquis la position de langue seconde des citoyens des États européens. C'est faux. Le Rapport d’enquête sur la connaissance de l’anglais en Europe (1989) a montré que seuls 6% de la population accèdent à la compréhension de l'anglais. Il n'y a pas d'interlangue européenne.

La pluralité linguistique est liée à des histoires culturelles qui ne peuvent se substituer les unes aux autres sauf à se tuer les unes les autres. Il faut respecter et pérenniser la diversité ou bien tabler sur un effondrement des identités culturelles du Vieux continent au terme duquel s'imposerait aux survivants déculturés et aphasiques un quelconque europish qui serait aux riches langues de culture de l'Europe ce que le globish est à l'anglais de Shakespeare.


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4) une histoire commune en Europe ?
Emmanuel Raveline écrit : «L’histoire des pays en Europe depuis la CECA jusqu’à aujourd’hui est une histoire qui rapproche plus que jamais les peuples européens.
Il est intéressant que les exemples donnés par M. Renard soient uniquement liés à des conflits militaires : la Guerre de Cent Ans, les conflits avec les Habsbourg, les guerres révolutionnaires et napoléoniennes».

a) Je ne vois pas que l'Union européenne ait rapproché les peuples de l'Europe. Aucun enthousiasme populaire berlinn'a jamais accompagné les différentes étapes institutionnelles de la CECA jusqu'à l'Euro. Rien de comparable à l'unification italienne au XIXe siècle, par exemple ; ni à la chute du Mur de Berlin en 1989. Aucun mouvement populaire n'a jamais été suscité par ce processus qui reste un mécanisme par en-haut. Il n'y a pas de fraternité européenne.

b) une histoire commune impliquerait que le sens des événements du passé soit partagé. Pour l'essentiel, il n'en est rien. C'est bien pourquoi, l'évaluation des guerres et des affrontements reste un indice lourd pour comprendre l'évolution différenciée des peuples et États en Europe. Mais ce ne sont pas les seuls facteurs historiques continentaux, bien sûr ; il faut compter avec la féodalité, avec le christianisme, avec la Renaissance, avec les Lumières, avec le capitalisme et l'industrialisation, avec la conquête démocratique, avec la suprématie européenne sur le monde pendant cinq siècles…

5) un idéal européen ?
Emmanuel Raveline écrit : «Qu’est-ce que l’idéal européen ? C’est une question très compliquée, j’en conviens. Mais je crois qu’un résumé qui éviterait d’être trop cavalier pourrait être le suivant : la recherche des modalités d’une histoire commune hors de la violence. Quel est le génie de cet idéal ? Le choix de l’histoire longue, contre la foi en l’instant, l’immédiateté, le pouvoir de la «journée». De même que la représentation est en politique une dilatation de la volonté et de l’action, donc en partie une dilatation du temps, de même la construction européenne repose sur une même dilatation du temps, ainsi que je le disais dans un autre billet. Cette dilatation que notre histoire nationale a beaucoup de mal à accepter... c'est l'histoire elle-même».

a) On peut rêver à une «histoire commune hors de la violence» comme au Moyen Âge Pierreon rêvait à un ordre chrétien universel. Est-on sûr d'éviter les Croisades ? En attendant, le conventionnalisme par lequel l'Union européenne s'est édifiée reste purement économique. Il n'y a guère d'idéal là-dedans. ER évoquait plus haut «les excès d’une idéalisation de l’âme de la France». Je crois qu'il s'installe dans un excès d'idéalisation de l'âme de l'Europe.

b) Mais son propos n'est pas clair : on ne sait s'il parle d'une histoire à venir (comme lui, on la souhaite hors de la violence) ou d'un discours historique ne retenant du passé que le non violent… ; il ne s'agirait plus alors de «dilatation du temps» mais d'altération du temps historique.

Michel Renard

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dimanche 15 février 2009

cent détours avant de comprendre que la France était une personne

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la France était claire ce matin-là (1941)

François MITTERRAND



Je viens de découvrir (...) ce texte de François Mitterrand, datant de 1943, qui relate son arrivée le 16 décembre 1941 à Chamblay (Jura) au passage de la ligne de démarcation après son évasion d'un camp de prisonniers. Il figure dans l'ouvrage de Pierre Péan, Mitterrand, une jeunesse française (1994). Étonnante phénoménologie du sentiment national, dont les épigones de François Mitterrand ont sans conteste oublié la force d'évidence et la mystique.

M.R.

Mitterrand_prisonnierLa France était claire ce matin-là. Le soleil avait chassé les brumes. La vallée n'était pas encore frappée par l'aveuglement de la lumière du midi. Les fatigues des jours précédents me semblaient allégées par cette ultime marche, par ces huit kilomètres de route qui me devaient mener au Centre d'hébergement. Des oiseaux voletaient, filaient à ras du sol et se posaient, tête dressée ; un chien au mufle haletant pistait d'un bord à l'autre de la route des traces incertaines. Les champs s'étalaient, gras et vides, mûrissant sous les haleines de l'hiver des naissances secrètes. Des villages blancs et gris séparaient les chemins et les hommes, nonchalamment, sciaient leur bois devant les portes, s'interpellaient en quête des nouvelles de la nuit, poussaient en douceur sur les pédales des bicyclettes.

