samedi 9 juillet 2011

laïcité, identité nationale

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la laïcité pour identité nationale

 

Excellente réflexion : http://sonja.flusin.over-blog.com/article-la-laicite-pour-identite-nationale-78546165.html

 

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mardi 2 novembre 2010

Jacques Le Goff et l'histoire nationale

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l'oeuvre de Jacques Le Goff

plaide contre la pétition qu'il a signée

Michel RENARD

 

Neuf historiens ont signé une tribune dans Libération (21 octobre) contre le projet "dangereux", selon eux, d'une Maison de l'histoire de France annoncé par Nicolas Sarkozy en septembre. Ils dénoncent "une histoire centrée avant tout sur l'État-nation et les grands hommes, à la recherche de l'âme et des origines de la France".

Parmi ces signataires se trouve le célèbre médiéviste Jacques Le Goff. Comment Jacques Le Goff a-t-il pu approuver ce texte alors qu'il y a quelques temps encore il affirmait : "la France doit valoriser son histoire" (entretien accordé à l'hebdomaire protestant Réforme en 2007) ? http://www.reforme.net/dossiers.php?id=3.

Il y dit encore : "C’est dans cette histoire et ce cadre que se situe la question de l’immigration" ; ou encore : "L’école reste la clef pour retisser le corps social et le sentiment national".

Dans le dictionnaire La Nouvelle histoire (1978) qu'il dirige, Jacques Le Goff signe lui-même la notice "l'histoire nouvelle" où il explique que "la France est le seul des pays modernes à avoir une tradition historiographique ancienne et continue, liée aussi bien aux centres du pouvoir politique et idéologique (monarchie, Église) qu'à l'évolution sociale (histoire nobiliaire, histoire bourgeoise) et à la formation précoce du sentiment national entre le XIIe et le XIVe siècle" (p. 227). Pourquoi ne pas adosser à ces affirmations la philosophie de la Maison de l'histoire de France...?

L'État-nation est une réalité historique française admise par toute l'école historiographique nationale depuis l'École des Annales (Marc Bloch et Lucien Febvre) jusqu'aux Lieux de mémoire de Pierre Nora et aux travaux de Colette Beaune (Naissance de la nation France, 1985) ou ceux d'André Burguière et Jacques Revel (Histoire de la France, 1989-1993).

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En rendre compte n'a rien d'illégitime intellectuellement. On peut exposer l'histoire nationale sans la noyer dans l'histoire européenne ni dans l'histoire mondiale (mais pas sans les ignorer non plus, évidemment) comme voudraient nous en convaincre les pétitionnaires militants.

Aujourd'hui, les historiens qui pétitionnent ne font que de la politique étroitement partisane – c'est leur droit – mais ils violent aussi un héritage historiographique qu'ils n'ont jamais démenti scientifiquement.

Michel RENARD

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mercredi 13 janvier 2010

La France n'est pas une page blanche sur laquelle des utopistes en serre chaude écriraient à la hâte le mot «citoyenneté»

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les "pays", au sens braudélien du terme


Identité nationale :

le vrai débat n'aura pas lieu !

Denis TILLINAC

Le débat sur l'identité nationale n'aura pas lieu. Les politiques, les journalistes, les intellos prennent des positions le plus souvent manichéennes sur le mode d'intégration de nos compatriotes arabo-musulmans ou africains. Faut-il tolérer la burqa ? Laisser pointer des minarets ? Régulariser les sans-papiers ? Subventionner les banlieues où çà chauffe ?

On se gargarise de gros mots («laïcité, valeurs républicaines, citoyenneté»), on mobilise grotesquement des parias de l'histoire (Pétain, Déat, Laval) et, au bout du compte, l'on finit par découvrir une évidence : les Français n'ont pas plus de sympathie pour l'islam que les autres Européens. Un vrai débat sur l'islam ne serait pas sans intérêt, mais il ne concerne l'identité nationale qu'à la marge. Or cette identité existe.cran_em2008

Pour la cerner, il faut en finir avec la polarisation sur les minorités visibles ou moins visibles, que ce soit pour les diaboliser ou les victimiser. Les Français dont les ancêtres ont établi leur pénates sur nos terroirs depuis belle lurette forment une énorme majorité. Même si ces ancêtres sont venus d'ailleurs, certains plus récemment que d'autres (Polonais, Italiens, Espagnols, Portugais, etc.).

