mercredi 13 janvier 2010

La France n'est pas une page blanche sur laquelle des utopistes en serre chaude écriraient à la hâte le mot «citoyenneté»

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les "pays", au sens braudélien du terme


Identité nationale :

le vrai débat n'aura pas lieu !

Denis TILLINAC

Le débat sur l'identité nationale n'aura pas lieu. Les politiques, les journalistes, les intellos prennent des positions le plus souvent manichéennes sur le mode d'intégration de nos compatriotes arabo-musulmans ou africains. Faut-il tolérer la burqa ? Laisser pointer des minarets ? Régulariser les sans-papiers ? Subventionner les banlieues où çà chauffe ?

On se gargarise de gros mots («laïcité, valeurs républicaines, citoyenneté»), on mobilise grotesquement des parias de l'histoire (Pétain, Déat, Laval) et, au bout du compte, l'on finit par découvrir une évidence : les Français n'ont pas plus de sympathie pour l'islam que les autres Européens. Un vrai débat sur l'islam ne serait pas sans intérêt, mais il ne concerne l'identité nationale qu'à la marge. Or cette identité existe.cran_em2008

Pour la cerner, il faut en finir avec la polarisation sur les minorités visibles ou moins visibles, que ce soit pour les diaboliser ou les victimiser. Les Français dont les ancêtres ont établi leur pénates sur nos terroirs depuis belle lurette forment une énorme majorité. Même si ces ancêtres sont venus d'ailleurs, certains plus récemment que d'autres (Polonais, Italiens, Espagnols, Portugais, etc.).

Or cette majorité, prolétaire ou bourgeoise, est exclue du débat, et le sent, et s'en exaspère sans pouvoir le dire. C'est elle, pourtant, qui pérennise l'identité française ; c'est elle, en conséquence, qui détient le secret de l' «intégration». Car la vraie question n'est pas de savoir qui doit (ou peut) être intégré, mais à quoi. Réponse : à un mélange d'histoire-géo qui, au fil des siècles, a engendré une sociabilité, des tours d'esprit, une sensibilité, un type d'humour, une gastronomie, un patrimoine architectural, des héros populaires, une poétique, une spiritualité, des paysages intérieurs singuliers. Rien de moins.

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Dans le panthéon intime de la France, Jeanne d'Arc fraternise avec Gavroche, Roland à Roncevaux avec Bonaparte au pont d'Arcole, Mimi Pinson avec la duchesse de Guermantes, la gouaille du titi avec la pagnolade à l'aïoli, la gourmandise rabelaisienne avec la rigueur pascalienne, la môme Piaf avec Villon. Dans l'imaginaire des Français, on repère l'amour rustique du clocher et l'appel romantique de l'Orient, ainsi qu'une pente au bovarisme, une autre au panache de Cyrano, une autre à prendre benoîtement ses aises apéritives. Liste non exhaustive.

Certes l'identité de la France n'est pas close ou figée. Ni monochrome, tant nos «pays» au sens braudélien du terme, ont de personnalité. Reste un fond de sauce, inaccessible sans doute à la sagacité des sociologues, mais que les Français ordinaires savourent au jour le jour, et qui vient de loin, et qui tient la route. L'identité de la France, c'est un ressac au long cours entre Paris et ses provinces, une trame inouïe d'ambivalences : épicurisme et goût de l'absolu, héroïsme gaullien et cassoulet radsoc, sens de l'honneur et de la resquille, passion pour l'égalité et les privilèges, vin bordelais du regret et vin bourguignon du plaisir, catholicisme de petit proprio et tentation césariste impénitente.

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C'est aussi cette manie de lâcher des idéologues sur la rive gauche de la Seine pour des chamailleries conceptuelles dont on se fout éperdument, la sagesse populaire ayant pris acte de nos contradictions insolubles. Par exemple, ce chahut verbeux qui tourne en rond autour de minarets fantoches, alors que notre «identité», on la connaît par coeur, on la cultive, elle va de soi ou presque.

Le désir, le sentiment, le bonheur d'être français sont accessibles à toute minorité. Avec le temps, bien sûr, et à condition que la majorité - silencieuse et pour cause - soit assurée de ne pas y laisser trop de plumes symboliques. Sinon elle se rétracte, et sa méfiance tourne à la franche hostilité. Partout dans le monde, les minorités sont d'autant mieux accueillies que les majorités ne se sentent pas ... minorées. Grâce au ciel, l'identité de la France a autant de verdeur que de mémoire, il suffirait d'en rappeler la substance pour éclairer les lanternes sourdes de ce débat foireux.