Je n'étais pas fâché de la retrouver ainsi, ma France presque oubliée. J'avais imaginé je ne sais quels orages et jusqu'à la teinte des nuages, changée. Mais les fumées, les toits, les croisées, mais les terres quadrillées, les haies rectangulaires et les horizons purs, mais les hommes incurieux et froids, c'étaient bien ceux que j'avais quittés. Le retour au pays natal ! J'avais lu la faiblesse qui rompt les jarrets, les mille manières d'être du Petit Liré, j'avais recomposé dans mon exil des scènes volées aux manuels et aux récits de l'autre guerre. Et maintenant j'étais là qui m'efforçais, après deux ans d'absence, de reconnaître les émotions prévues, les constructions ébauchées.

À vrai dire, je me forçais un peu et, sur chaque détail, je butais : la route, les arbres, les villages, la vallée coupée net par les coteaux parallèles, les joncs signaleurs des cours d'eau enfouis ne marquaient pour la cisticole_des_joncs_2006_08_03bissolennelle rencontre qu'une magnifique indifférence. Mais que les miens m'accueillent avec cet air insouciant, je n'espérais pas plus chère preuve d'amitié. Était-ce pudeur abusive ? J'aurais détesté les gestes, les paroles qui, toujours, au lieu de vous admettre, vous repoussent : mes amis n'ont jamais eu besoin d'autre chose que du silence que je leur permets.



un long apprentissage pour décanter le visage obscurci de ma patrie


Et donc, malgré mes réflexes de "littérateur", mon envie d'imiter les beaux mouvements des morceaux choisis, malgré mon goût du spectaculaire, je préférais que mon retour fût aussi peu glorieux, je dirais aussi peu émouvant. Tout était trop facile pour prodiguer le drame : trop facile, l'air du matin mouillé bu par les heures successives ; trop facile le ciel parcouru de voiles légers ; trop facile, l'arrangement des tons pour corriger l'âpreté de l'hiver. Admis de plain-pied dans l'intimité difficile des choses, qu'avais-je à faire de mes vulgaires histoire d'homme ? Je n'avais convoqué ni parents ni amis ; plus tard, quand ils ne seraient que des jalons dans la reprise de mes habitudes, plus tard, on verrait. J'avais d'abord à respirer l'air de mon pays, à écouter le langage des gens de mon pays ; et, simplement par le jeu de mes oreilles et de mes yeux, j'avais à route_Jurareconnaître la présence de mon pays. Le reste suivrait, le reste suit toujours ces découvertes immédiates.

J'ai marché d'un bon pas huit kilomètres après tant d'autres, huit kilomètres de dure route bleue ; et, ce faisant, je me souvenais des chemins parcourus avant de parvenir à cette libre marche sur la première route de ma liberté. Avec ce désir de l'enfant qui croit que la vérité se cache de l'autre côté de l'horizon, qui scrute la ligne inflexible du ciel et se demande quels paysages magiques se déroulent là-bas ; avec cette obstination de l'adulte qui refuse sa dépendance et ne cherche qu'en lui-même, l'explication de toutes choses, avais-je assez nié le passé, la tradition, les lois et l'amour même, tous ces filets tendus par l'espace et le temps.

Il m'avait fallu un long apprentissage pour décanter le visage obscurci de ma patrie, de rêves, d'espoirs, de déceptions, de tout un exotisme apporté par d'étrangères illusions. L'erreur puisée dans mes livres d'histoire et qui m'avait appris à ranger la patrie parmi les Idéals, m'avait peu à peu conduit à voyager dans l'abstraction. Et vite s'étaient décolorés, momifiés des traits jadis robustes et fiers. Notre génération aura fait cent détours avant de comprendre que la France était une personne.

Puis, je me rappelais les journées vécues dans les camps et la reconquête, inconsciente avant d'être volontaire, de simples vérités. Là-bas, on aimait parler de chez soi et on s'en voulait de vains désirs qui avaient autrefois poussé l'esprit à voyager, à déserter les lieux faits pour nous et si pareils à nous que, privés d'eux, on sentait un secret malaise. On réfléchissait à toutes ces choses sans histoires qui vous conduisaient d'un bout à l'autre de la vie, à toutes ces choses sans regrets dont était tissée la tâche quotidienne. On se confessait comme d'une trahison et des oublis et des nostalgies. Quand on fouillait les horizons de la terre étrangère, on ne les voyait guère ; dans nos interminables songeries, les images du présent gravitaient, légères, et se dissipaient devant les images du passé. Et, au-delà de nos paroles, les formes qui se levaient, pressées, ramenaient les mêmes contours. Derrière les barbelés, on cherchait avidement des marques, des points de repère ; on éprouvait un subit bien-être.



