jeudi 19 novembre 2009

ignorance de l'histoire

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quand un politologue fait l'impasse

sur l'histoire

Michel RENARD

Jean-François Bayart (photo ci-dessus), qui est tout de même directeur de recherche au CNRS, a été interviewé dans Le Monde daté du 6 novembre dernier, à propos de l'identité nationale. Ses propos sont consternants . Quelques critiques

- Jean-François Bayart : "Il est dangereux de voir le pouvoir politique s'emparer ex cathedra de la définition de l'appartenance, de l'identité nationale".
- critique : …?? ce n'est pas le cas. Le ministère d'Éric Besson n'a imposé aucune définition, il a lancé un débat. C'est tout. Il y a de l'abus à toujours jouer de cette vision policière du politique, de la suspicion adossée au fantasme d'un État totalitaire manipulant les esprits. Bayart nous prend pour qui ? Nous ne sommes pas dans l'Allemagne de 1938 ni dans la Russie stalinienne.

- Jean-François Bayart : "Les identités n'existent pas. Il n'y a pas d'identité française mais des processus d'identification contradictoires qui définissent la géométrie variable de l'appartenance nationale et citoyenne".
- critique : Phrase creuse. Il n'y a pas d'identités mais des processus d'identification… on joue sur les mots…! Bayart s'invente un épouvantail – que personne ne brandit – pour le combattre facilement : l'identité naturelle, à laquelle il oppose, évidemment, les constructions historiques d'identité. Qu'on me cite un seul auteur parlant d'identité "naturelle"…

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village néolithique du Jura : "pour l'essentiel, les jeux biologiques sont déjà
conclus à la fin du Néolithique" (Braudel, "Lidentité de la France")

- Jean-François Bayart : "La France s'est constituée de cette manière par vagues successives de mouvements humains".
- critique : Il ne faut pas exagérer… On a l'impression du hall de la gare Saint-Lazare aux heures de pointe…! La France n'a jamais été "envahie" par des "vagues" massives recouvrant le substrat antérieur. Tous les historiens sérieux le savent mais nombre de politologues, d'anthropologues et de sociologues ignorent proprement les données historiques les plus élémentaires…!

Par exemple la Gaule qui comptait probablement de 8 à 10 millions d'habitants, n'a pas été submergée par les Romains au terme d'une rupture de civilisation et de population. Christian Goudineau, professeur au Collège de France, s'insurge contre cette vision : "je me bats pour montrer que ce n'est pas du tout comme ça que les choses se sont passées ! Je conteste l'idée de rupture. Si la romanisation a marché, c'est parce que le monde gaulois y était prêt. Il s'était déjà rapproché du monde méditerranéen, contrairement à ce qu'on nous raconte la plupart du temps. L'idée d'une Gaule farouche, résistante, sans lien avec les Romains qui surgiraient tout d'un coup avec à leur tête le vilain César, est totalement fausse." (source)
Rappelons que le total de l'armée romaine, pour garder toutes les frontières, est de 350-000 soldats, pas plus… Rome a organisé sa conquête avec quelques centaines de fonctionnaires civils.

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De même les "grandes invasions du Ve siècle n'ont pas mis en mouvements des millions d'individus. Les Germains n'ont été que quelques dizaines de milliers, les Wisigoths qui s'installent entre Bordeaux et Narbonne par le traité de 416, sont 100 000 au maximum.

Dans l'empire de Charlemagne et de ses successeurs, avec ses 15 à 18 millions d'habitants, les Normands, Sarrasins et Magyars infligèrent des destructions, imposèrent des rançons mais ne modifièrent en aucun cas les composantes démographiques massives de la population.
"Les contemporains ont surestimé l'importance numérique des armées scandinaves ; leurs évaluations n'ont aucune valeur statistique ; elles ne témoignent pas d'un ordre de grandeur véritable mais d'un véritable choc mental, qui, lui, était réel" (Albert d'Haenens, Les invasions normandes, une catastrophe ?, Flammarion, 1970, p. 103).
Quant au mobile des raids : "La grande affaire des agresseurs n'était donc pas la guerre ou l'occupation du sol, mais bien la quête de numéraire et de butin aux dépens d'un continent riche, mal défendu et facile à exploiter. Ils débarquaient pour faire fortune et s'en retournaient fortune faite. Voilà la seule grille qui se dégage avec constance de leurs comportements" (ibid. p. 31). Finalement, lorsque certains des Normands se sédentarisèrent, après la défaite de leur chef Rollon en 911, reconnu pourtant duc de Neustrie, ils furent rapidement christianisés et romanisés.

Les "envahisseurs ont surtout fait sentir des ondes de choc sur la Gaule : ils n'ont pas réellement investi son territoire pour le transformer en un manteau d'Arlequin comme l'Italie, ou en un double bloc orienté nord-sud comme en Espagne. À défaut de continuité politique, il y a une certaine stabilité globale de l'espace géographique franc" (Michel Banniard, Le haut Moyen-Âge occidental, 1980, p. 25).


il n'y a jamais eu de "vagues successives de mouvements
humains"... ni en Gaule ni en France


Ensuite, il n'y a plus d'«invasions»… Il faut cesser de mythifier sur le brassage de populations de la Gaule romaine, franque puis capétienne. Les "vagues successives de mouvements humains", dont parle Jean-François Bayart, n'ont jamais existé… Sans parler de "pureté" ethnique qui ne veut rien dire, c'est plutôt la stabilité du fonds de population qui caractérise la France.

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C'est d'ailleurs le constat que dresse Fernand Braudel dans L'identité de la France (1986) : "pour l'essentiel, les jeux biologiques sont déjà conclus à la fin du Néolithique. Les invasions qui suivront, et notamment celle des Celtes – si nombreuse et violente qu'on l'imagine et si puissant qu'ait été son impact culturel -, se perdront peu à peu dans la masse des populations déjà installées, soumises, rejetées parfois de leurs terres, mais qui resurgiront, s'étaleront, prospéreront à nouveau. Le nombre conserve sans doute. N'en sera-t-il pas de même vis-à-vis des Romains ? Et non moins face aux invasions barbares du Ve siècle, ou aux immigrés trop nombreux qui inquiètent la France actuelle ? Ce qui compte c'est la masse, la majorité en place. Tout s'y perd à la longue" (p. 444-445, éd. Le Grand livre du mois).
Que répondre à cela ? Que Braudel, comme certains l'ont dit à propos de Lévi-Strauss, est raciste…?

- Jean-François Bayart : "Quand le politique cherche à s'emparer du social, et singulièrement de l'identitaire, le totalitarisme n'est jamais loin".
- critique : Si l'œuvre scientifique de Bayart est à l'aune de cette proposition, il y a de quoi s'alarmer…! Le politique ne cherche pas à s'emparer de l'identitaire, il fait en discuter des millions de Français. N'est-ce pas un débat "citoyen" comme on disait il y a quelque temps en se gargarisant du mot ?


un "imaginaire national" mais pas d'identité nationale...?