La France n'est pas une page blanche sur laquelle des utopistes en serre chaude écriraient à la hâte le mot «citoyenneté». Ni l'espace abstrait d'une appropriation ex-nihilo. La France, on sait de quoi son identité retourne ; cessons de l'ignorer dans leurs pompes d'où ils viennent. Surtout ceux de fraîche date : plus que les enracinés, ils ont besoin de savoir de quoi ils héritent au juste.

Denis Tillinac est chroniqueur à Valeurs actuelles.
PS : cet article est extrait du n° 663 (du 2 au 8 janvier 2010) de l'hebdomadaire Marianne  - source

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mercredi 6 janvier 2010

réponse à Esther Benbassa

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réponse à Esther Benbassa

Michel RENARD


Dans l'Humanité, du 5 janvier 2010 : Esther Benbassa «Pour l’avenir, il y a un roman national39a3209e_aa53_11dd_b895_802fa1cb0190 à réécrire». Directrice d’études à l’École pratique des hautes études, Esther Benbassa estime nécessaire de débattre de la France telle qu’elle est. [il a fallu l'attendre... parce que personne n'y avait pensé...!!]

L'auteure de Être juif après Gaza (CNRS éditions, 2009) ne rate pas une occasion pour s’impliquer dans des combats qu’elle estime justes. En décembre dernier, elle a décidé de faire partie d’un collectif qui prône l’ouverture d’un «autre débat» que celui lancé par le gouvernement. Les membres de ce collectif, comprenant des intellectuels, des chercheurs, des écrivains, des journalistes travaillant sur le post-colonialisme ou l’immigration rejettent l’initiative d’Éric Besson, dont le but, considèrent-ils, est de manipuler l’opinion. Esther Benbassa la qualifie même de dangereuse car elle lève le tabou du racisme. [chapeau de l'Humanité]
[Réponse : le tabou du racisme...? mais si le racisme ne s'était pas exprimé en France depuis des années et des années, pourquoi SOS-Racisme a-t-elle été créée et portée aux nues...? et, question secondaire, pourquoi, malgré SOS-Racisme, le racisme n'a-t-il pas régressé-? Le véritable tabou, aujourd'hui en France, c'est bien le sentiment national, ringardisé, extrême-droitisé, lepénisé, nazifié... Et ceux qui, par vacuité de pensée, ont procédé à ces amalgames depuis plus de vingt ans sont désormais prisonniers de leurs caricatures et INCAPABLES de débattre de ce que représente la nation comme héritage et comme projet collectif - M.R.].

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le débat sur l'identité nationale n'est pas un débat nationaliste

réponse à Esther Benbassa par Michel Renard

- L'Humanité (Mina Kaci) : Pourquoi demandez-vous l’arrêt du débat sur l’identité nationale, alors qu’Éric Besson s’entête à vouloir le poursuivre ?

Esther Benbassa : Nous n’appelons pas à cesser de débattre mais à conduire un autre échange qui ne porte pas sur l’identité nationale et qui serait une sorte de radiographie de la France. Il faut sortir de ce débat stérile sur l’identité nationale rappelant les discussions des années trente lorsque les ligues fascistes criaient? : «La France aux Français !»
[Réponse : pauvre argumentaire...! Quand Braudel signe son dernier ouvrage "L'identité de la France", faisait-il une concession à l'extrême-droite des années 1930...? Les gens comme Esther Benbassa sont tellement accrochés à une Gauche atone qui a renoncé à presque toutes ses convictions et ses ambitions, qu'ils ont réduit le débat politique au "danger du Front national", seul parti à évoquer depuis 25 ans la symbolique nationale. Résultat, ils ont oublié que l'attachement à l'identité nationale était une idée politique légitime et encore vivace dans de larges fractions des couches populaires
- M.R.].

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- Vous dites que ce débat sur l’identité nationale est dangereux..

Esther Benbassa : Il est dangereux d’abord parce qu’il caresse les mauvais instincts des gens et fait sauter le tabou du racisme. Des personnes osent dire à haute voix ce qu’elles écrivaient anonymement. Il n’est qu’un cache-misère pour parler de l’autre, de l’immigré qui ne ferait pas partie de l’identité nationale. De plus, ce débat est tourné contre l’islam comme l’était l’antisémitisme contre les juifs au XIXe siècle. Or on sait à quoi avait abouti l’antisémitisme des années trente.