la fraternité des mêmes habitudes


La couleur du ciel, la teinte des toits, la manière de tracer le sillon, l'heure du repas, la voix des enfants, l'odeur de la maison, voici ce que nous évoquions, exilés soumis à des vents inconnus, mal habitués aux toits aigus de tuiles rondes, étonnés de socs hauts et maigres qui fouillent la terre à seigle, réduits à la soupe réglementaire avalée en silence. Pendant les premiers jours, il nous avait suffi d'obéir aux nécessités-immédiates : la faim qui tire l'estomac, le froid qui tasse le corps. Mais, vite, nous étions retournés aux gestes appris, aux sentiments mal endormis, à la fraternité des mêmes habitudes ; alors chacun s'était rapproché de ceux qui savaient les mêmes noms de villages et de quel côté l'on tourne pour aller au mas, de ceux qui savaient les mêmes prémices de l'orage dans le flamboiement des soleils couchants, de ceux qui allongeaient ou raccourcissaient les mêmes syllabes.

Ainsi s'était rétablie une liaison mystique entre les groupes d'hommes et la terre en leur possession, comme à l'époque primitive où elle appartenait à la communauté des morts et des vivants ; les fruits du sol figuraient alors l'âme des disparus et chacun avait conscience de participer UCR_Viemoderneà un monde obscur dont l'individu n'était que l'expression fugitive. Qui donc aurait pu séparer ce tout ? L'homme s'intégrait à l'animal, au végétal, au minéral, et se reconnaissait en eux : il n'était pas encore ce faux dieu qui danse sur le monde et ne sait plus, comme entraîné par sa propre folie, où il reposera les pieds.

Comme les fièvres d'antan me paraissaient vaines, maintenant qu'en ce matin d'hiver je parcourais, paisible et calme, au plus profond du cœur, la première distance du chemin retrouvé ! Voici que je retournais dans mon clos exigu, dans ma maison de pierre blanche, parmi les hommes simples et bruts. Mais les barrières n'étaient plus là où je les avais crues. Les coteaux ondulés de mon pays natal ne bordaient plus mon univers. Loin d'eux, j'avais appris à déceler les richesses enserrées dans leurs lignes précises. Désormais, attentif aux parfums, aux couleurs, aux changements du ciel, aux gestes des animaux, aux cycles des saisons, aux coutumes des hommes soumis au rythme de la vie propre à ce coin de terre et à cette race d'hommes, j'allais pouvoir mêler mon souffle en une cadence égale à la toute-puissance des souffles originels. Cette facilité, conquise après tant d'errements, me fournissait la dernière preuve : je devenais homme libre sitôt ma liberté remise à la réalité charnelle de mon sol.


j'avais découvert dans les vallées d'exil les espaces

et les bornes du domaine ancestral

Et voici que l'heure était venue où, pour moi, s'accomplissait le rite définitif. Au terme de ma longue route, pèlerin avancé au-devant de l'immobile cortège, précurseur de milliers d'hommes en uniforme kaki, je sus que j'avais découvert dans les vallées d'exil les espaces et les bornes du domaine ancestral.

Il est des amitiés qui naissent un jour d'été parce que le soleil est là, qui donne aux choses des couleurs telles que leur fragilité s'inscrit dans leur splendeur ; et, pour sauver cette minute, l'être qui l'a partagée avec vous, vous l'aimez. Tout ce qui va mourir incite au partage, comme on partage couple_colorela peur en s'étreignant l'un l'autre. Ainsi le voyageur, sur le quai, a l'envie d'embrasser celui qui reste ; celui qui reste a le cœur étrangement troublé de ce départ d'un être auquel rien peut-être jusque-là ne le rattachait, et qui perd soudain son vêtement d'étranger parce que la vie leur signifie en même temps qu'elle est faite de mort et d'oubli.

Il est de longues correspondances qui s'ébauchent au cours d'une promenade, devant un tableau de maître, dans la communion d'une admiration. L'âme a frémi dans ce moment unique et les sens se sont émus ; et jamais ne sera séparé de ces frémissements l'autre 9782070362103FSvisage qui les a connus. Et puis, le temps passe avec ses années parallèles. Si les êtres essaient de sauter hors de leur ligne pour aller à la rencontre d'un de ces fugitifs porteur de tant de rêves, quelles déceptions, quel impossible raccord ! Les nourritures ont été trop dissemblables, la chair et l'esprit ont été meurtris et ravis par d'autres coups et d'autres merveilles. Et c'est, dans La Porte étroite, la main de Jérôme au retour de son voyage d'Italie qui, en haut de la côte, se déprend de celle d'Alyssa parce qu'il fait trop chaud et leurs corps sont trop lourds, et parce ce que, de l'un à l'autre, plus rien ne communique.