- Jean-François Bayart : "(…) la volonté de rupture de Nicolas Sarkozy. Celle-ci remet en cause des fondamentaux du pacte social français, comme le service public, élément constitutif de l'imaginaire national français".
- critique: Alors comme cela, il y a un "imaginaire national français" mais pas d'identité nationale française… C'est une affirmation cohérente ça ? De quoi relève l'imaginaire si ce n'est de l'identité ?

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identité française ? oui, sans conteste...

- Jean-François Bayart : "Le génie de la République française a effectivement été le droit du sol. Il était facile de devenir Français".
- critique : Le génie de la République française n'a pas été seulement le droit sol mais l'assimilation, c'est-à-dire la volonté délibérée de faire des arrivants des Français. Et il n'était pas "facile" de devenir Français. Mais l'objectif en était au moins affirmé, et mis en oeuvre. Aujourd'hui, cette politique d'assimilation est regardée de travers au prétexte d'un relativisme culturel outrancier qui ne voit de bon que dans la culture des autres et plus dans la sienne propre…

- Jean-François Bayart : "les identités, ce sont ce que nous en faisons socialement, politiquement et empiriquement, au jour le jour".
- critique : Quelle illusion… Les identités, ce sont d'abord des héritages, on s'arrange avec eux bien sûr… mais on ne les refait pas au jour le jour…! Pourquoi les politologues en arrivent à nier le passé, le poids de l'histoire…? à faire croire que la page est toujours blanche ?

- Jean-François Bayart : "Je croyais avoir lu au lycée que le maréchal Pétain avait reçu les pleins pouvoirs par un vote de la représentation nationale…"
- critique : "Je croyais"… eh oui, quand on a pour bagage historique que de vagues souvenirs de lycée… on commet des erreurs. Ce n'est pas "la" représentation nationale qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain mais une partie d'entre elle, même si elle a été majoritaire : 569 députés et sénateurs pour, 20 abstentions et 80 contre ; il manquait, de plus, les 26 députés (dont Jean, Mendès-France, Daladier, Georges Mandel, Delbos, Diouf...) et un sénateur partis vers l'Afrique du Nord sur le Massilia ainsi que les députés communistes exclus à la suite du pacte germano-soviétique.

Michel Renard
19 novembre 2009

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mardi 14 juillet 2009

1880 : première fête nationale du 14-juillet

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14 juillet 1880

première fête nationale du 14-juillet



Contexte historique

 

Instauration de la fête nationale

Devant le renforcement de la majorité républicaine aux élections de 1879, le royaliste Mac-Mahon, découragé, démissionne de la présidence de la République et est remplacé par un vieux républicain modéré, Jules Grévy (1807-1891). Désormais à toutes les commandes du pouvoir, les républicains prennent simultanément des mesures symboliques : transfert du siège des pouvoirs publics de Versailles (1871) à Paris (1879), amnistie accordée aux condamnés de la Commune (10 juillet 1880), adoption de La Marseillaise comme hymne national (1879) et du 14 juillet pour fête nationale (6 juillet 1880).

Cette première fête nationale se veut à la mesure de l’événement, à Paris comme en province, mais veille à ménager les opinions locales comme à Angers, dans le Maine-et-Loire, département catholique et conservateur[1]. Le vote pour la « République » a rassemblé les partisans de la liberté et de la laïcité qui veulent établir sans délai l’égalité par le suffrage universel et une véritable souveraineté populaire. Cependant la France de 1880 n’est ni unanime ni paisible, et les nouveaux gouvernants n’affichent pas ouvertement leur doctrine : l’heure n’est pas à la propagande, mais à l’opportunisme républicain.

Partout le programme de la fête adopte le même rituel : concerts dans les jardins, décoration de certaines places, illuminations, feux d’artifice et distributions de secours aux indigents. À Paris doit dominer la distribution des nouveaux drapeaux à l’armée, à Longchamp.

 


 

Analyse de l'image

 

Le 14 juillet 1880 à Paris

La lithographie anonyme publiée à Paris s’adresse à la clientèle populaire désireuse d’emporter un souvenir de la fête. Cet exemplaire est même enjolivé de pastilles d’argent rehaussant les initiales républicaines. Marianne (la République) qui préside à la cérémonie en arbore le drapeau tricolore et l’épée, mais son bonnet phrygien orné d’une cocarde tricolore constitue un signe plus frappant pour les contemporains. Cet attribut révolutionnaire de la Liberté encore officiellement interdit[2], même si la couronne de lauriers l’atténue quelque peu, révèle l’audace du courant radical et expressionniste qui porte alors la République dans la capitale. À Paris, l’opinion de la rue dépasse en hardiesse les hommes politiques : on expose la Marianne partout, sur les appuis de fenêtre, sur les marchés, et on l’y met avec son bonnet.

La remise des drapeaux à l’hippodrome de Longchamp a visiblement été imaginée sans connaître le déroulement de la fête grandiose qu’illustrera Édouard Detaille (1848-1912). La cérémonie se veut le symbole du renouveau de l’armée française au lendemain de la guerre de 1870. Les régiments reconstitués après la chute de la Commune avaient reçu un drapeau provisoire en 1871. Leur emblème définitif n’est choisi qu’au début de 1879, et c’est le 14 juillet 1880 qu’ils reçoivent du président de la République les emblèmes qui sont encore aujourd’hui ceux de l’armée française.

Dans cette lithographie, les chefs du gouvernement, Jules Grévy, président de la République, Léon Say (1826-1896), du Sénat, et Léon Gambetta (1838-1882), de la Chambre (en dehors du dais) accomplissent leur rôle de représentants de la nation sur un mode naïf qui reflète sans doute la conception populaire du pouvoir républicain : ni personnel, ni arbitraire, ni viager, ni héréditaire.

Entre les nuages du ciel et ceux des canons d’artillerie, la prise de la Bastille commémore une aurore. La date qui vient d’être choisie pour fête nationale correspond, dans tous les esprits, à l’événement fondateur de 1789 et non à la fête de la Fédération nationale du 14 juillet 1790, invoquée lors des débats au Sénat.

À gauche, le vaisseau la Loire, qui assure la liaison maritime avec la Nouvelle-Calédonie, ramène les Communards déportés. Le régime républicain accueille ces « absents », qui s’étaient considérés comme l’avant-garde de la République dix ans auparavant. Cette amnistie répond à l’action pressante menée par Victor Hugo au Sénat[3] et aux aspirations sociales du petit peuple de Paris : au-delà de l’égalité, l’esprit d’humanité et de fraternité imprègne le programme républicain.

Le 14 juillet 1880 à Angers

À Angers, la municipalité républicaine du maire Jules Guitton a fait voter un crédit exceptionnel dont aucun des 14-Juillet suivants n’égalera le montant jusqu’en 1914. L’affiche imprimée en couleur à cette occasion annonce largement les festivités placées sous l’égide de la République, sculptée en 1876 par Angelo Francia, dont la ville d’Angers a acquis un buste en plâtre en 1878[4]. Cette Marianne qui porte l’étoile au front et la couronne de laurier se démarque de tout symbole révolutionnaire provocant. Au centre, l’affiche prend tout de même soin de rappeler la réalité politique : « La République est le gouvernement légal du pays », associant à cette devise la mémoire de Thiers, l’ancien président républicain décédé en 1877. Elle met aussi en relief le progrès, symbolisé par le chemin de fer et le bateau à vapeur.

