samedi 31 octobre 2009

"citoyen du monde", cela ne veut rien dire

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le pathos de l'identité "internationale"

Michel Renard

 

- texte de Taous sur le site du NPA (Besancenot) :

Je souhaite juste apporter mon ressenti quand à cette idée électoraliste, teintée de
xénophobie, qu'est le débat sur l'identité nationale.
La seule identité est pour moi l'espèce humaine.
Je suis née, sous le joug de l'occupation française, sur les
hauteurs d'Alger... J'ai grandi auprès d'un père qui chantait la
Marseillaise pour ne pas s'endormir au volant en sillonnant les routes
de l'Algérie, la Tunisie, le Maroc.
J'ai foulé pour la première fois la France alors que je
n'étais qu'une adolescente boutonneuse. Une petite escale de quelques
jours pour rejoindre la Suisse.
Le hasard d'un itinéraire de vie sinueux à fait que je me
retrouve habitant Nancy en France alors que mes boutons venaient juste
de sécher...
Il y a de cela déjà 27 ans.
J'ai 3 enfants (il et elles ont une carte d'identité française).
Malgré mes engagements citoyens, je n'ai pas opté pour la
nationalité française, et si je pouvais être déchue de ma nationalité
d'origine, j'en serais ravie.
Je ne me reconnais point dans cette notion de nationalité.
Je hais les drapeaux, identitaires par essence.
J’exècre cette formule "Je suis fière d'être...".
Le matin en écoutant la radio, je me sens palestinienne.
Au travail, je me sens ouvrière, comme tous les ouvriers et les ouvrières du monde entier...
Le soir, en sirotant mon verre de vin accompagné d'un roquefort, je suis française.
Et avant d'aller au lit, en lisant Hermann Hesse, Virginia
Woolf, Sophocle, Frida Kahlo... je me rends compte que je suis
allemande, anglaise, grecque, mexicaine...
Quand j'ai des insomnies, j'écoute Souad Massi, Buena
Vista Social Club, Tinariwen, Calexico...Je suis Algérienne, cubaine,
malienne, américaine...
Alors mon identité c’est tout cela et pas que ça , et tout ce que ne je ne peux citer car ça serait trop long...
Mon identité est tout ce qui me reste encore à remplir
dans la besace de ma vie comme richesse que je découvrirai aux côtés et
avec les autres.
Alors la réduire à une histoire, un drapeau, un hymne,  un "sang"...Je ne peux pas comprendre ni même y adhérer.
Mon identité elle est de toutes les couleurs, de toutes
les formes des nuages, de toutes les tailles des étoiles, de tous les
expressions des sourires, de toutes les traces de larmes, de toutes les
différences de teintes des couchers de soleil, de tous les océans...
Mon identité est INTERNATIONALE.
Taous

_________________________________________

discussion menée sur Facebook à partir du texte de Taous


Ydriss Foretz
Ydriss Foretz aime ça.

Bulent Acar
Bulent Acar

à méditer :)
à 19:37

Michel Renard
Michel Renard
- ahhh oui... à méditer... mais dans quel sens...?
à 19:51

Michel Renard
Michel Renard
- Ydriss, tu approuves vraiment ce texte...?
à 20:06

Ydriss Foretz
Ydriss Foretz

J'adhère complètement à ses principes non-identitaires ! On est avant tout citoyen du monde... Seule la culture peut être une "entrave" à ce concept d'unité du genre humain... (Kant). Pour ma part, j'estime que faire l'amalgame entre identité nationale et culture revient à réfuter le côté positif de l'espèce humaine capable de développer et d'entretenir des moeurs parfois fascinantes (bien sûr ce n'est pas une vérité absolue)... C'est comme confondre la pierre et l'édifice...
Après, pourquoi ne pas cultiver un mythe du terrien, une identité planétaire ?

à 20:09

Michel Renard
Michel Renard
- je vais te répondre Ydriss... mais alors, il faut que tu m'envoies une critique cinglante de mon livre, parce que ce je ne pense pas du tout comme Taous...!
à 21:21

Michel Renard
Michel Renard

- Ydriss, mon ancien élève, mon ami :

1) tu adhères à ces principes non-identitaires mais tu te revendiques d'une identité planétaire… alors identité ou pas identité ?