On ne préserve ces amitiés exaltantes et douces qu'en vivant du souvenir d'où jaillit l'eau fraîche ; mais qu'on ne tente pas de répéter le choc de la baguette sur le rocher ; il ne se fendra pas ; et seule demeurera la sécheresse, d'autant plus désolante qu'elle exprime désormais l'abandon de la grâce.



chaque carré bruni par la trace des labours


Mon amitié pour mon pays, je le comprenais subitement, ce n'était pas cette amitié d'un moment qui alimente une longue suite de jours, mais l'attache ignorée, toute puissante, libre de peur et de déchirement, qui n'a besoin, pour se révéler, que de la facilité des nouvelles rencontres. Quand on retrouve son pays, on ne pousse pas des cris de joie. La joie est là qui vous gonfle la poitrine, qui vous parcourt les muscles des jambes, qui vous dirige les regards. Il n'y a pas besoin de clamer cette joie ; elle est une manière de marche, de respirer, de voir une mise en accord rapide et harmonieuse avec les choses d'alentour.

Ainsi, sur cette route nationale, sur cette route de plaine, bleue et cernée de vert, je comprenais que ma joie était faite de certitude et de facilité. J'avais désiré autrefois des espaces et je ne sais quels infinis horizons. Comme cela avait été compliqué ! Comme je m'étais torturé l'esprit et le cœur ! L'infini, l'espace, la liberté, c'était cette joie d'aujourd'hui, si sûre d'elle et si pareille à ce bout de route sur laquelle mes brodequins frappaient dur.

Aussi ma libération n'avait-elle commencé que du moment où, débarrassé des gestes officiels, j'avais pu, muni de mon mince bagage, entamer la dernière étape. L'émotion légitime des accueils en fanfare, cela faisait encore moins partie du cérémonial de l'absence. Sitôt abandonné à moi-même, j'avais décidé cette marche, ce contact direct avec les choses de chez moi. Une grande joie se tait pour nourrir les souvenirs : comme le nageur dans l'eau et l'oiseau dans l'air, je me sentais élastique et frais ; nul besoin d'intermédiaires pour me soutenir : l'éclat de la voix, les bondissements du cœur eussent été importuns.

D'ailleurs, toute convention m'avait été gracieusement épargnée. Le printemps ne se passe pas de bourgeons, l'été de feux, l'automne de feuilles mortes, l'hiver de neige et de tourments ; et, justement, l'hiver de ce jour était clair et serein, plein de murmures et d'ébats ; le soleil révélait des couleurs nettes, délimitait, multipliait les nuances. Mon pays pouvait se distraire à me présenter un visage inattendu que l'étranger eût appelé pittoresque ; je n'y discernais qu'un jeu familier.

La foulée large, la respiration ample, les mouvements aisés, j'avançais ainsi, libre d'entraves. Si mon pays m'était apparu moins vivace que mon appétit, moins vaste que mon ambition, moins riche que mes désirs, moins rigoureux que mon exigence, moins grand que mon espoir, quelle délivrance dérisoire ! Mais ces coteaux, cette lumière, ces horizons affublés de qualificatifs trompeurs affirmaient autre chose que des "élans moyens", que des "tons en demi-teinte", qu'un "raffinement dénué d'énergie". Chaque carré bruni par la trace des labours, chaque champ, chaque maison sagement défendue contre les vents, racontait une victoire. Unthumb_bfcb120ea85afb45b2846fc5482a1214 accord subtil s'était établi entre l'homme, dernier venu triomphateur, et la terre, siècle par siècle livrée. La force naît de l'équilibre. Non par la demi-mesure, la fausse sagesse du juste milieu, mais par l'âpre violence, la conquête brutale, la soumission exigée. La terre aime ce viol et rend à l'homme plus qu'il n'espère. Mais, en le reconnaissant pour maître, elle le tient. Cette histoire se déroulait sous mes regards.

Pas un mètre cube qui n'eût reçu la visite du paysan, pas un mètre cube qui n'eût été remué par ses outils ; l'œuvre de l'homme commandait jusqu'aux teintes, obligeant le soleil à sanctionner là le rouge de la glèbe fendue, là le gris de jachères voulues par le repos, là le bleu de la route, là le vert des feuilles persistantes. Chacun de mes pas me rapprochait de la gloire des miens, la seule éternelle ; celle que la terre exalte en son orgueil de vaincue. Ce peuple qui domine le sol où il vit et qui reçoit, en échange, l'apport des puissances secrètes contenues dans ses flancs, je pouvais le rejoindre sans crainte. Loin de lui, j'avais appris à désirer la grandeur ; je devinais, presque interdit, qu'en lui j'allais la posséder.


je fus comme un homme aux vêtements de lumière

Le soleil était dieu en ce jour de décembre ; et il avait choisi chaque chose pour s'y développer d'apparence. Chacune des nuances avait sa vérité qui se manifestait dans le plaisir secret des orgueils véritables : acceptant de paraître incertaine, confondue, intransigeante seulement pour ses élus. C'est ainsi que les peupliers défeuillés allaient du clair au sombre, détachés sur les verts et les gris variables des collines ; que les chemins couraient, couleur de sable sale ; que les toits penchaient leurs tuiles brunes sur les villages purs ; que le ciel emmêlait les douceurs d'or parmi les bleus. La mesure de cette matinée était celle où l'homme peut marcher sur les sentiers irréguliers de la terre comme sur les larges avenues, et partout à l'aise, léger de la certitude d'être admis.