[Réponse : débat tourné contre l'islam...? quelle caricature...! critiquer le communautarisme, le port du voile, de la burqa serait critiquer l'islam...? c'est bien ce que disent tous les fanatiques islamistes et fondamentalistes... Esther Benbassa est sur la même ligne...
Le parallèle avec l'antisémitisme est totalement infondé : l'antisémitisme est un racisme haineux mobilisant des préjugés ; la critique du fondamentalisme islamique se fait au nom des idéaux universalistes, au nom de l'émancipation de la femme, au nom de la laïcité... Il ne reste plus à Esther Benbassa qu'à dire que ces dernières références doivent être abandonnées au nom d'un multiculturalisme a-critique, au nom d'un relativisme honteux des progrès réalisés en Occident en faveur des libertés indiividuelles
- M.R.].

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En quoi consiste précisément l’« autre débat » que vous appelez de vos vœux ?

Esther Benbassa : On veut un débat sur la France telle qu’elle existe aujourd’hui, avec des états généraux, des colloques et bien d’autres initiatives. Il faut réécrire les manuels scolaires, l’histoire, car, dans la saga nationale qu’est l’histoire de France, il y a celle des anciens colonisés et celle des immigrés. La décolonisation n’a toujours pas été digérée. Il faut recentrer la réflexion vers d’autres enjeux et proposer de façon concrète des outils de compréhension pour les populations. Et expliquer que le débat sur l’identité nationale est un débat nationaliste, qui cache le déficit de la France, le chômage et les luttes sociales. C’est un débat typiquement politicien, électoraliste à la veille des régionales
[Réponse : "
le débat sur l’identité nationale est un débat nationaliste"... c'est ce qu'on dit quand on ignore l'histoire de France, quand on voudrait bien contrer la Droite mais qu'on n'a aucun argument sur ce thème, quand on a oublié que le patriotisme naît à Gauche sous la Révolution française et que la Gauche l'a toujours porté jusqu'à il y a une trentaine d'années.
Le "déficit, le chômage, les luttes sociales"... voilà... Pour Esther Benbassa et une majorité de gens de Gauche, n'existe que la question sociale...! Et ces gens font profession de "sciences sociales"...! quel matérialisme sommaire, quel réductionnisme grossier... L'attachement national ne serait qu'un "faux sentiment" peut-être ? Et elle propose de réécrire les manuels d'histoire... Mais Esther Benbassa ignore l'histoire de France, la profondeur des liens qui rattachent notre "société" à son passé, à des structures anciennes dont toute l'école historique française a montré, depuis deux siècles, la pertinence... Qu'elle les ouvre donc ces ouvrages avant de prétendre les réécrire...!
- M.R.].

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toute l'école historique française
a parlé de la France, de l'identité française...

mais de nombreux sociologues ignorent

les travaux des historiens, persuadés qu'ils sont
de la toute-puissance de leur grille d'analyse

- En prônant un «autre débat», n’est-ce pas d’une certaine manière le fait de rester dans le débat sur l’identité nationale que vous condamnez ?

Esther Benbassa : Nous n’avons jamais parlé de l’identité nationale et n’avons pas l’intention de le faire. Mais il existe bien une question sur ce qu’est la France aujourd’hui et on ne doit pas éviter d’y répondre. L’identité nationale est un jeu de mots pour désigner le «vrai» Français. Et le «vrai» est celui qui n’est pas immigré, qui n’est pas noir, pas arabe, celui qui n’est pas musulman. Au contraire, notre collectif regarde vers l’avenir et on estime qu’il y a un roman national à réécrire avec les histoires de ceux qui composent ce pays. Qui aujourd’hui peut dire qu’il a une seule identité ? La question même est absurde, elle nous dépasse. De plus, un débat, cela se prépare, cela se réfléchit et cela regarde l’avenir. Or le débat lancé par Éric Besson est de nature conjoncturelle.
[Réponse : Personne ne parle de "vrai Français" sauf les gens comme Esther Benbassa avec le vain espoir de discréditer le débat en cours auquel ils ne savent pas participer.
Croire qu'il ne s'agit, de la part du gouvernement, que d'une tactique en vue des élections régionales..., c'est une hypothèse que rien ne peut étayer parce que PERSONNE ne peut dire, à l'avance, ce qui sortira de ces élections ni quels facteurs d'actualités peuvent influencer alors les électeurs...
"Qui peut dire qu'il a une seule identité", avance Esther Benbassa comme si c'était un argument massue... Mais c'est un pont-aux-ânes... Personne, là encore, ne dit que chaque individu n'a qu'une seule identité. On dit qu'il y a une identité nationale qui fait que la France se distingue, par exemple, de l'Allemagne, de l'Angleterre, de l'Algérie ou du Mali... Mais voilà, pour ces "sociologues", la seule unité d'analyse, c'est l'individu... Ils ont bien besoin de fréquenter les thèses d'histoire sociale produites depuis un siècle, pour renouer avec la complexité du social, pour comprendre que le "national" ne se réduit pas au nationalisme].