2) "citoyen du monde", cela n'existe pas : aucune citoyenneté mondiale ne s'est jamais affirmée ; la citoyenneté reste liée au monde des cités grecques (Antiquité) ou aux cadres nationaux à l'époque contemporaine de la démocratie : la citoyenneté n'existe aujourd'hui que parce qu'il y a des nations.

3) le concept de genre humain n'est pas une culture. Kant commence par critiquer tout Absolu et par établir la radicale finitude humaine (par rapport au temps et à l'espace) ; "toute conscience est conscience de quelque chose" (Husserl, cité par Luc Ferry dans le sillage kantien). Une culture n'existe que parce qu'elle trouve face à elle une autre culture qui la limite et la définit. L'idée d'une culture mondiale, c'est la fin de la culture.

4) tu as raison, le "terrien" est un mythe ; il n'existe que des hommes "enracinés et solides, fermement plantés dans leur terre" (^^) donc dans des cultures nationales qui sont les seules voies d'accès à l'universalité des cultures.
à 21:24

Bulent Acar
Bulent Acar

L'homme doit se remettre en question à tout instant, donc chaque idée, chaque opinion est bonne à méditer. Ici Taous à une manière un peu utopique de voir. Beaucoup de personnes ne peuvent se détacher de la culture de leur parents, de l'identité nationale qu'il représente... L'homme a besoin de s'associer à un groupe. Et ce groupe pour certains dans "l'exil" ou à "l'étranger", c'est l'origine, la nationalité. Après oui, quand nous nous sentons libre et détaché de toute ces notions de nationalités, pourquoi pas cultiver un mythe du terrien, c'est intéressant.
à 21:27

Michel Renard
Michel Renard

- Bulent, à propos du texte de Taous :

1) le sentiment de solidarité internationaliste ne fait pas une identité internationaliste qui, par définition, n'existe pas ; et ce genre de proclamation me semble un peu gratuite... on peut dire qu'on est "camarade" avec les ouvriers de Soweto, mais quant à vivre comme eux ou avec eux...!! il y a de la marge...

2) "la seule identité est l'espèce humaine"… cela ne veut rien dire du tout… chacun sait qu'il existe des identités, nationales ou autres ; la négation de ces réalités culturelles et symboliques c'est la marche vers l'uniformité des nouveaux esclaves robotisés de la mondialisation.

3) Et pourquoi cette Taous se sent-elle palestinienne ? plus qu'israélienne… ? si elle est "internationale" comme elle le prétend… Les Israéliens ne font-ils pas partie de l'internationale du genre humain…?

4) Lire des romans d'auteurs étrangers ne fait pas d'elle un élément de la patrie de ces écrivains ; d'ailleurs c'est une langue précise – en l'occurrence le français – qui lui donne accès à cette culture universelle ; il n'y a d'accès à l'universel que particulier.
Il en va de même de la musique. J'adore et j'ai écouté pendant des années de la musique arabe, algérienne, kabyle : je n'en suis pour autant ni arabe, ni algérien, ni kabyle…

Tout cela est un pathos de bons sentiments d'une mièvrerie effarante…

à 21:30

Bulent Acar
Bulent Acar

Monsieur, vous avez raison sur les 4 points que vous avez développés.
Mas je pense qu'il faut essayer de comprendre Taous. Pourquoi s'exprime t-elle ainsi ? Peut être que finalement la position qu'elle adopte ici sera la solution de toutes les formes de nationalismes. On sent dans ces propos un ras-le-bol, et dans le monde auquel on vit on peut consentir son ras-le-bol. Je vais être hs peut être, mais regardez. L'européen accepte que le roumain du coin vive une vie de misérable et ça chez lui, il a accepter de voir des milliers de personnes et surtout d'enfants mourir de faim. Aujourd'hui, pour des intérêts quelconque, on accepte, on crée la guerre là où on peut tirer du bénéfice. Franchement parfois ça donne envie de tout casser.

Et en tant que jeunes, on doit faire l'effort nécessaire pour changer le cours des choses. Peut être que Taous s'est mal exprimer, mais dans le message on peut y voir de la paix et de l'amour. Ce qu'il nous manque cruellement pour se lever et dire enfin STOP à la réalité de notre vieux monde égoïste.

J'espère que je me suis fait comprendre.