Des attractions nombreuses et diverses, identifiées au bas de l’affiche, sont proposées dans les entrelacements de feuilles de chêne et de laurier. En fait, ce programme reçoit quelques prudents aménagements. La revue militaire est supprimée, l’armée ne souhaitant pas être associée à la fête ; son approbation du régime n’est pas partout totale. Dans l’ensemble, la fête est accueillie fraîchement, à l’exception de la brillante fête vénitienne sur la Maine, qui remporte un grand succès.

 


 

 

Interprétation

 

Les deux visages de Marianne

La République s’implante dans le décor et dans les mentalités. La victoire politique déborde du domaine politico-institutionnel au domaine quotidien et aux représentations populaires et folkloriques. Mais on ne peut alors prévoir jusqu’à quel degré d’extension et, moins encore, pour combien de temps.

Après quatre-vingt dix ans de bouleversements, c’est bien au triomphe de la Révolution qu’on assiste mais il se fait sans apparition d’images officielles de la République ni du nouveau président Jules Grévy. L’image publiée à Paris exprime la symbolique spontanée de la masse du parti démocratique tandis que l’affiche d’Angers présente, sous l’égide du progrès et de la neutralité, le programme d’une municipalité républicaine qui ménage les divergences d’opinions.

La victoire républicaine que symbolise la Marianne adopte un visage différent selon les contextes : à Paris, sous le bonnet phrygien, c’est une Marianne “ de gauche ” dans laquelle les élites ne peuvent se reconnaître, tandis qu’à Angers, l’étoile et les lauriers ornent une Marianne “ de droite ”. Mais le contenu subversif du bonnet s’effacera bientôt, le transformant en emblème commun de la République.

Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS
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dimanche 15 février 2009

cent détours avant de comprendre que la France était une personne

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la France était claire ce matin-là (1941)

François MITTERRAND



Je viens de découvrir (...) ce texte de François Mitterrand, datant de 1943, qui relate son arrivée le 16 décembre 1941 à Chamblay (Jura) au passage de la ligne de démarcation après son évasion d'un camp de prisonniers. Il figure dans l'ouvrage de Pierre Péan, Mitterrand, une jeunesse française (1994). Étonnante phénoménologie du sentiment national, dont les épigones de François Mitterrand ont sans conteste oublié la force d'évidence et la mystique.

M.R.

Mitterrand_prisonnierLa France était claire ce matin-là. Le soleil avait chassé les brumes. La vallée n'était pas encore frappée par l'aveuglement de la lumière du midi. Les fatigues des jours précédents me semblaient allégées par cette ultime marche, par ces huit kilomètres de route qui me devaient mener au Centre d'hébergement. Des oiseaux voletaient, filaient à ras du sol et se posaient, tête dressée ; un chien au mufle haletant pistait d'un bord à l'autre de la route des traces incertaines. Les champs s'étalaient, gras et vides, mûrissant sous les haleines de l'hiver des naissances secrètes. Des villages blancs et gris séparaient les chemins et les hommes, nonchalamment, sciaient leur bois devant les portes, s'interpellaient en quête des nouvelles de la nuit, poussaient en douceur sur les pédales des bicyclettes.

Je n'étais pas fâché de la retrouver ainsi, ma France presque oubliée. J'avais imaginé je ne sais quels orages et jusqu'à la teinte des nuages, changée. Mais les fumées, les toits, les croisées, mais les terres quadrillées, les haies rectangulaires et les horizons purs, mais les hommes incurieux et froids, c'étaient bien ceux que j'avais quittés. Le retour au pays natal ! J'avais lu la faiblesse qui rompt les jarrets, les mille manières d'être du Petit Liré, j'avais recomposé dans mon exil des scènes volées aux manuels et aux récits de l'autre guerre. Et maintenant j'étais là qui m'efforçais, après deux ans d'absence, de reconnaître les émotions prévues, les constructions ébauchées.

À vrai dire, je me forçais un peu et, sur chaque détail, je butais : la route, les arbres, les villages, la vallée coupée net par les coteaux parallèles, les joncs signaleurs des cours d'eau enfouis ne marquaient pour la cisticole_des_joncs_2006_08_03bissolennelle rencontre qu'une magnifique indifférence. Mais que les miens m'accueillent avec cet air insouciant, je n'espérais pas plus chère preuve d'amitié. Était-ce pudeur abusive ? J'aurais détesté les gestes, les paroles qui, toujours, au lieu de vous admettre, vous repoussent : mes amis n'ont jamais eu besoin d'autre chose que du silence que je leur permets.



un long apprentissage pour décanter le visage obscurci de ma patrie


Et donc, malgré mes réflexes de "littérateur", mon envie d'imiter les beaux mouvements des morceaux choisis, malgré mon goût du spectaculaire, je préférais que mon retour fût aussi peu glorieux, je dirais aussi peu émouvant. Tout était trop facile pour prodiguer le drame : trop facile, l'air du matin mouillé bu par les heures successives ; trop facile le ciel parcouru de voiles légers ; trop facile, l'arrangement des tons pour corriger l'âpreté de l'hiver. Admis de plain-pied dans l'intimité difficile des choses, qu'avais-je à faire de mes vulgaires histoire d'homme ? Je n'avais convoqué ni parents ni amis ; plus tard, quand ils ne seraient que des jalons dans la reprise de mes habitudes, plus tard, on verrait. J'avais d'abord à respirer l'air de mon pays, à écouter le langage des gens de mon pays ; et, simplement par le jeu de mes oreilles et de mes yeux, j'avais à route_Jurareconnaître la présence de mon pays. Le reste suivrait, le reste suit toujours ces découvertes immédiates.

J'ai marché d'un bon pas huit kilomètres après tant d'autres, huit kilomètres de dure route bleue ; et, ce faisant, je me souvenais des chemins parcourus avant de parvenir à cette libre marche sur la première route de ma liberté. Avec ce désir de l'enfant qui croit que la vérité se cache de l'autre côté de l'horizon, qui scrute la ligne inflexible du ciel et se demande quels paysages magiques se déroulent là-bas ; avec cette obstination de l'adulte qui refuse sa dépendance et ne cherche qu'en lui-même, l'explication de toutes choses, avais-je assez nié le passé, la tradition, les lois et l'amour même, tous ces filets tendus par l'espace et le temps.

Il m'avait fallu un long apprentissage pour décanter le visage obscurci de ma patrie, de rêves, d'espoirs, de déceptions, de tout un exotisme apporté par d'étrangères illusions. L'erreur puisée dans mes livres d'histoire et qui m'avait appris à ranger la patrie parmi les Idéals, m'avait peu à peu conduit à voyager dans l'abstraction. Et vite s'étaient décolorés, momifiés des traits jadis robustes et fiers. Notre génération aura fait cent détours avant de comprendre que la France était une personne.