Quand je me détournais pour regarder le mont qui détache sa parabole au-dessus des pignons pointus, quand je distinguais Toulouse avec son pan de muraille resté là pour témoigner que les siècles ne meurent que dans l'œuvre des hommes, quand je cherchais Baudin camouflé dans un pli de terrain, humble de ses cheminées d'usine, et quand d'un coup, je découvris Montchauvier, sa tour carrée et ses maisons tranquillement posées sous leur ciel d'école florentine, je fus comme un homme aux vêtements de lumière.

Vraiment rien n'embarrassait les gestes, et les regards voyageaient sans fatigue. Il y avait bien un peu de complicité dans cette attitude du soleil : juste assez pour éliminer les sueurs, les dépits, les lassitudes, et surtout pour distraire l'esprit de l'implacable jeu qui oblige à donner vie pour mort et mort pour vie. Et c'était en cela que je pouvais crier à l'exception et me presser de respirer dans l'oubli des miasmes. Par une pente naturelle, je commençais même à rêver l'impossible et j'imaginais déjà une vie pareille à cette splendeur où, sans effort ni transfiguration, la condition humaine allait de niveau avec le dieu caché dans ces choses. Non, la plaine ni les coteaux, les hameaux ni la route, seule dans sa rectitude, les cloches qui tintaient dans les tours des églises, les cris rapides des oiseaux et des insectes, ni l'appel grondeur de l'homme au cheval qui bronchait ne semblaient rien annoncer. Et pourtant, qui hors d'eux avait deviné que ma silhouette vagabonde venait enfin de terminer les aventures éphémères ?

Quand j'arrivai au centre d'hébergement, m'y accueillit un Compagnon, de France. Il me fit entrer dans une maison basse et fraîche. Dans la pièce de gauche aux murs craquelés, il y avait une table longue avec des couverts pour le repas de midi, et dans celle de droite, une table ronde avec des registres. On commença par les papiers. Une fois de plus, je remplis des colonnes, déclinai mon identité et signai. La France était bien enclose entre ces quatre murs avec son odeur d'encre et de pain. On parla. Le compagnon, poli et propre (ô surprise !), eut l'à-propos de ne pas s'apitoyer, de ne pas exhorter. Il faisait son travail et ce travail, il ne l'appelait pas son devoir. Il m'entretint du temps, de la campagne et de toutes choses ordinaires. Il me demanda d'où je venais et non pas où j'allais ; il savait bien que j'allais n'importe où qui serait pareil à mon goût du silence. Moi, j'écoutais le son de sa voix et son accent, insignifiant et net comme son discours, prêt à rai_de_lumi_reinscrire toute modulation ou idée. Oui, ce Compagnon de France, ce premier Français de ma liberté m'est apparu étrangement prêt. Puis je passai à table, et, comme je commençais à rompre mon pain, je remarquai le rai de soleil qui, pénétrant par la fenêtre grande ouverte, dessinait sur le plancher un rectangle pur. J'y jetai quelques miettes. S'agita puis se referma un remous de poussière.
Dehors, la France avait son visage paisible.

in Pierre Péan, Mitterrand, une jeunesse française, 1934-1947,
(1994), éd. poche, 1995, p. 166-174.

9782253138198FS

















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Jura : "dehors, la France avait son visage paisible"


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vendredi 6 février 2009

"Ils nous ont pris Jeanne d'Arc, cette fille du peuple..." (Jean Perrin, 1935)

Diapositive1



«Ils nous ont pris Jeanne d'Arc...»

discours de Jean Perrin le 14 juillet 1935

Les manifestations des Ligues le 6 février 1934 ne sont pas à l'origine directe du Front populaire ; la dénonciation des socialistes par le PCF, accusés d'être les complices du fascisme, continue jusqu'en juin 1934.
Mais au congrès du PCF en juin 1934 à Ivry, le virage est pris. Le 27 juillet 1934 est conclu le pacte d'unité d'action pour "battre le fascisme", entre socialistes et communistes.
Le 14 juillet 1935 a lieu la prestation de serment (voir photo ci-dessous). À cette occasion, le matin, Jean Perrin, prix Nobel de physique, prononce le discours est extrait le passage suivant :


manif_gauches_juillet_34

- Ils nous ont pris Jeanne d'Arc, cette fille du peuple, abandonnée par le roi que l'élan populaire venait de rendre victorieux et brûlée par les prêtres qui depuis l'ont canonisée.

Ils ont essayé de vous prendre le drapeau de 89, ce noble drapeau tricolore des victoires républicaines de Valmy, de Jemmapes [1], de Hohenlinden [2], de Verdun [3], ce drapeau qui tout à l'heure, à nouveau coiffé du bonnet phrygien de 92, va flotter au devant de nos troupes, symbole des libertés que vous avez conquises, à côté de ce drapeau rouge devenu celui de l'Union Soviétique – et qui lui, symbolise l'espérance des malheureux.