Entretien réalisé par Mina Kaci
publié dans L'Humanité le 5 janvier 2010.



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pour avoir consacré son dernier ouvrage
à l'identité nationale, l'historien Fernand Braudel
n'est pas un nationaliste...



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samedi 2 janvier 2010

réponse à Mustapha Kharmoudi (Michel Renard)

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réponse à Mustapha Kharmoudi

Michel RENARD


Désolé de vous le dire, votre texte [reproduit ci-dessous] est dominé par un sentiment de paranoïa qui, à mon, sens, n'est pas justifié.

Que des débordements condamnables - et condamnés - s'expriment dans le débat sur l'identité nationale est évidemment regrettable mais tout à fait explicable.

Cela fait quarante ans que toute la classe politique française – ce qui n'est pas le cas de la marocaine… - a déserté la référence à la symbolique nationale, l'a même stigmatisée comme le fourrier du racisme, et en a confiné le maniement au seul Front National.
Le sentiment d'attachement national, en France ou au Maroc, est parfaitement légitime - j'évoque ces deux pays puisque vous vous identifiez comme franco-marocain. L'avoir injustement discrédité condamnait à des résurgences incriminables…. mais épiphénoménales.

Il ne faudrait pas saisir ce prétexte pour déserter le débat de fond : pourquoi l'affirmation d'une identité nationale est-elle licite au Maroc (et partout ailleurs) mais prohibée en France ? En tant que franco-marocain, n'y a-t-il pas là une disparité qui heurte votre conscience ?

Vous-même semblez avoir du mal à vous situer intellectuellement dans ce débat. Il faut, à tout prix, que vous prêtiez à ses initiateurs les signes du racisme, ce qui permet évidemment de les condamner sans difficulté. Pourquoi, par exemple, évoquer une "espèce" de citoyens ? Personne, au gouvernement, n'a "racialisé" l'identité nationale. Ainsi, Rama Yade, en novembre dernier, déclarait à France Info : "L’identité nationale ne veut pas dire la pureté raciale, sinon je ne ferais pas partie de ce gouvernement."

Pourquoi faites-vous semblant de croire que Sarkozy a appelé "racailles" tous les jeunes d'origine maghrébine…? Ce qui n'est pas le cas. Mais comment appelez-vous donc des individus qui transforment des cités en champs clos de trafic de drogue, qui tendent des guets-apens à la police ou aux pompiers et qui finissent par tirer à l'arme de guerre sur les forces de l'ordre ? Vous vous sentez la moindre accointance avec des gens de la sorte ? Moi, quelle que soit leur "origine", je pense effectivement qu'il s'agit de "racailles".

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allez-vous renoncer à votre identité marocaine du fait de
la politique migratoire menée par Rabat ?

À partir d'aujourd'hui, dites-vous, "je cesse de défendre mon identité française". Pourquoi ? Parce que la France n'est pas parfaite ? Parce que la France tente de mener une politique migratoire qui ne relève pas seulement de la compassion aveugle ? Je vous demande : allez-vous renoncer à défendre votre identité marocaine du fait de la politique migratoire menée par les autorités de Rabat ? Les Maliens souhaitant gagner l'Espagne, pourchassés par les gendarmes marocains, refoulés dans le désert à l'aide de moyens anti-émeute et d'hélicoptères, blessés et affamés… cela ne constituerait-il pas une bonne raison pour vous octroyer une "objection de conscience identitaire marocaine" ?

Quant à l'islam, personne au gouvernement, ne dit qu'un "fossé infranchissable sépare les bons Français de (vous) autres les métèques, les «musulmans»" comme vous le prétendez. Toujours cette exagération anti-raciste…

Maintenant, il faut être clair : ne croyez-vous pas qu'il y a dans les milieux musulmans issus des organismes internationaux du type Frères Musulmans ou inféodés aux cheikhs salafistes, des stratégies de confrontation avec les valeurs de la République, avec les valeurs de la culture française, avec les grands acquis de l'émancipation individuelle : égalité homme/femme, liberté de conscience, liberté d'expression, sécularisation de la société…?