Puis, je me rappelais les journées vécues dans les camps et la reconquête, inconsciente avant d'être volontaire, de simples vérités. Là-bas, on aimait parler de chez soi et on s'en voulait de vains désirs qui avaient autrefois poussé l'esprit à voyager, à déserter les lieux faits pour nous et si pareils à nous que, privés d'eux, on sentait un secret malaise. On réfléchissait à toutes ces choses sans histoires qui vous conduisaient d'un bout à l'autre de la vie, à toutes ces choses sans regrets dont était tissée la tâche quotidienne. On se confessait comme d'une trahison et des oublis et des nostalgies. Quand on fouillait les horizons de la terre étrangère, on ne les voyait guère ; dans nos interminables songeries, les images du présent gravitaient, légères, et se dissipaient devant les images du passé. Et, au-delà de nos paroles, les formes qui se levaient, pressées, ramenaient les mêmes contours. Derrière les barbelés, on cherchait avidement des marques, des points de repère ; on éprouvait un subit bien-être.



la fraternité des mêmes habitudes


La couleur du ciel, la teinte des toits, la manière de tracer le sillon, l'heure du repas, la voix des enfants, l'odeur de la maison, voici ce que nous évoquions, exilés soumis à des vents inconnus, mal habitués aux toits aigus de tuiles rondes, étonnés de socs hauts et maigres qui fouillent la terre à seigle, réduits à la soupe réglementaire avalée en silence. Pendant les premiers jours, il nous avait suffi d'obéir aux nécessités-immédiates : la faim qui tire l'estomac, le froid qui tasse le corps. Mais, vite, nous étions retournés aux gestes appris, aux sentiments mal endormis, à la fraternité des mêmes habitudes ; alors chacun s'était rapproché de ceux qui savaient les mêmes noms de villages et de quel côté l'on tourne pour aller au mas, de ceux qui savaient les mêmes prémices de l'orage dans le flamboiement des soleils couchants, de ceux qui allongeaient ou raccourcissaient les mêmes syllabes.

Ainsi s'était rétablie une liaison mystique entre les groupes d'hommes et la terre en leur possession, comme à l'époque primitive où elle appartenait à la communauté des morts et des vivants ; les fruits du sol figuraient alors l'âme des disparus et chacun avait conscience de participer UCR_Viemoderneà un monde obscur dont l'individu n'était que l'expression fugitive. Qui donc aurait pu séparer ce tout ? L'homme s'intégrait à l'animal, au végétal, au minéral, et se reconnaissait en eux : il n'était pas encore ce faux dieu qui danse sur le monde et ne sait plus, comme entraîné par sa propre folie, où il reposera les pieds.

Comme les fièvres d'antan me paraissaient vaines, maintenant qu'en ce matin d'hiver je parcourais, paisible et calme, au plus profond du cœur, la première distance du chemin retrouvé ! Voici que je retournais dans mon clos exigu, dans ma maison de pierre blanche, parmi les hommes simples et bruts. Mais les barrières n'étaient plus là où je les avais crues. Les coteaux ondulés de mon pays natal ne bordaient plus mon univers. Loin d'eux, j'avais appris à déceler les richesses enserrées dans leurs lignes précises. Désormais, attentif aux parfums, aux couleurs, aux changements du ciel, aux gestes des animaux, aux cycles des saisons, aux coutumes des hommes soumis au rythme de la vie propre à ce coin de terre et à cette race d'hommes, j'allais pouvoir mêler mon souffle en une cadence égale à la toute-puissance des souffles originels. Cette facilité, conquise après tant d'errements, me fournissait la dernière preuve : je devenais homme libre sitôt ma liberté remise à la réalité charnelle de mon sol.


j'avais découvert dans les vallées d'exil les espaces

et les bornes du domaine ancestral

Et voici que l'heure était venue où, pour moi, s'accomplissait le rite définitif. Au terme de ma longue route, pèlerin avancé au-devant de l'immobile cortège, précurseur de milliers d'hommes en uniforme kaki, je sus que j'avais découvert dans les vallées d'exil les espaces et les bornes du domaine ancestral.

Il est des amitiés qui naissent un jour d'été parce que le soleil est là, qui donne aux choses des couleurs telles que leur fragilité s'inscrit dans leur splendeur ; et, pour sauver cette minute, l'être qui l'a partagée avec vous, vous l'aimez. Tout ce qui va mourir incite au partage, comme on partage couple_colorela peur en s'étreignant l'un l'autre. Ainsi le voyageur, sur le quai, a l'envie d'embrasser celui qui reste ; celui qui reste a le cœur étrangement troublé de ce départ d'un être auquel rien peut-être jusque-là ne le rattachait, et qui perd soudain son vêtement d'étranger parce que la vie leur signifie en même temps qu'elle est faite de mort et d'oubli.

Il est de longues correspondances qui s'ébauchent au cours d'une promenade, devant un tableau de maître, dans la communion d'une admiration. L'âme a frémi dans ce moment unique et les sens se sont émus ; et jamais ne sera séparé de ces frémissements l'autre 9782070362103FSvisage qui les a connus. Et puis, le temps passe avec ses années parallèles. Si les êtres essaient de sauter hors de leur ligne pour aller à la rencontre d'un de ces fugitifs porteur de tant de rêves, quelles déceptions, quel impossible raccord ! Les nourritures ont été trop dissemblables, la chair et l'esprit ont été meurtris et ravis par d'autres coups et d'autres merveilles. Et c'est, dans La Porte étroite, la main de Jérôme au retour de son voyage d'Italie qui, en haut de la côte, se déprend de celle d'Alyssa parce qu'il fait trop chaud et leurs corps sont trop lourds, et parce ce que, de l'un à l'autre, plus rien ne communique.

On ne préserve ces amitiés exaltantes et douces qu'en vivant du souvenir d'où jaillit l'eau fraîche ; mais qu'on ne tente pas de répéter le choc de la baguette sur le rocher ; il ne se fendra pas ; et seule demeurera la sécheresse, d'autant plus désolante qu'elle exprime désormais l'abandon de la grâce.



chaque carré bruni par la trace des labours


Mon amitié pour mon pays, je le comprenais subitement, ce n'était pas cette amitié d'un moment qui alimente une longue suite de jours, mais l'attache ignorée, toute puissante, libre de peur et de déchirement, qui n'a besoin, pour se révéler, que de la facilité des nouvelles rencontres. Quand on retrouve son pays, on ne pousse pas des cris de joie. La joie est là qui vous gonfle la poitrine, qui vous parcourt les muscles des jambes, qui vous dirige les regards. Il n'y a pas besoin de clamer cette joie ; elle est une manière de marche, de respirer, de voir une mise en accord rapide et harmonieuse avec les choses d'alentour.

Ainsi, sur cette route nationale, sur cette route de plaine, bleue et cernée de vert, je comprenais que ma joie était faite de certitude et de facilité. J'avais désiré autrefois des espaces et je ne sais quels infinis horizons. Comme cela avait été compliqué ! Comme je m'étais torturé l'esprit et le cœur ! L'infini, l'espace, la liberté, c'était cette joie d'aujourd'hui, si sûre d'elle et si pareille à ce bout de route sur laquelle mes brodequins frappaient dur.