Ils ont enfin essayé de nous prendre cette héroïque Marseillaise, ce chant révolutionnaire et farouche qui fit trembler tous les trônes d'Europe, en ce temps qu'il ne faut tout de même pas oublier où notre Grande République appela la première tous les peuples à la liberté, cette Marseillaise qui a été, pendant un siècle, le chant des peuples opprimés, et de la Russie elle-même, cette Marseillaise de Rude qui sculpta son envol sur cet Arc de Triomphe qui abrite votre frère inconnu et où vous n'avez pas le droit de passer.

Jean Perrin, discours du 14 juillet 1935, cité par Georges Lefranc,
Histoire du Front populaire, Payot, 1965 (éd.1974), p. 84-85.



[1] Georges Lefranc a noté ces "erreurs historiques" : "Ni Valmy, ni Jemmapes ne sont des victoires républicaines. L'armée qui les remporte est encore une armée royale". Sans doute, mais peut-être Jean Perrin, faisait-il allusion à la chronologie : Valmy (20 septembre 1792) a provoqué la proclamation de la République (21 septembre 1792), et Jeammapes, autre victoire sur les Autrichiens, eut lieu le 6 novembre 1792.
[2] Victoire de Bonaparte sur les Autrichiens, le 3 décembre 1800, à Hohenlinden (environs de Munich).
[3] Bataille de Verdun en 1916.

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manifestation du 14 juillet 1935 de la Bastille à la Nation ;
le discours de Perrin, prix Nobel de physique, fut prononcé le matin lors du rassemblement
au vélodrome Buffalo à Montrouge


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Jean PERRIN (1870-1942)
repères biographiques
Né à Lille le 30 septembre 1870, Jean Perrin fait ses études secondaires à Lyon. Il les termine à Paris en classe de Mathématiques supérieures au lycée Janson de Sailly. Bachelier ès lettres et ès sciences, il est reçu à l’École normale supérieure en 1890 (promotion de 1891 après le service militaire). Agrégé de physique en 1894, il reste à l’École normale comme agrégé préparateur de 1895 à 1898. Il est docteur ès sciences en 1897.
Professeur à l’École normale supérieure de Sèvres (1900-1925), il devient professeur de chimie-physique à la Faculté des sciences de Paris (1910) où il reste jusqu’à la retraite en septembre 1940.
Pendant la guerre de 1914-1918, il est mobilisé comme officier du génie puis attaché au service de recherches de la Défense nationale (1915) : il crée plusieurs appareils acoustiques dont sont équipées les armées françaises.
Il reçoit le prix Nobel de physique en 1926.
Il a un rôle primordial dans l’organisation de la recherche française : fondateur de l’Observatoire de Haute Provence, il est à l’origine du Centre National de la Recherche Scientifique, et crée le Palais de la Découverte (1937).
Il est Sous-Secrétaire d’État à la Recherche Scientifique dans le gouvernement de Léon Blum (octobre 1936).
Après l’armistice de 1940, il part en zone libre à Lyon puis se rend aux États-Unis au début de 1942. Il meurt à New-York le 17 avril 1742. Des funérailles nationales sont organisées le 18 novembre 1948, ses cendres sont transférées au Panthéon.

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jeudi 5 février 2009

musée(s) de l'histoire de France

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Pharamond élevé sur le pavois, Pierre-Henri Révoil et Michel Genod (1841)



nouveau musée de l'histoire de France

discussion, scepticisme, mise au point

 

logo

Les historiens plutôt sceptiques

Un musée à la hauteur de son propos. Nicolas Sarkozy a annoncé début janvier, lors de ses voeux au monde culturel, qu'il souhaitait créer un nouvel espace dédié à l'histoire nationale. Parmi les lieux pressentis pour accueillir le projet, l'hôtel des Invalides (7e) semble favori. Mais deux musées d'histoire de France existent déjà en Ile-de-France : l'un à Versailles (Yvelines), l'autre aux Archives nationales (Paris, 3e). Certains observateurs se demandent donc si un troisième est bien nécessaire. «Les deux musées existants, personne ne les connaît. Il n'y a aucun véritable espace représentant l'histoire de la nation telle qu'elle le mérite», justifie Marc Ferro, du Centre de recherche historique (CRH) de Paris.

Pierre Nora, historien et auteur des Lieux de mémoire, se montre plus réservé sur le choix des Invalides, en raison de la «présence militaire», et souligne qu'«il faut garder une distance critique pour éviter de faire un musée qui glorifie l'identité nationale». Marc Ferro le rejoint sur ce point : il soutient l'initiative, «à condition de mettre en avant des regards croisés. Il suffit pour cela de choisir des historiens de sensibilités différentes pour chaque époque.»

