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quand les militants socialistes de Sc. Po

se "moquent" de l'identité nationale

tout en se revendiquant du nom

de Jean Zay…


Sur le blog des militants socialistes de Sciences Po, section Jean Zay, une contribution affirme, avec un grand sens de la nuance, que "l'identité nationale, c'est la guerre". Réponse à cette militante socialiste.

"L’identité nationale, c’est affaire d’individus", dites-vous. Je ne le pense pas. L'appropriation de la francité est affaire individuelle, mais l'identité nationale est une réalité objective, celle dont parle toute l'école historique française (à part Noiriel, mais il ne pèse pas bien lourd face à Marc Bloch ou à Braudel…).

Vous dites vous moquer de la nation… Pourquoi pas ?
Mais alors lisez ces quelques lignes qui pourraient bien avoir valeur prophétique : "Les temps à venir noteront d'infamie le délire d'aujourd'hui. Se peut-il bien que ce soient des Français qui parlent, qui écrivent ainsi ? N'ont-ils donc ni cœur, ni entrailles pour la patrie ? Non, ils ne sont point français ; ils parlent notre langue peut-être ; ils sont nés sur le même sol que nous ; mais ils n'ont ni notre cœur, ni nos sentiments. Ils ne sont point français !".

C'est Napoléon qui s'exprime ainsi d'après le "Mémorial de Sainte-Hélène", et il est cité par… Jean Zay…! dont vous arborez le nom dans votre intitulé de section socialiste (cf. Souvenirs et solitude, éd. 2004, p. 223).

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Léon Blum levant son chapeau et, deuxième à droite, Jean Zay

Quand Jean Zay, de sa prison, apprend la mort de Léon Lagrange tué au combat en mai 1940, il évoque ce "socialiste patriote" et son action : "Les sports, c'était pour lui la grande cause de la vitalité française, le salut de la race ; l'organisation des loisirs sportifs ou intellectuels, c'était la joie de la vie rendue aux travailleurs, les heures de labeur devenant par là plus fécondes. Il mit son action au service des intérêts nationaux le p lus certains. Il avait créé ce Brevet sportif populaire, dont le succès fut si éclatant que les gouvernants d'aujourd'hui l'ont repris, généralisé. Mais le mot «populaire» étant frappé d'interdit, ils l'ont remplacé par le mot «national», un des termes, hélas ! auxquels on a ôté depuis huit mois toute signification" (écrit en date du 18 février 1941, id. p. 61).

Critiquant les agents diplomatiques français à l'étranger des années précédant la guerre, Jean Zay note : "Il en est qui ne demeuraient en contact qu'avec les éléments les moins favorables à la France, parce qu'ils choisissaient leurs amitiés dans les salons du fascisme local, alors que seuls aimaient la France les disciples de sa tradition révolutionnaire, les amis de la liberté" (8 avril 1941, id. p. 79).
Qui, à gauche assume encore ce Jean Zay ? cette gauche qui n'aime pas la France et qui, bien sûr, a renoncé à l'éloge de la tradition révolutionnaire française.

Aujourd'hui, les opposants de toute référence à l'identité nationale prétendent qu'elle renvoie à Vichy, à Pétain, etc. Mais ceux qui combattaient Vichy à l'époque ne voyaient du tout les choses ainsi. Quand Jean Zay rappelle que le nouveau pouvoir, au lendemain de l'armistice" chercha à "purifier l'écran", il parle de la "rage de dénigrement antifrançais" contre le cinéma des Renoir, Duvivier et Jouvet (3 février 1942, id. p. 180). L'anti-France, c'était le régime de Pétain et de Laval.

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Pétain, ce fut l'anti-France

Ce qui n'empêche pas Jean Zay de mesurer la part d'étroitesse que peut aussi véhiculer un certain aveuglement national : "Le Français le moins patriote, le plus éloigné des vanités nationales, croit que tous les problèmes internationaux doivent se juger dans le monde par rapport à la France. La France est pour lui le centre du globe, comme le globe était pour Ptoléme le centre fixe du système planétaire. Ce n'est point là nationalisme chatouilleux, ni même naturel patriotisme. C'est besoin d'être aimé. (…) La réaction intime du Français, quand il s'agit des choses internationales, est devenue d'égotisme pur" (27 avril 1942, id. p. 227).

Ce défaut n'entame en rien l'exemplarité du modèle français : "Des niais s'indignent que le monde tourne le dos à la France de Vichy ; ils oublient que ce qu'admirent en nous les peuples libres, depuis un siècle et demi, ce n'est pas une entité géographique, mais la France de la liberté et de la Révolution" (27 avril 1942, id. p.228).

Il est ainsi des héritages revendiqués qui ignorent (presque) tout de leur présumé testateur.

Michel Renard, co-auteur de
Faut-il avoir honte de l'identité nationale ?

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