Aussi ma libération n'avait-elle commencé que du moment où, débarrassé des gestes officiels, j'avais pu, muni de mon mince bagage, entamer la dernière étape. L'émotion légitime des accueils en fanfare, cela faisait encore moins partie du cérémonial de l'absence. Sitôt abandonné à moi-même, j'avais décidé cette marche, ce contact direct avec les choses de chez moi. Une grande joie se tait pour nourrir les souvenirs : comme le nageur dans l'eau et l'oiseau dans l'air, je me sentais élastique et frais ; nul besoin d'intermédiaires pour me soutenir : l'éclat de la voix, les bondissements du cœur eussent été importuns.

D'ailleurs, toute convention m'avait été gracieusement épargnée. Le printemps ne se passe pas de bourgeons, l'été de feux, l'automne de feuilles mortes, l'hiver de neige et de tourments ; et, justement, l'hiver de ce jour était clair et serein, plein de murmures et d'ébats ; le soleil révélait des couleurs nettes, délimitait, multipliait les nuances. Mon pays pouvait se distraire à me présenter un visage inattendu que l'étranger eût appelé pittoresque ; je n'y discernais qu'un jeu familier.

La foulée large, la respiration ample, les mouvements aisés, j'avançais ainsi, libre d'entraves. Si mon pays m'était apparu moins vivace que mon appétit, moins vaste que mon ambition, moins riche que mes désirs, moins rigoureux que mon exigence, moins grand que mon espoir, quelle délivrance dérisoire ! Mais ces coteaux, cette lumière, ces horizons affublés de qualificatifs trompeurs affirmaient autre chose que des "élans moyens", que des "tons en demi-teinte", qu'un "raffinement dénué d'énergie". Chaque carré bruni par la trace des labours, chaque champ, chaque maison sagement défendue contre les vents, racontait une victoire. Unthumb_bfcb120ea85afb45b2846fc5482a1214 accord subtil s'était établi entre l'homme, dernier venu triomphateur, et la terre, siècle par siècle livrée. La force naît de l'équilibre. Non par la demi-mesure, la fausse sagesse du juste milieu, mais par l'âpre violence, la conquête brutale, la soumission exigée. La terre aime ce viol et rend à l'homme plus qu'il n'espère. Mais, en le reconnaissant pour maître, elle le tient. Cette histoire se déroulait sous mes regards.

Pas un mètre cube qui n'eût reçu la visite du paysan, pas un mètre cube qui n'eût été remué par ses outils ; l'œuvre de l'homme commandait jusqu'aux teintes, obligeant le soleil à sanctionner là le rouge de la glèbe fendue, là le gris de jachères voulues par le repos, là le bleu de la route, là le vert des feuilles persistantes. Chacun de mes pas me rapprochait de la gloire des miens, la seule éternelle ; celle que la terre exalte en son orgueil de vaincue. Ce peuple qui domine le sol où il vit et qui reçoit, en échange, l'apport des puissances secrètes contenues dans ses flancs, je pouvais le rejoindre sans crainte. Loin de lui, j'avais appris à désirer la grandeur ; je devinais, presque interdit, qu'en lui j'allais la posséder.


je fus comme un homme aux vêtements de lumière

Le soleil était dieu en ce jour de décembre ; et il avait choisi chaque chose pour s'y développer d'apparence. Chacune des nuances avait sa vérité qui se manifestait dans le plaisir secret des orgueils véritables : acceptant de paraître incertaine, confondue, intransigeante seulement pour ses élus. C'est ainsi que les peupliers défeuillés allaient du clair au sombre, détachés sur les verts et les gris variables des collines ; que les chemins couraient, couleur de sable sale ; que les toits penchaient leurs tuiles brunes sur les villages purs ; que le ciel emmêlait les douceurs d'or parmi les bleus. La mesure de cette matinée était celle où l'homme peut marcher sur les sentiers irréguliers de la terre comme sur les larges avenues, et partout à l'aise, léger de la certitude d'être admis.

Quand je me détournais pour regarder le mont qui détache sa parabole au-dessus des pignons pointus, quand je distinguais Toulouse avec son pan de muraille resté là pour témoigner que les siècles ne meurent que dans l'œuvre des hommes, quand je cherchais Baudin camouflé dans un pli de terrain, humble de ses cheminées d'usine, et quand d'un coup, je découvris Montchauvier, sa tour carrée et ses maisons tranquillement posées sous leur ciel d'école florentine, je fus comme un homme aux vêtements de lumière.

Vraiment rien n'embarrassait les gestes, et les regards voyageaient sans fatigue. Il y avait bien un peu de complicité dans cette attitude du soleil : juste assez pour éliminer les sueurs, les dépits, les lassitudes, et surtout pour distraire l'esprit de l'implacable jeu qui oblige à donner vie pour mort et mort pour vie. Et c'était en cela que je pouvais crier à l'exception et me presser de respirer dans l'oubli des miasmes. Par une pente naturelle, je commençais même à rêver l'impossible et j'imaginais déjà une vie pareille à cette splendeur où, sans effort ni transfiguration, la condition humaine allait de niveau avec le dieu caché dans ces choses. Non, la plaine ni les coteaux, les hameaux ni la route, seule dans sa rectitude, les cloches qui tintaient dans les tours des églises, les cris rapides des oiseaux et des insectes, ni l'appel grondeur de l'homme au cheval qui bronchait ne semblaient rien annoncer. Et pourtant, qui hors d'eux avait deviné que ma silhouette vagabonde venait enfin de terminer les aventures éphémères ?

Quand j'arrivai au centre d'hébergement, m'y accueillit un Compagnon, de France. Il me fit entrer dans une maison basse et fraîche. Dans la pièce de gauche aux murs craquelés, il y avait une table longue avec des couverts pour le repas de midi, et dans celle de droite, une table ronde avec des registres. On commença par les papiers. Une fois de plus, je remplis des colonnes, déclinai mon identité et signai. La France était bien enclose entre ces quatre murs avec son odeur d'encre et de pain. On parla. Le compagnon, poli et propre (ô surprise !), eut l'à-propos de ne pas s'apitoyer, de ne pas exhorter. Il faisait son travail et ce travail, il ne l'appelait pas son devoir. Il m'entretint du temps, de la campagne et de toutes choses ordinaires. Il me demanda d'où je venais et non pas où j'allais ; il savait bien que j'allais n'importe où qui serait pareil à mon goût du silence. Moi, j'écoutais le son de sa voix et son accent, insignifiant et net comme son discours, prêt à rai_de_lumi_reinscrire toute modulation ou idée. Oui, ce Compagnon de France, ce premier Français de ma liberté m'est apparu étrangement prêt. Puis je passai à table, et, comme je commençais à rompre mon pain, je remarquai le rai de soleil qui, pénétrant par la fenêtre grande ouverte, dessinait sur le plancher un rectangle pur. J'y jetai quelques miettes. S'agita puis se referma un remous de poussière.
Dehors, la France avait son visage paisible.

in Pierre Péan, Mitterrand, une jeunesse française, 1934-1947,
(1994), éd. poche, 1995, p. 166-174.