Restent plusieurs réserves, pratiques et financières, que met en évidence Pierre Nora. «Dépenser des millions d'euros sur un projet pas indispensable, alors que l'on ferme des centres culturels français à l'étranger, ça ne me paraît pas une priorité. Sans compter le climat d'hostilité de la part des établissements qui devront céder des pièces.» Conclusion rédhibitoire : «Pour moi, ce projet aux Invalides est mort et enterré.»

Oihana Gabriel, 5 février 2009
20minutes.fr

réaction

L'existence de deux musées d'histoire de France n'est pas un argument suffisant pour invalider un projet qui devrait avoir une plus grande envergure.

À Versailles, le musée, riche en tableaux, est dédié "à toutes les gloires de la France". Ce ne devrait pas être l'optique d'un musée s'inspirant du renouveau historiographique français depuis l'école des Annales.

Le musée de l'histoire de France de l'hôtel Soubise (Paris 3e), de facture traditionnelle, expose surtout les documents majeurs de l'histoire nationale ; c'est le trésor des Archives nationales. Le nouveau projet devrait présenter un éventail beaucoup plus diversifié de sources et relever d'une muséographie transfigurée.

Michel Renard

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salle 1792 du musée de l'histoire de France au château de Versailles

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une salle du musée de l'histoire de France dans l'hôtel Soubise (Archives nationales)


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mercredi 4 février 2009

oui ou non la France doit-elle être la France ?

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  village d'Itterswiller dans le Bas-Rhin (Alsace)                   métro parisien (Hector Guimard)



la France doit-elle être la France ?

général De Gaulle, en décembre 1963

Dans une lettre que De Gaulle écrivit à Raymond Aron pour le remercier de l'envoi du Grand débat, ouvrage du sociologue, le général écrivait :
- "Mon cher Raymond Aron, j'ai lu Le Grand Débat, comme je lis souvent ce que vous écrivez, ici et là, sur le même sujet. Il me semble que si vous y revenez sans cesse et avec tant de vivacité, c'est peut-être pour cette raison que le parti que vous avez pris ne vous satisfait pas pleinement vous-même. Au fond, tout : “Europe”, “Communauté atlantique”, “OTAN”, armements", etc., se ramène à une seule et même querelle : oui ou non la France doit-elle être la France ? C'était déjà la question à l'époque de la Résistance. Vous savez comment j'ai choisi et moi je sais qu'il n'y a pas de repos pour les théologiens. En vous félicitant de votre entrée à l'Institut, je vous demande de croire, mon cher Raymond Aron, à mes sentiments les meilleurs". (9 décembre 1963)

cité par Nicolas Baverez, Raymond Aron,
Flammarion, 1993, p. 377
9782082104944FS

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               De Gaulle dans la Drôme, lors de son discours à Die, en 1963 (source)


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source


«oui ou non la France doit-elle être la France ? C'était déjà la question

à l'époque de la Résistance», Charles De Gaulle, 1963


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mardi 3 février 2009

Rouget de Lisle (1760-1836)

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détail du tableau d'Isidore Pils



Rouget de Lisle (1760-1836)

auteur de La Marseillaise




tableau de Isidore Pils, 1849,

musée de la ville de Strasbourg, dépôt du Louvre

marseillaiseLes nombreux visiteurs français ou étrangers qui viennent spécialement au Musée Historique pour admirer le tableau de «Rouget de Lisle chantant La Marseillaise», confirment la force d’attraction que peuvent avoir certaines créations artistiques même (et surtout) si elles n’ont que peu de rapport avec la réalité-: le mythe l’emporte sur la vérité.

Isodore-Alexandre-Augustin Pils expose cette toile au Salon des Beaux-Arts de Paris en 1849, au moment où la révolution de 1848 remet à l’honneur La Marseillaise comme chant national. La scène se passe dans le  salon du maire de Strasbourg, le baron de Dietrich (élu en février 1790). Devant un parterre d’invités et le maire, accompagné au clavecin par Madame de Dietrich, Rouget de Lisle, dans un geste théâtral, entonne le chant qu’il a griffonné sur un bout de papier.

La réalité est un peu différente. En 1792, la Révolution est dans une impasse, les uns la considérant comme terminée (c’est le cas du maire), les autres désirant la poursuivre, l’approfondir afin d’empêcher le retour de ceux qui la rejettent depuis le début. Selon un schéma bien connu, c’est à l’extérieur que tous les antagonistes cherchent la solution à leurs problèmes.

L’affaire des «princes possessionnés» en Alsace, la concentration des émigrés le long du Rhin, servent de prétexte à déclarer la guerre le 20 avril 1792 au «roi de Bohême et de Hongrie», c’est-à-dire à François II, empereur du Saint Empire. Les modérés, qui veulent la guerre pour éliminer les jacobins, sont conscients de l’impréparation de l’armée à laquelle il est nécessaire d’insuffler un idéal. À Strasbourg la fièvre monte, l’ambiance est à l’exaltation.