Personne ne dit sérieusement "qu’un jeune français de confession musulmane est un être à part, un être dangereux, asocial", sauf dans votre pensée victimaire. Cette "France raciste" que vous refusez n'existe pas. Mais vous ne ferez pas avaler à la conscience française – "celle des Lumières, de la grande Révolution française, celle de la résistance et celle qui a combattu l’esclavage et le colonialisme" - qu'elle doit sacrifier ce qu'elle est pour que les exigences obscurantistes des fondamentalistes musulmans aient libre droit d'expression (voile à l'école, burqa, traitement séparés pour les musulmans dits "pratiquants", etc…).

La paix civile repose entre autre sur la sécularisation et la laïcisation de l'espace publique. Comme les autres religions, l'islam doit se laïciser, ce qui ne veut pas dire renoncer à être lui-même mais renoncer à bénéficier d'un traitement spécifique. Il doit apprendre à vivre avec les autres et non à côté des autres. Là-dessus, vous gardez un étrange silence. Or, il y va bien de l'identité nationale française.

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Mais vous persistez dans la caricature en prétendant que Sarkozy parlerait d'une catégorie de Français en invoquant "les nôtres", ce qui vous autoriserait par contrecoup à dire "les miens"… En vérité, vous restez prisonnier de la grille de lecture en place depuis les années 1980 : le seul clivage existant est celui qui séparerait les racistes des antiracistes…! Vous n'êtes pas capable d'assumer une confrontation sur la question de l'identité nationale française sans faire de votre contradicteur un raciste…!

Michel Renard


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parler de l'identité française n'est pas raciste


Identité nationale :
Lettre ouverte d’un écrivain franco-marocain au Président Sarkozy

 

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De Mustapha Kharmoudi

Monsieur le Président,

Je ne supporte plus ces dérapages volontaires, ces phrases imbéciles qui explosent comme des bombes mortelles des bouches haineuses de vos ministres et de votre entourage.

Je ne suis pas de votre bord politique, mais j’ai toujours su garder le respect nécessaire à votre fonction. Maintenant, à vrai dire, je commence moi aussi à éprouver la même haine à votre égard et l’égard des vôtres... Et pour que les choses soient dites sans détour et avec la même désinvolture que vos émissaires en terre FN, votre idée de la France, je n’en veux pas. Mieux : votre France, je n’en suis pas, je vous la laisse ; gardez-la pour vous et pour les vôtres, faites-en une réserve pour une seule «espèce» de citoyens à l’exclusion de toutes les «racailles» envahissantes que nous sommes nous autres.

Pourtant il m’a fallu du temps pour me sentir membre à part entière de cette belle aventure qu’on nomme France. Déjà par un apprentissage précoce de la langue de Molière depuis ma tendre enfance au fin fond de la campagne marocaine. Ensuite par quarante longues années de vie parmi ce paradoxal peuple de France : aussi généreux qu’inquiétant.

Mais aujourd’hui j’en arrive à comprendre les jeunes que vous nommez «racailles» quand ces jeunes sifflaient La Marseillaise. Pourtant à l’époque cela m’avait offusqué. Oui, je n’en peux plus de courir après «votre» France, que vos diatribes estampent de devant moi tel un mirage qui s’éloigne indéfiniment. J’en ai assez de me rapprocher de gens qui sans cesse jettent le doute sur ma «fidélité française» à cause de mes origines et de mes supposées croyances. J’en ai assez de subir l’invective à chaque fois qu’un gouvernement et un président sont en mal de popularité.

Avec l’âge, je ne crois plus guère que le temps règlera les choses sans heurts voire même sans violence, vu que le temps qui passe ne fait qu’aggraver la situation. Alors, autant jouer franc jeu, si j’ose employer ce terme : à partir d’aujourd’hui, je cesse de défendre mon identité française. Peut-être vos ministres xénophobes s’en donneront-ils à cœur-joie et se laisseront aller à plus d’accusations racistes. Peut-être des mouvements extrémistes (des deux bords) vont-ils exploiter cette situation. En vérité, cela m’importe peu dorénavant. Et je vais de ce pas militer pour que nous soyons nombreux à s’octroyer une certaine «objection de conscience identitaire».