9782253138198FS

















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Jura : "dehors, la France avait son visage paisible"


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vendredi 6 février 2009

"Ils nous ont pris Jeanne d'Arc, cette fille du peuple..." (Jean Perrin, 1935)

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«Ils nous ont pris Jeanne d'Arc...»

discours de Jean Perrin le 14 juillet 1935

Les manifestations des Ligues le 6 février 1934 ne sont pas à l'origine directe du Front populaire ; la dénonciation des socialistes par le PCF, accusés d'être les complices du fascisme, continue jusqu'en juin 1934.
Mais au congrès du PCF en juin 1934 à Ivry, le virage est pris. Le 27 juillet 1934 est conclu le pacte d'unité d'action pour "battre le fascisme", entre socialistes et communistes.
Le 14 juillet 1935 a lieu la prestation de serment (voir photo ci-dessous). À cette occasion, le matin, Jean Perrin, prix Nobel de physique, prononce le discours est extrait le passage suivant :


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- Ils nous ont pris Jeanne d'Arc, cette fille du peuple, abandonnée par le roi que l'élan populaire venait de rendre victorieux et brûlée par les prêtres qui depuis l'ont canonisée.

Ils ont essayé de vous prendre le drapeau de 89, ce noble drapeau tricolore des victoires républicaines de Valmy, de Jemmapes [1], de Hohenlinden [2], de Verdun [3], ce drapeau qui tout à l'heure, à nouveau coiffé du bonnet phrygien de 92, va flotter au devant de nos troupes, symbole des libertés que vous avez conquises, à côté de ce drapeau rouge devenu celui de l'Union Soviétique – et qui lui, symbolise l'espérance des malheureux.

Ils ont enfin essayé de nous prendre cette héroïque Marseillaise, ce chant révolutionnaire et farouche qui fit trembler tous les trônes d'Europe, en ce temps qu'il ne faut tout de même pas oublier où notre Grande République appela la première tous les peuples à la liberté, cette Marseillaise qui a été, pendant un siècle, le chant des peuples opprimés, et de la Russie elle-même, cette Marseillaise de Rude qui sculpta son envol sur cet Arc de Triomphe qui abrite votre frère inconnu et où vous n'avez pas le droit de passer.

Jean Perrin, discours du 14 juillet 1935, cité par Georges Lefranc,
Histoire du Front populaire, Payot, 1965 (éd.1974), p. 84-85.



[1] Georges Lefranc a noté ces "erreurs historiques" : "Ni Valmy, ni Jemmapes ne sont des victoires républicaines. L'armée qui les remporte est encore une armée royale". Sans doute, mais peut-être Jean Perrin, faisait-il allusion à la chronologie : Valmy (20 septembre 1792) a provoqué la proclamation de la République (21 septembre 1792), et Jeammapes, autre victoire sur les Autrichiens, eut lieu le 6 novembre 1792.
[2] Victoire de Bonaparte sur les Autrichiens, le 3 décembre 1800, à Hohenlinden (environs de Munich).
[3] Bataille de Verdun en 1916.

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manifestation du 14 juillet 1935 de la Bastille à la Nation ;
le discours de Perrin, prix Nobel de physique, fut prononcé le matin lors du rassemblement
au vélodrome Buffalo à Montrouge


________________________________________________



Jean PERRIN (1870-1942)
repères biographiques
Né à Lille le 30 septembre 1870, Jean Perrin fait ses études secondaires à Lyon. Il les termine à Paris en classe de Mathématiques supérieures au lycée Janson de Sailly. Bachelier ès lettres et ès sciences, il est reçu à l’École normale supérieure en 1890 (promotion de 1891 après le service militaire). Agrégé de physique en 1894, il reste à l’École normale comme agrégé préparateur de 1895 à 1898. Il est docteur ès sciences en 1897.
Professeur à l’École normale supérieure de Sèvres (1900-1925), il devient professeur de chimie-physique à la Faculté des sciences de Paris (1910) où il reste jusqu’à la retraite en septembre 1940.
Pendant la guerre de 1914-1918, il est mobilisé comme officier du génie puis attaché au service de recherches de la Défense nationale (1915) : il crée plusieurs appareils acoustiques dont sont équipées les armées françaises.
Il reçoit le prix Nobel de physique en 1926.
Il a un rôle primordial dans l’organisation de la recherche française : fondateur de l’Observatoire de Haute Provence, il est à l’origine du Centre National de la Recherche Scientifique, et crée le Palais de la Découverte (1937).
Il est Sous-Secrétaire d’État à la Recherche Scientifique dans le gouvernement de Léon Blum (octobre 1936).
Après l’armistice de 1940, il part en zone libre à Lyon puis se rend aux États-Unis au début de 1942. Il meurt à New-York le 17 avril 1742. Des funérailles nationales sont organisées le 18 novembre 1948, ses cendres sont transférées au Panthéon.

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mercredi 4 février 2009

oui ou non la France doit-elle être la France ?

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  village d'Itterswiller dans le Bas-Rhin (Alsace)                   métro parisien (Hector Guimard)



la France doit-elle être la France ?

général De Gaulle, en décembre 1963

Dans une lettre que De Gaulle écrivit à Raymond Aron pour le remercier de l'envoi du Grand débat, ouvrage du sociologue, le général écrivait :
- "Mon cher Raymond Aron, j'ai lu Le Grand Débat, comme je lis souvent ce que vous écrivez, ici et là, sur le même sujet. Il me semble que si vous y revenez sans cesse et avec tant de vivacité, c'est peut-être pour cette raison que le parti que vous avez pris ne vous satisfait pas pleinement vous-même. Au fond, tout : “Europe”, “Communauté atlantique”, “OTAN”, armements", etc., se ramène à une seule et même querelle : oui ou non la France doit-elle être la France ? C'était déjà la question à l'époque de la Résistance. Vous savez comment j'ai choisi et moi je sais qu'il n'y a pas de repos pour les théologiens. En vous félicitant de votre entrée à l'Institut, je vous demande de croire, mon cher Raymond Aron, à mes sentiments les meilleurs". (9 décembre 1963)

cité par Nicolas Baverez, Raymond Aron,
Flammarion, 1993, p. 377
9782082104944FS

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               De Gaulle dans la Drôme, lors de son discours à Die, en 1963 (source)


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source


«oui ou non la France doit-elle être la France ? C'était déjà la question

à l'époque de la Résistance», Charles De Gaulle, 1963


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dimanche 19 octobre 2008

l’identité de la France (Fernand Braudel)

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l’identité de la France

est incompréhensible s
ans la suite

des événements de son passé

Fernand BRAUDEL


Je crois que le thème de l’identité française s’impose à tout le monde, qu’on soit de gauche, de droite ou du braudelcentre, de l’extrême gauche ou de l’extrême droite. C’est un problème qui se pose à tous les Français. D’ailleurs, à chaque instant, la France vivante se retourne vers l’histoire et vers son passé pour avoir des renseignements sur elle-même. Renseignements qu’elle accepte ou qu’elle n’accepte pas, qu’elle transforme ou auxquels elle se résigne. Mais, enfin, c’est une interrogation pour tout le monde.

II ne s’agit donc pas d’une identité de la France qui puisse être opposée à la droite ou à la gauche. Pour un historien, il y a une identité de la France à rechercher avec les erreurs et les succès possibles, mais en dehors de toute position politique partisane. Je ne veux pas qu’on s’amuse avec l’identité.


l’accord ou le désaccord avec des réalités profondes

Vous me demandez s’il est possible d’en donner une définition. Oui, à condition qu’elle laisse place à toutes les interprétations, à toutes les interventions. Pour moi, l’identité de la France est incompréhensible si on ne la replace pas dans la suite des événements de son passé, car le passé intervient dans le présent, le "brûle".