Depuis le départ des émigrés, la haute bourgeoisie libérale et éclairée, en dehors des clubs, a ouvert ses salons. Celui du maire de Dietrich reçoit régulièrement, place Broglie (à l’emplacement de l’actuelle Banque de France) des militaires (Kléber, Rouget de Lisle), des hommes d’affaires (le banquier Pasquay…), des professeurs, des artistes (le musicien Ignace Pleyel). Dans la correspondance avec son frère, magistrat à Bâle, Madame de Dietrich raconte avec précision le déroulement de la célèbre soirée du 25 au 26 avril 1792.

Le maire a commandé au capitaine du génie, Rouget de Lisle, un chant de circonstance pour l’armée du Rhin. Poète et compositeur à ses heures, Rouget de Lisle apporte un texte avec la musique. Bon ténor, de Dietrich chante le morceau. Sa femme, le lendemain, arrange la partition pour le clavecin et d’autres instruments, peut-être a-t-elle été aidée par Ignace Pleyel, musicien de grand talent ?

Le 7 juillet 1792 les «Affiches de Strasbourg» publient les strophes et la musique dédiées à l’«Armée du Rhin» et au maréchal de Luckner, son commandant. Séduits par cet hymne et les paroles, les soldats s’en emparent rapidement. La transformation en «Marseillaise» est le fait de volontaires marseillais qui la chantent en allant rejoindre leurs positions dans le Nord de la France.

notice du Musée de la ville de Strasbourg

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dessin_couleurs
Rouget de Lisle interprétant son "chant de guerre pour l'armée du Rhin"
dans le salon du maire de Starsbourg, de Dietrich dont l'épouse est au clavecin
;
chromo didactique, vers 1900 (?)



chromo_publicitaire_revers
revers du chromo ci-dessus


chromo_didactique_et_publicitaire
autre chromo didactique et publicitaire



Henry_Coutant
Henry Coutant était un homme de lettres, né en 1867
à Cholet (Maine-et-Loire), mort après 1941 (?)



paroles_et_musique_Paul_Beuscher
l'appellation de La Marseillaise varie : "chant national",
"chant révolutionnaire", "chant patriotique", "hymne national"...



tombe_RdL___Choisy_le_Roi
la tombe de Rouget de Lisle à Choisy-le-Roi ;
sa dépouille fut exhumée en 1915 pour le transfert aux Invalides


statue___Choisy_le_Roi
la statue de Rouget de Lisle à Choisy-le-Roi


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le transfert des cendres de Rouget de Lisle aux Invalides,

14 juillet 1915


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le cortège dans les rues de Paris

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le cortège dans les rues de Paris


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le cortège dans les rues de Paris

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le cortège dans les rues de Paris

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dans la cour des Invalides le 14 juillet 1915


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le cortège dans la cour des Invalides le 14 juillet 1915


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dans la cour des Invalides (carte postale ancienne)

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le cercueil dans la cour des Invalides

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14 juillet 1915, discours du président de la République, Raymond Poincaré
(cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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dimanche 1 février 2009

«La nation n'est pas périmée»

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                                                                                                                source


Chevènement :

«La nation n'est pas périmée»


Entre l'Union européenne, la mondialisation économique et la décentralisation au profit des régions, la nation est-elle un espace politique périmé ?

C'est à cette question que le Groupe de recherche, d'éducation et de prospective (GREP) Midi-Pyrénées a invité à répondre Jean-Pierre Chevènement, hier à l'École supérieure de commerce. En version courte, le président du Mouvement républicain et citoyen répond non.

Il en prend d'ailleurs pour preuve les réponses nationales à la crise financière que nous traversons. Certes chaotiques, certes tâtonnants, les plans d'urgence ou de relance présentés par les nations le démontrent. Les États-Unis et ses 600 milliards, la Chine et ses 400 milliards, le Japon et ses 200 milliards… «Seul l'État nation apparaît légitime pour annoncer des chiffres aussi mirobolants», constate Jean-Pierre Chevènement. La France et ses 26 milliards ? «Ce n'est pas beaucoup mais c'est une somme dont on ne savait pas qu'elle existait puisque les caisses étaient vides», ironise l'ancien ministre.

Quoi qu'il en soit, en écartant le nationalisme, «maladie de la nation», et une définition ethnique de la nation où l'on manipule «la matière explosive de l'identité» ; en écartant l'idée d'une nation européenne «pas d'actualité», qu'elle repose sur l'idéologie post-nationale très allemande ou l'utopie développée par Dominique Strauss-Kahn ; en constatant la «désuétude du mythe fédéraliste», les nations ont de beaux jours devant elles.

Car, rappelle le président du MDC, elles sont «le lieu de la démocratie, de la solidarité, du sentiment d'appartenance». À la vérité, il affirme qu'envisager l'obsolescence de la nation ne serait qu'un «problème existentiel européen». Ailleurs, aux États-Unis, en Chine ou en Inde, il ne se pose pas.

source : la Dépêche de Toulouse (1er février 2009)


France_prot_ge_le_drapeau_Petit_Journal
la France protège le drapeau national contre
l'antipatriotisme, 3 octobre 1909
(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

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