à 22:04

Michel Renard
Michel Renard

- oui, je te comprends Bulent.
Peut-être qu'un jour Taous aura-t-elle raison... j'espère de ne pas appartenir alors à un tel monde...
Mais Taous nage en pleine contradictions.
Elle dit "haïr" les drapeaux mais brandit le drapeau rouge dans les manifestations. Elle dit "exécrer" la formule "fière d'être" mais se sent fière d'être révolutionnaire internationaliste. Elle ne veut pas réduire son identité à un hymne, mais elle chante l'Internationale.
Taous ne fait que décliner un vieux refrain, celui d'un révolutionnarisme qui ferait fi des réalités culturelles du monde en les rabattant sur des formes d'aliénation liées au monde capitaliste... C'est d'un dogmatisme...!
Le trotsko-marxisme n'a jamais rien compris à la densité culturelle de l'histoire, aux enracinements anthropologiques et symboliques qui ne doivent rien au capitalisme mais à la complexité de la vie sociale qui ne se réduit pas aux "rapports de classe" ni au déterminisme économique...
Alors, son discours n'est qu'une posture, une auto-intoxication à laquelle, au fond d'elle-même, je suis sûr qu'elle ne se conforme pas.

à 22:34

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mardi 27 octobre 2009

pas réservé à la droite

gm

     

Michel Onfray :


"Le débat de l'identité nationale


n'est pas


réservé à la droite"


Michel Onfray, philosophe. (AFP)

Michel Onfray, philosophe. (AFP) 

Le prochain débat annoncé par le gouvernement sera celui de l'identité nationale. L'identité française. Que l'on retrouve aujourd'hui dans l'intitulé d'un ministère. La création du ministère de l'immigration et de l'identité nationale était une des promesses de campagne de Nicolas Sarkozy. En 2007, le candidat déclarait: "Parler de l'identité nationale ne me fait pas peur", même si "pour certains c'est un gros mot. (...) Je ne veux pas laisser le monopole de la nation à l'extrême droite. Je veux parler de la nation française parce que je n'accepte pas l'image qu'en donne Jean-Marie Le Pen." Le ministère a finalement été créé le 18 mai 2007 dès le premier gouvernement Fillon sous l'intitulé complet de "ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire". L'identité nationale, une affaire politique ou philosophique ? En réclamant le débat, Eric Besson a suscité un tollé dans l'opposition qui y a vu un thème emprunté à l'extrême droite. Pour le philosophe et écrivain Michel Onfray c'est au contraire une bonne occasion de se réapproprier le débat et de dire que l'identité nationale "est une certaine conception de la République qui fait preuve d'ouverture et de solidarité".

Nouvelobs.com : Existe-t-il une identité nationale française ?
- Michel Onfray : Oui, cela me parait évident. C'est l'histoire de la France. C'est un enjeu de société, c'est un enjeu d'histoire, c'est un enjeu politique aussi. Je trouve cela très bien de prendre la balle au bond et de montrer qu'il y a des définitions différentes et divergentes de l'identité nationale. Pour moi, il y a deux façons de concevoir l'identité. Celle de l'identité du sang, de la race et l'autre de la raison et de l'intelligence. Donc je trouve très bien de dire ce qu'est la France et comment elle fonctionne. Et ce n'est pas parce que la droite et l'extrême-droite ont défini une certaine idée de l'identité de la France, qu'il faut leur laisser dire. C'est une bonne occasion de dire que la France c'est la Révolution française, c'est une certaine conception de la République qui fait preuve d'ouverture, de solidarité et de fraternité.

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Que reste-t-il de cette identité nationale aujourd'hui ?
- Je crois qu'elle est mal en point parce que justement nous avons laissé cette question-là à la droite et à l'extrême-droite. Et que la gauche considère que le simple fait de parler d'"identité nationale", cela revient à utiliser le langage de l'extrême-droite. Ce qui n'est pas vrai. Quand l'Abbé Grégoire, par exemple, réfléchit au statut des Juifs dans la France lors de la révolution française, ce n'est pas un travail de droite. C'est plutôt un travail de gauche. Si on refuse le débat, il n'y aura de définition que celle de l'extrême-droite, c'est-à-dire la définition raciale.