C’est justement cet accord du temps présent avec le temps passé qui représenterait pour moi l’identité parfaite, laquelle n’existe pas. Le passé, c’est une série d’expériences, de réalités bien antérieures à vous et moi, mais qui existeront encore dans dix, vingt, trente ans ou même beaucoup plus tard.

Le problème pratique de l’identité dans la vie actuelle, c’est donc l’accord ou le désaccord avec des réalités profondes, le fait d’être attentif, ou pas, à ces réalités profondes et d’avoir ou non une politique qui en tient compte, essaie de modifier ce qui est modifiable, de conserver ce qui doit l’être. C’est une réflexion attentive sur ce qui existe au préalable. Construire l’identité française au gré des fantasmes, des opinions politiques, ça je suis tout à fait contre.

Le premier point important, décisif, c’est l’unité de la France. Comme on dit au temps de la Révolution, la République est "une et indivisible". Et on devrait dire : la France une et indivisible. Or, de plus en plus, on dit, en contradiction avec cette constatation profonde : la France est divisible. C’est un jeu de mots, mais qui me semble dangereux. Parce que la France, ce sont des France différentes qui ont été cousues ensemble. Michelet disait : c’est la France française, c’est-à-dire la France autour de Paris, qui a fini par s’imposer aux différentes France qui, aujourd’hui, constituent l’espace de l’Hexagone.

La France a dépensé le meilleur de ses forces vives à se constituer comme une unité ; elle est en cela comparable à toutes les autres nations du monde. L’oeuvre de la royauté française est une oeuvre de longue haleine pour incorporer à la France des provinces qui pouvaient pencher de notre côté mais avaient aussi des raisons de ne pas désirer être incorporées au royaume. Même la Lorraine en 1766 n’est pas contente de devenir française. Et que dire alors des pays de la France méridionale : ils ont été amenés dans le giron français par la force et ensuite par l’habitude.

II y a donc dans l’identité de la France ce besoin de concentration, de centralisation, contre lequel il est dangereux d’agir. Ce qui vous suggère que je ne vois pas la décentralisation d’un oeil tout à fait favorable. Je ne la crois d’ailleurs pas facile. Je crois que le pouvoir central est tel que, à chaque instant, il peut ramener les régions qui seraient trop égoïstes, trop soucieuses d’elles-mêmes, dans le sens de l’intérêt général. Mais c’est un gros problème.

La seconde chose que je peux vous indiquer, c’est que, dans sa vie économique, de façon curieuse, depuis la première modernité, la France n’a pas su réaliser sa prospérité économique d’ensemble. Elle est toujours en retard, pour son industrialisation, son commerce. Cela pose un problème d’ordre général. Et d’actualité, si cette tendance est toujours valable. Comme si, quel que soit le gouvernement, la France était rétive à une direction d’ordre étatique.

un triomphe culturel, un rayonnement de civilisation

Or la seule raison que je vois qui soit une raison permanente est que l’encadrement capitaliste de la France a braudeltoujours été mauvais. Je ne fais pas l’éloge du capitalisme. Mais la France n’a jamais eu les hommes d’affaires qui auraient pu l’entraîner. Il y a un équipement au sommet, au point de vue capitaliste, qui ne me semble pas parfait. Nous ne sommes pas en Hollande, en Allemagne, aux États-Unis, au Japon. Le capitalisme est avant tout, pour moi, une superstructure et cette superstructure ne réussit pas à discipliner le pays jusqu’à sa base. Tant mieux peut-être ou tant pis, je n’en sais rien. Mais l’inadéquation de la France à la vie économique du monde est un des traits de son identité.

Dernier trait : la France ne réussit pas au point de vue économique ; elle réussit au point de vue politique de façon limitée parce qu’elle triomphe, précisément, dans ses propres limites. Toutes ses sorties en dehors de l’Hexagone se sont terminées de façon malheureuse, mais il y a un triomphe permanent de la vie française, qui est un triomphe culturel, un rayonnement de civilisation.

L’identité de la France, c’est ce rayonnement plus ou moins brillant, plus ou moins justifié. Et ce rayonnement émane toujours de Paris. Il y a aussi une centralisation très ancienne de la culture française. Bien sûr, il existe bien d’autres conditions : triomphe de la langue française, des habitudes françaises, des modes françaises, et, aussi, la présence, dans ce carrefour que la France est en Europe, d’un nombre considérable d’étrangers. Il n’y a pas de civilisation française sans l’accession des étrangers ; c’est comme ça.

Le gros problème dans le monde actuel est de savoir comment la société française réussira ou non à accepter ces tendances et à les défendre si nécessaire ; si vous n’avez pas, par exemple, une politique de rayonnement à l’égard de l’Europe et du monde entier, tant pis pour la culture française.

La langue française est exceptionnellement importante. La France, c’est la langue française. Dans la mesure où elle n’est plus prééminente, comme ce fut le cas aux XVIIIe et XIXe siècles, nous sommes dans une crise de la culture française. Avons-nous les moyens de remonter la pente ? Je n’en suis pas sûr, mais j’ai quelque espoir. L’empire colonial que nous avons perdu est resté fidèle à la langue française. C’est vrai aussi des pays de l’Est, de l’Amérique latine.


une réalité sous-jacente

L’identité française relève-t-elle de nos fantasmes collectifs ? Il y a des fantasmes et il y a autre chose. Si j’ai raison dans ma vision de l’identité française, quels que soient nos pensées, nos fantasmes, il y a une réalité sous-jacente de la culture, de la politique de la société française. J’en suis sûr.

Cette réalité rayonnera ou ne rayonnera pas, mais elle est. Pour aller plus braudelloin, je vous dirai que la France a devant elle des tâches qu’elle devrait considérer avec attention, avec enthousiasme. Elle est devenue toute petite, non parce que son génie s’est restreint, mais en raison de la vitesse des transports d’aujourd’hui. Dans la mesure où, devenue toute petite, elle cherche à s’étendre, à agripper les régions voisines, elle a un devoir : faire l’Europe.

Elle s’y emploie, mais l’Europe s’est accomplie à un niveau beaucoup trop haut. Ce qui compte, c’est de faire l’Europe des peuples et non pas celle des patries, des gouvernements ou des affaires. Et ce ne sera possible que par la générosité et la fraternité.

Le Monde les 24-25 mars 1985,
entretien réalisé par Michel Kajman.

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quels que soient nos pensées, nos fantasmes, il y a une réalité sous-jacente
de la culture (Braudel)  : vieux pont du XVe siècle à Belcastel (Aveyron)


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lundi 29 septembre 2008

identité bretonne

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identité bretonne


échange de messages avec Philippe, de Brest


brest11






Brest


je me sens d'identité nationale bretonne


réponse au message du 28/09/08 22:17
De : "Michel RENARD"
A : brest.lcr@laposte.net
Objet : Faut-il avoir honte de l'identité nationale ?

salut

message tronqué, je suis allé sur votre blog.
personnellement je ne suis pas de votre bande, je me sens d'identité nationale bretonne (né au Sénégal, polyglotte, ayant vécu en Espagne et en Tunisie, pas nationaliste breton du tout).
par contre notre ami Piquet (la tendance unitaire de la LCR)  qui a écrit un livre sur la république doit être assez proche de vous non ?
kenavo
Philippe

_______________________________________________________


réponse

Merci de votre message.