Or cette majorité, prolétaire ou bourgeoise, est exclue du débat, et le sent, et s'en exaspère sans pouvoir le dire. C'est elle, pourtant, qui pérennise l'identité française ; c'est elle, en conséquence, qui détient le secret de l' «intégration». Car la vraie question n'est pas de savoir qui doit (ou peut) être intégré, mais à quoi. Réponse : à un mélange d'histoire-géo qui, au fil des siècles, a engendré une sociabilité, des tours d'esprit, une sensibilité, un type d'humour, une gastronomie, un patrimoine architectural, des héros populaires, une poétique, une spiritualité, des paysages intérieurs singuliers. Rien de moins.

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Dans le panthéon intime de la France, Jeanne d'Arc fraternise avec Gavroche, Roland à Roncevaux avec Bonaparte au pont d'Arcole, Mimi Pinson avec la duchesse de Guermantes, la gouaille du titi avec la pagnolade à l'aïoli, la gourmandise rabelaisienne avec la rigueur pascalienne, la môme Piaf avec Villon. Dans l'imaginaire des Français, on repère l'amour rustique du clocher et l'appel romantique de l'Orient, ainsi qu'une pente au bovarisme, une autre au panache de Cyrano, une autre à prendre benoîtement ses aises apéritives. Liste non exhaustive.

Certes l'identité de la France n'est pas close ou figée. Ni monochrome, tant nos «pays» au sens braudélien du terme, ont de personnalité. Reste un fond de sauce, inaccessible sans doute à la sagacité des sociologues, mais que les Français ordinaires savourent au jour le jour, et qui vient de loin, et qui tient la route. L'identité de la France, c'est un ressac au long cours entre Paris et ses provinces, une trame inouïe d'ambivalences : épicurisme et goût de l'absolu, héroïsme gaullien et cassoulet radsoc, sens de l'honneur et de la resquille, passion pour l'égalité et les privilèges, vin bordelais du regret et vin bourguignon du plaisir, catholicisme de petit proprio et tentation césariste impénitente.

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C'est aussi cette manie de lâcher des idéologues sur la rive gauche de la Seine pour des chamailleries conceptuelles dont on se fout éperdument, la sagesse populaire ayant pris acte de nos contradictions insolubles. Par exemple, ce chahut verbeux qui tourne en rond autour de minarets fantoches, alors que notre «identité», on la connaît par coeur, on la cultive, elle va de soi ou presque.

Le désir, le sentiment, le bonheur d'être français sont accessibles à toute minorité. Avec le temps, bien sûr, et à condition que la majorité - silencieuse et pour cause - soit assurée de ne pas y laisser trop de plumes symboliques. Sinon elle se rétracte, et sa méfiance tourne à la franche hostilité. Partout dans le monde, les minorités sont d'autant mieux accueillies que les majorités ne se sentent pas ... minorées. Grâce au ciel, l'identité de la France a autant de verdeur que de mémoire, il suffirait d'en rappeler la substance pour éclairer les lanternes sourdes de ce débat foireux.

La France n'est pas une page blanche sur laquelle des utopistes en serre chaude écriraient à la hâte le mot «citoyenneté». Ni l'espace abstrait d'une appropriation ex-nihilo. La France, on sait de quoi son identité retourne ; cessons de l'ignorer dans leurs pompes d'où ils viennent. Surtout ceux de fraîche date : plus que les enracinés, ils ont besoin de savoir de quoi ils héritent au juste.