L'État a-t-il un rôle à jouer dans la construction de l'identité nationale ?
- Non, je ne crois pas que ce soit à l'État de participer à la construction de l'identité nationale. C'est aux partis politiques, aux citoyens, aux philosophes, aux sociologues de faire un grand débat. L'État peut offrir des structures symboliques, comme la Sorbonne ou le Collège de France pour accueillir toutes les idées. Et faire se rencontrer des personnes qui ont leur définition de l'identité nationale. Moi, je suis preneur du débat pour montrer qu'il n'est pas le domaine réservé de la droite.

Peut-on encadrer l'identité nationale ?
- Cela dépend de la conception qu'on a de l'identité nationale et des personnes qui sont au pouvoir. Si vous êtes au pouvoir et que vous avez une conception de l'identité nationale qui est raciale, voire raciste, cela ne produira pas le même type d'effet que si vous êtes au pouvoir avec la conception de l'identité nationale héritée des Lumières. Si Éric Besson veut un débat, je trouve qu'il a raison. Maintenant s'il veut un débat de manière populiste en allant chercher ce qu'il a de plus bas chez les gens en secouant le racisme qui dort en nous souvent, effectivement cela va être problématique. S'il s'agit de prendre le peuple à témoin pour une définition de l'identité nationale, on ne va pas produire quelque chose de bien intelligent. Il ne s'agit pas de dire "regardez vos viscères et dites nous ce que vous en pensez".

interview de Michel Onfray par Sarah Diffalah
mardi 27 octobre 2009 - source

NOUVELOBS.COM | 29.10.2009 | 15:26

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Louis IX, saint-Louis

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interview de Daniel Lefeuvre, 27 octobre 2009, Le Point

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INTERVIEW DE L'HISTORIEN DANIEL LEFEUVRE

"L'identité nationale est l'affaire


de tous"

propos recueillis par Chloé Durand-Parenti


Identit__nationale_couv_d_fLe ministre de l'Immigration Éric Besson a annoncé dimanche son intention de lancer, dès le mois de novembre, un grand débat sur l'identité nationale. Daniel Lefeuvre, professeur d'histoire à l'université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis et coauteur de Faut-il avoir honte de l'identité nationale ? *, répond aux questions du point.fr.    
          
lepoint.fr : Un débat sur l'identité nationale est-il nécessaire ?    
 
Daniel Lefeuvre : Ce débat a lieu parce que lors des dernières élections présidentielles les deux candidats en lice pour le second tour, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, ont tous les deux fait campagne sur cette question. La candidate socialiste a même proposé de mettre des drapeaux tricolores à nos fenêtres. Mais, jusque-là, il y avait beaucoup de non-dits. Le fait qu'Éric Besson s'engage dans la clarté, que chacun puisse s'exprimer, me semble plus sain, mieux qu'un débat larvé qui peut générer des effets nauséabonds. Cela me paraît positif que l'État offre cet espace de débat sur une question centrale à laquelle la France est confrontée.
   
Le président du MoDem François Bayrou estime que l'identité nationale est "comme l'histoire, qu'il n'appartient pas aux politiques de l'accaparer". Qu'en pensez-vous ?    
C'est évidemment l'affaire des politiques. L'État a toujours été un des acteurs majeurs de la construction de l'identité nationale. Celle-ci s'est faite autour de l'État depuis le Moyen Âge, depuis les serments de Strasbourg de 842, en passant par Philippe Auguste, Saint Louis, Philippe Le Bel et, bien sûr, François Ier, avec l'édit de Villers-Cotterêts 1539 qui impose le français dans les actes officiels de la monarchie. Les historiens sont légitimes tout autant que les syndicalistes, comme l'ensemble des citoyens. L'identité nationale est l'affaire de tous. Il n'y a pas de raison que telle ou telle catégorie de personnes en soit exclue.
   
Un tel débat a-t-il déjà été mené par le passé ?    
L'histoire de France est pleine de ces débats. Cela s'est vu notamment au moment de la Révolution française. Quand on discute de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, quand on réfléchit sur les institutions, quand on parle abolition de l'esclavage : on débat bien évidemment de ce sur quoi la France doit reposer et de ce qui la constitue. De même, quand on examine plus tard la question de la laïcité pour aboutir à la loi de 1905. Chaque fois, cela revient à poser la question de ce qu'est la France.
   