La nation n'est pas une "bande" et l'identité bretonne (indéniable) n'est pas une nation - sauf pour une infime minorité de militants indépendantistes qu'on entendait il y a une trentaine d'années... et même pas pour les autonomistes qui, de toute façon, ne font guère que 2% des voix aux élections.
Il y a donc certainement une manière bretonne (celtique, armoricaine...) d'appartenir à la nation française. "Cette vieille province - comme le dit l'historien Joël Cornette, si passionnément bretonne et si éminemment française".

Quant à "notre ami Piquet", je le connais de notoriété mais je n'ai pas lu (sûrement à tort) ses livres.

kenavo (pourquoi pas)

Michel Renard

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calvaire de Menez-Groas (Finistère) - inscriptions : Voeu 1914-1918,
G. Louarn - date: 1920 - constructeur : Louarn
(source)



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dimanche 14 septembre 2008

la France d'avant la France, l'obscure mémoire d'une nation

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la France d'avant la France

l'obscure mémoire d'une nation



- "La clef de notre identité est enterrée là sous nos pieds. La France est faite avant la Gaule, mot tardif inventé par les Romains" (Pierre Chaunu, L'obscure mémoire de la France. De la première pierre à l'an mille, 1988).


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fosses funéraires néolithiques (source)


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nécropole néolithique (source)

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L'Étoile (Somme), grande enceinte du Néolithique apparaissant tôt
le matin grâce à des taches d'humidité rémanente
(source)

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che_21_francoisbesse2006angerville1b
Angerville (Essonne , structure fossoyée avec fossés de
largeur  différente et présence de trous de poteaux et fosses.
De tels indices sont généralement attribués à l’âge du Fer
mais aucune datation précise ne peut être donnée faute
de sondages. A gauche, on note la trace de quelques   bâtiments

(source photos et légende)


Ouzouer_le_Marche
Ouzouer-le-Marché (Loir-et-Cher), établissement gallo-romain
© Henri Delétang, 2006
(source)


Villa
villa (Puy-de-Dôme) - Centre d'étude et de recherche
d'archéologie aérienne
(source)

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villa romaine de Trebillane à Cabriès (Bouches-du-Rhône) (source)


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Grivesnes (Somme), révélation du plan parfaitement géométrique
d'une villa gallo-romaine à deux cours, sur sol limoneux
(source photo et légende)


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archéologie des espaces ruraux du néolithique au Moyen Âge
évolution du site de Saclay (Essonne), aquarelle de Laurent Juhel, Inrap
(source)


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village de Tautavel (Pyrénées-Orientales) : la caune de l'Arago
où furent découverts les restes de l'homme de Tautavel (450 000 ans)

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samedi 13 septembre 2008

Van Gogh

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la France de Vincent Van Gogh



van Gogh, définitivement lié à "l'école française"

- "Né le 30 mars 1853 à Zundert dans le Brabant du Nord, Vincent van Gogh est néerlandais ; mais les années passées à peindre en France entre mars 1886 et le 29 juillet 1890, date de sa mort, à trente-sept ans, dans une auberge d’Auvers-sur-Oise, le petit village d’Île-de-France où il est enterré, l’ont définitivement lié à cette «école française» qui domine la scène artistique internationale à la fin du XIXe siècle".

Anne Distel, conservateur général du patrimoine musée d’Orsay
(source)


la patrie, thème de prédilection chez van Gogh

- "L’attachement de Van Gogh à sa terre natale est très grand, de nombreux auteurs l’ont déjà souligné. Et son œuvre seule suffit à montrer cette évidence : la terre est un élément omniprésent dans ses dessins et tableaux, de Nuenen à Auvers, sous forme de boue sur des chaussures usées, ou sous les lames de la charrue. Les sillons, les champs de pommes de terre, les vignes, les blés… des différents aspects de la vie agreste, c’est la terre qui le préoccupe le plus. Il faut toutefois remarquer que Van Gogh ne dissocie pas la terre du travail du paysan, ni de la notion de patrie.

Dans la lettre 154 [133], il reprend Souvestre :

Vous trouverez dans le philosophe sous les toits de Souvestre comment un homme du peuple, un simple ouvrier, très misérable si on veut, se représentait la patrie, «Tu n’as peut-être jamais pensé à ce que c’est que la patrie, reprit-il, en me posant une main sur l’épaule ; c’est tout ce qui t’entoure, tout ce qui t’a élevé et nourri, tout ce que tu as aimé. Cette campagne que tu vois, ces maisons, ces arbres, ces jeunes filles qui passent là en riant, c’est la patrie ! La petite chambre où tu as autrefois vu ta mère, les souvenirs qu’elle t’a laissés, la terre où elle repose, c’est la patrie ! tu la vois, tu la respires partout ! Figure toi, tes droits et tes devoirs, tes affections et tes besoins, tes souvenirs et ta reconnaissance, réunis tout ça sous un seul nom et ce nom sera la patrie».

Quelques mois plus tôt, il citait Fénelon :

Mentor dit : La terre n’est jamais ingrate, elle nourrit toujours de ses fruits ceux qui la cultivent soigneusement et avec amour, elle ne refuse ses biens qu’à ceux qui craignent de lui donner leurs peines.

Le travail, la terre et la patrie apparaissent ainsi comme un tout indissociable. Ces trois éléments sont des constituantes prédominantes de son identité. Le travail comme moteur, la terre comme sujet, la patrie comme référence. Pour devenir évangélisateur, pasteur, dessinateur ou peintre, il ne croit qu’au progrès par l’effort, l’abnégation et le dépassement de soi. Que ce travail puisse s’accompagner d’une grande souffrance ne pose aucun problème à Van Gogh. Fidèlement à la recommandation de Paul, il se réjouit de cette souffrance, qui seule mène au «dépassement de la vulgarité» cher à Renan".

W. V. van der Veen, historien de l'art,
Van Gogh, homme de Lettres. Littérature dans
la correspondance de Vincent van Gogh, 2007 





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les vignes rouges


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vue d'Arles avec iris et prairie, mai 1888


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oliviers, septembre (?) 1889

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Van Gogh, Champ de blé derrière l'hospice, 1889


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la sieste


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la maison jaune, Arles, 1889


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l'entrée du jardin public, Arles

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le jardin de l'asile, Arles


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le jardin de l'asile à notre époque


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Le pont Langlois


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pont basculant "Réginel" sur le canal d'Arles à Port-de-Bouc ; "Langlois"
était le nom du préposé chargé d'actionner le pont


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le pont Langlois


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l'église d'Auvers-sur-Oise, vue du chevet


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vendredi 12 septembre 2008

la France romane


la France romane




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à Fontevault, l'abbaye du XIIe siècle, de style roman



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Posté par michelrenard à 07:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]