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Monsieur le Président, c’en est trop que vos discours et ceux des dirigeants politiques en général distillent impunément et à longueur de médias cette idée venimeuse qu’un fossé infranchissable sépare les bons Français de nous autres les métèques, les «musulmans», les «quand il y en a un ça va...», les «non white», les «gris par mariage», «les qui sifflent La Marseillaise», enfin toutes ces hordes et les rejetons de ces hordes qui ont fui les guerres, les dictatures et «toute la misère du monde». Bref, les impurs voire même les impies d’une France et d’une Europe si radicalement chrétiennes qu’elles ne sauraient accueillir en son sein ces turcs musulmans...

Si ce n’était que politique politicienne, on pourrait se terrer le temps d’une campagne électorale. Mais vos discours renforcent au sein de la population les comportements les plus discriminatoires, une discrimination qui met déjà au banc de la société des pans entiers de la jeunesse «non native», même quand cette jeunesse est diplômée des fleurons de nos universités. Pour nommer les choses telles qu’elles sont, vos méthodes ressemblent à s’y méprendre à quelque stratégie – consciente ou inconsciente - d’apartheid. Et, à mon niveau, j’ai comme le sentiment que vous savez ce que vous faites. Quoi qu’il en soit, tout semble illustrer votre état d’esprit ségrégationniste : votre jeu de petites phrases malsaines ne nous est-il pas en fin de compte destiné : histoire de nous faire comprendre que vous êtes de ceux qui sauront nous mettre au pas le moment venu ? Ne sert-il pas aussi à rassurer les «vôtres» et à les protéger de toute mixité contagieuse ?

Comme ce pays bascule de jour en jour dans le repli, je suppose qu’il n’y a aucune raison que cela s’arrête. Je sais que les nombreuses campagnes électorales à venir seront autant d’occasions de «nous» vexer, de «nous» humilier, de nous classer dans la catégorie «non intégrable» malgré «votre» immense hospitalité française...

Eh ben, soit ! Jouons donc ensemble à ce jeu vicieux puisque vous semblez y tenir tant. Mais il vous faudra vous habituer à un changement nécessaire afin que les règles soient moins «injustes» : nous n’accepterons plus dorénavant votre injonction à être français selon votre bon vouloir. Non, vous ne pourrez plus nous sommer d’être ceci ou cela, encore moins sous peine d’excommunication...

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le roi Mohammed VI du Maroc a lancé en octobre 2004
à Rabat la "radio coranique Mohammed VI", destinée à devenir un
"outil essentiel de l'identité nationale" marocaine...

Pour ma part, j’affirme ne pas me sentir français quand je vous entends parler des «miens» avec arrogance et mépris. À vrai dire, votre façon d’être français me fait plutôt honte. Non, je ne suis pas de «votre» France, je ne suis pas de cette France frileuse, repliée sur elle-même, de cette France raciste qui pense qu’un jeune français de confession musulmane est un être à part, un être dangereux, asocial. Tout comme hier dans les colonies. Bref, je ne suis pas de cette France chrétienne avec des relents collaborationnistes voire même croisés...

Non, Monsieur le Président, votre France n’est plus la mienne. Gardez-la pour vous et pour les vôtres. Et parquez ceux qui ne partagent pas votre conception de la France, cette France qui hait ses jeunes dont le faciès n’est pas aux normes, cette France qui dresse un mur entre elle et nous autres « dangereux étrangers ». Oui, c’en est fini de nous prêter à ce jeu stupide qui consiste à ce que les plus «méchants» de la classe politique nous insultent et nous vexent pendant que les plus «gentils» nous somment de ne pas crier de peur de réveiller la bête immonde...

Aussi, j’appelle tous ceux qui en ont marre de cet affront à se rebeller, à se révolter. Je leur demande de crier haut et fort qu’ils ne sont plus français, en tout cas pas à la manière de ces racistes qui nous pourrissent la vie par des vexations assassines pour voler quelques voix à l’abject Le Pen... Je demande à tous ceux qui se sentent concernés de se mettre en quelque objection de conscience identitaire.

Éventuellement, nous voudrons bien faire partie d’une autre France si tant est que nos politiques nous en offrent les perspectives, la France des Lumières, de la grande Révolution française, celle de la résistance et celle qui a combattu l’esclavage et le colonialisme. Oui une France qui saurait respecter chaque français, quelle que soit son origine, qui le traite à égalité des droits et des devoirs, sans préjugé et surtout sans cette haineuse discrimination qui agit en écho à la haine qui transparaît jusqu’aux cœur même du pouvoir...

Mustapha Kharmoudi
Ecrivain franco-marocain

source : Courrier international

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