Quand le ministre de l'Immigration, Éric Besson, affirme que la burqa est "contraire aux valeurs de l'identité nationale", on a le sentiment qu'il définit celle-ci par l'exclusion. Cela vous choque-t-il ? Copia_de_trovadores   
Il y a des choses qui font partie de l'identité nationale. Il faut réaffirmer le côté positif de celle-ci. Mais, là, on voit bien que l'on entre dans le débat politique. En même temps, l'immense majorité des Français est hostile au port de la burqa, non pas tant d'ailleurs pour des raisons religieuses, mais parce que la France est historiquement le pays des femmes, le pays de la dame, le pays de la courtoisie. Déjà au XVIIe et au XVIIIe siècle, les voyageurs anglais étaient frappés par la place centrale occupée par les femmes dans la civilisation française. Or, la burqa tend au contraire à exclure les femmes. C'est pourquoi il faut affirmer la valeur de la laïcité, créer un espace apaisé et interdire la burqa pour qu'hommes et femmes partagent ensemble cet espace.
   
Qu'est-ce qui fait que l'on se sent français, notamment quand votre histoire familiale s'inscrit dans un autre pays ?    
L'intérêt de l'identité nationale et de la nation française, c'est qu'elles excluent l'identité raciale. L'identité nationale française est ouverte. Tout le monde peut devenir français. Tout le monde a la possibilité de participer à l'histoire de ce pays. Ce qui fait que l'on se sent français, c'est, je crois, le fait de partager la langue et un certain nombre de valeurs produites par l'histoire de France.
   
Comment expliquer que de jeunes Français d'origine étrangère, nés sur le territoire national, ne parviennent pas à s'approprier cette identité ?    
La France d'aujourd'hui a, en partie, renoncé à la politique d'assimilation, héritée du volontarisme républicain de la IIIe et d'une partie de la IVe république. On valorise le multiculturalisme, la pluralité des identités, au lieu de valoriser l'appartenance commune.
Or, un pays qui a du mal à être fier de lui-même, qui se délite parfois dans l'Europe, dans le régionalisme ou dans les communautarismes, est un pays qui attire relativement peu. Il convient toutefois de nuancer ce diagnostic. Car, il y a beaucoup de jeunes, nés en France, de parents ou de grands-parents venus d'ailleurs, qui sont aujourd'hui parfaitement intégrés et porteurs de cette culture française qu'ils ont eux-mêmes enrichie. L'identité française est un héritage pluriséculaire, mais c'est un héritage vivant. Chaque génération l'enrichit avec ses propres apports. Je dis bien : elle l'enrichit, mais elle ne la refonde pas.

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le domaine royal au XIe siècle : l'État a toujours été
un des acteurs majeurs de la construction de l'identité nationale

   
Comment peut-on renforcer l'identité nationale ?    
Le rôle de l'école me paraît tout à fait central et, notamment, la place de la langue française, avec ses règles et avec ses contraintes. Il faut aussi renforcer l'enseignement de la littérature et de l'histoire. J'ai entendu Éric Besson rappeler le rôle central de l'histoire. Dans le même temps, je m'inquiète du fait que, dans le concours du professorat des écoles, on veuille supprimer l'histoire comme discipline obligatoire. Il y a là quelque chose de contradictoire dans la politique du gouvernement.
De même, la diminution des postes au CAPES et à l'agrégation d'histoire, ou de littérature, me semble un mauvais signal. L'assimilation doit être aussi professionnelle. Or, il y a des discriminations à l'embauche, au logement, qui touchent certains jeunes issus de l'immigration africaine ou nord-africaine et qui sont contraires aux valeurs de la République, que celle-ci ne fait pas suffisamment respecter. On a là des éléments de troubles très forts. Enfin, il existe de véritables ghettos, à la fois sociaux et ethniques, que la République a laissés, à tort, s'ancrer dans son territoire.
   
