lundi 15 septembre 2008

histoire agraire : les origines reculées d'une armature (Marc Bloch)

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histoire agraire de la France :

les origines reculées d'une armature

Marc BLOCH (1941)



t_bloch5L’homme passe son temps à monter des mécanismes, dont il demeure ensuite le prisonnier plus ou moins volontaire.

Quel observateur parcourant nos campagnes du Nord n’y a été frappé par l’étrange dessin des champs ? En dépit des atténuations que les vicissitudes de la propriété ont, au cours des âges, apporté au schéma primitif, le spectacle de ces lanières qui, démesurément étroites et allongées, découpent le sol arable en un nombre prodigieux de parcelles, garde encore aujourd’hui de quoi confondre l’agronome.

Le gaspillage d’efforts qu’entraîne une pareille disposition, les gênes qu’elle impose aux exploitants ne sont guère contestables. Comment l’expliquer ?

Par le Code Civil et ses inévitables effets, ont répondu des publicistes trop pressés. Modifiez donc, ajoutaient ils, nos lois sur l’héritage ; et vous supprimerez tout le mal. S’ils avaient mieux su l’histoire, s’ils avaient aussi mieux interrogé une mentalité paysanne formée par des siècles d’empirisme, ils auraient jugé le remède moins facile.

les défricheurs de l'âge des dolmens
En fait, cette armature remonte à des origines si reculées que pas un savant, jusqu’ici, n’est parvenu à en rendre un compte satisfaisant ; les défricheurs de l’âge des dolmens y sont probablement pour davantage que les légistes du Premier Empire.

L’erreur sur la cause se prolongeant donc ici, comme il arrive presque nécessairement, en faute de thérapeutique, l’ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent ; elle compromet, dans le présent, l’action même.

Marc Bloch, Apologie pour l'histoire, 1941


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Marc Bloch en uniformeIdentit__nationale_couv_d_f

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- photo de champs dans le département
du Nord, Cédric Lahaeye
: site

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mercredi 10 septembre 2008

Ô soldats de l'an II (Victor Hugo)

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Ô soldats de l'an II !

Victor HUGO

Ô soldats de l'an II ! ô guerres ! épopées !
Contre les rois tirant ensemble leurs épées,
Prussiens, Autrichiens,
Contre toutes les Tyrs et toutes les Sodomes,
Contre le czar du nord, contre ce chasseur d'hommes
Suivi de tous ses chiens,
 
Contre toute l'Europe avec ses capitaines,
Avec ses fantassins couvrant au loin les plaines,
Avec ses cavaliers,
Tout entière debout comme une hydre vivante,
Ils chantaient, ils allaient, l'âme sans épouvante
Et les pieds sans souliers !
 
Au levant, au couchant, partout, au sud, au pôle,
Avec de vieux fusils sonnant sur leur épaule,
Passant torrents et monts,
Sans repos, sans sommeil, coudes percés, sans vivres,
Ils allaient, fiers, joyeux, et soufflant dans des cuivres
Ainsi que des démons !
 
La Liberté sublime emplissait leurs pensées.
Flottes prises d'assaut, frontières effacées
Sous leur pas souverain,
Ô France, tous les jours, c'était quelque prodige,
Chocs, rencontres, combats ; et Joubert sur l'Adige,
Et Marceau sur le Rhin !
 
On battait l'avant-garde, on culbutait le centre ;
Dans la pluie et la neige et de l'eau jusqu'au ventre,
On allait ! en avant !
Et l'un offrait la paix, et l'autre ouvrait ses portes,
Et les trônes, roulant comme des feuilles mortes,
Se dispersaient au vent !
 
Oh ! que vous étiez grands au milieu des mêlées, Soldats !
L'oeil plein d'éclairs, faces échevelées
Dans le noir tourbillon,
Ils rayonnaient, debout, ardents, dressant la tête ;
Et comme les lions aspirent la tempête
Quand souffle l'aquilon,
 
Eux, dans l'emportement de leurs luttes épiques,
Ivres, ils savouraient tous les bruits héroïques,
Le fer heurtant le fer,
La Marseillaise ailée et volant dans les balles,
Les tambours, les obus, les bombes, les cymbales,
Et ton rire, ô Kléber !
 
La Révolution leur criait : - Volontaires,
Mourez pour délivrer tous les peuples vos frères ! -
Contents, ils disaient oui.
- Allez, mes vieux soldats, mes généraux imberbes !
Et l'on voyait marcher ces va-nu-pieds superbes
Sur le monde ébloui !
 
La tristesse et la peur leur étaient inconnues.
Ils eussent, sans nul doute, escaladé les nues
Si ces audacieux,
En retournant les yeux dans leur course olympique,
Avaient vu derrière eux la grande République
Montrant du doigt les cieux ! ...

Victor Hugo, Les Châtiments, 1853

Victor_Hugo_par_Nadar


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jeudi 28 août 2008

textes et références

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textes sur l'identité nationale







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