N'est-il pas décalé de parler d'identité nationale alors qu'on cherche à impulser une identité européenne ? Est-ce contradictoire ?    
Qu'il y ait des fondements culturels communs dans les racines gréco-judéo-latino-chrétiennes de l'Europe : très bien. Mais il n'y a pas encore d'identité européenne. Peut-être que cela se fera. La nation est un produit historique, elle peut disparaître. L'Europe est un produit historique, elle peut se développer. Mais, pour l'instant, on n'en est pas là. Quant aux identités régionales, elles ne sont en rien incompatibles avec l'identité nationale. Justement, ce qui est intéressant avec l'identité française, c'est qu'elle ne s'oppose pas aux identités régionales, mais qu'elle les surplombe.

* Faut-il avoir honte de l'identité nationale ? de Daniel Lefeuvre et Michel Renard, paru en octobre 2008, aux éditions Larousse dans la collection "À dire vrai".

source

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samedi 17 octobre 2009

Jean-François Copé : "La nation se fissure en silence"

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renouveler

le thème de l'identité nationale

Jean-François Copé


(...) le premier défi, celui qui sera le plus structurant, c'est la question de l'identité française. La nation se fissure en silence parce qu'il n'y a pas de discours sur l'identité. Ce thème, tel qu'il avait été traité en 2007, doit être profondément renouvelé et retravaillé.

Parce que le FN pourrait se le réapproprier ?
Il s'en est nourri, car, depuis vingt ou trente ans, nous avons commis collectivement l'erreur de ne pas expliquer ce que cela veut dire être français aujourd'hui. On a eu peur. On a nié l'évolution sociologique de notre population, sur le plan de sa composition, de ses origines, de ses pratiques religieuses, de ses modes de vie. Pendant ce temps, la société française a continué à bouger et à se développer sans repères.
La population issue de l'immigration de la seconde moitié du XXe siècle, qui en est maintenant à sa troisième génération, n'a toujours pas reçu les codes d'accès. Cela a conduit à un malentendu croissant au sein d'une population composée de gens qui sont tous français mais qui, parce qu'ils n'ont pas eu les repères nécessaires, ne se parlent pas, ne s'écoutent pas, ne se respectent pas. L'insuffisance du dialogue interreligieux en est un exemple.

Il existe depuis 2007 un ministère de l'intégration et de l'identité nationale. Il a échoué ?
C'est l'échec de trente années de politiques en ce domaine.

Comment réussir l'intégration ?
Il faut que l'on positive le fait d'être une population aussi diverse que l'est devenue la nôtre, qu'on le vive comme une chance. Que l'on arrête de vouloir faire croire à nos enfants que nos ancêtres étaient tous des Gaulois. Ce qui compte, c'est que chaque Français, quelles que soient sa date d'arrivée en France, son origine ou sa religion, a de la valeur et apporte ce qu'il a de mieux pour notre pays. Un exemple : au lycée, on peut choisir en option de très nombreuses langues, mais il est quasi impossible d'apprendre l'arabe, alors que cela pourrait être un fantastique atout économique. Résultat, ce sont des intégristes dans des caves qui s'en chargent.

Pourquoi réclamez-vous une loi sur le port de la burqa ?
La burqa, ce sont des intégristes qui veulent tester la République. Si on ne fait rien, on va laisser se banaliser un phénomène qui est contraire à nos principes. La réflexion sur l'identité française est indissociable de celle sur la place des femmes dans la société. Avec mes collègues députés, nous prendrons dans les semaines qui viennent des initiatives fortes sur ce sujet, notamment pour favoriser leur promotion dans le monde économique. Notre discours doit être adossé sur deux mots : humanité et rassemblement. Nicolas Sarkozy a une formule pour caractériser les Français : "Ils sont monarchistes et régicides." Il a raison, mais c'est une lecture de la société qui se réfère à 1793. Depuis, il y a eu des vagues d'immigration, et je ne suis pas sûr que 1793 reste pour les Français la référence. (...)

Le Monde, 17 octobre 2009

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commentaire

On approuvera le constat d'une nation qui se fissure, la défaillance (mais pas l'échec total, loin de là...) dans la remise aux immigrés des "codes d'accès", la nécessité d'inculquer des "repères nécessaires". Mais la phrase qui "positive le fait d'être une population aussi diverse" est ambiguë. Et semble inscrire en acquis ce qui était, plus haut, évoqué comme manque... La diversité n'est pas, en soi, positive. Cela dépend de la dynamique entre intégration/assimilation et diversité.

Michel Renard

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Des enfants dans les arbres, film de Bania Medjbar (2009)

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