Denis Tillinac est chroniqueur à Valeurs actuelles.
PS : cet article est extrait du n° 663 (du 2 au 8 janvier 2010) de l'hebdomadaire Marianne  - source

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mercredi 6 janvier 2010

réponse à Esther Benbassa

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réponse à Esther Benbassa

Michel RENARD


Dans l'Humanité, du 5 janvier 2010 : Esther Benbassa «Pour l’avenir, il y a un roman national39a3209e_aa53_11dd_b895_802fa1cb0190 à réécrire». Directrice d’études à l’École pratique des hautes études, Esther Benbassa estime nécessaire de débattre de la France telle qu’elle est. [il a fallu l'attendre... parce que personne n'y avait pensé...!!]

L'auteure de Être juif après Gaza (CNRS éditions, 2009) ne rate pas une occasion pour s’impliquer dans des combats qu’elle estime justes. En décembre dernier, elle a décidé de faire partie d’un collectif qui prône l’ouverture d’un «autre débat» que celui lancé par le gouvernement. Les membres de ce collectif, comprenant des intellectuels, des chercheurs, des écrivains, des journalistes travaillant sur le post-colonialisme ou l’immigration rejettent l’initiative d’Éric Besson, dont le but, considèrent-ils, est de manipuler l’opinion. Esther Benbassa la qualifie même de dangereuse car elle lève le tabou du racisme. [chapeau de l'Humanité]
[Réponse : le tabou du racisme...? mais si le racisme ne s'était pas exprimé en France depuis des années et des années, pourquoi SOS-Racisme a-t-elle été créée et portée aux nues...? et, question secondaire, pourquoi, malgré SOS-Racisme, le racisme n'a-t-il pas régressé-? Le véritable tabou, aujourd'hui en France, c'est bien le sentiment national, ringardisé, extrême-droitisé, lepénisé, nazifié... Et ceux qui, par vacuité de pensée, ont procédé à ces amalgames depuis plus de vingt ans sont désormais prisonniers de leurs caricatures et INCAPABLES de débattre de ce que représente la nation comme héritage et comme projet collectif - M.R.].

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le débat sur l'identité nationale n'est pas un débat nationaliste

réponse à Esther Benbassa par Michel Renard

- L'Humanité (Mina Kaci) : Pourquoi demandez-vous l’arrêt du débat sur l’identité nationale, alors qu’Éric Besson s’entête à vouloir le poursuivre ?

Esther Benbassa : Nous n’appelons pas à cesser de débattre mais à conduire un autre échange qui ne porte pas sur l’identité nationale et qui serait une sorte de radiographie de la France. Il faut sortir de ce débat stérile sur l’identité nationale rappelant les discussions des années trente lorsque les ligues fascistes criaient? : «La France aux Français !»
[Réponse : pauvre argumentaire...! Quand Braudel signe son dernier ouvrage "L'identité de la France", faisait-il une concession à l'extrême-droite des années 1930...? Les gens comme Esther Benbassa sont tellement accrochés à une Gauche atone qui a renoncé à presque toutes ses convictions et ses ambitions, qu'ils ont réduit le débat politique au "danger du Front national", seul parti à évoquer depuis 25 ans la symbolique nationale. Résultat, ils ont oublié que l'attachement à l'identité nationale était une idée politique légitime et encore vivace dans de larges fractions des couches populaires
- M.R.].

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- Vous dites que ce débat sur l’identité nationale est dangereux..

Esther Benbassa : Il est dangereux d’abord parce qu’il caresse les mauvais instincts des gens et fait sauter le tabou du racisme. Des personnes osent dire à haute voix ce qu’elles écrivaient anonymement. Il n’est qu’un cache-misère pour parler de l’autre, de l’immigré qui ne ferait pas partie de l’identité nationale. De plus, ce débat est tourné contre l’islam comme l’était l’antisémitisme contre les juifs au XIXe siècle. Or on sait à quoi avait abouti l’antisémitisme des années trente.

[Réponse : débat tourné contre l'islam...? quelle caricature...! critiquer le communautarisme, le port du voile, de la burqa serait critiquer l'islam...? c'est bien ce que disent tous les fanatiques islamistes et fondamentalistes... Esther Benbassa est sur la même ligne...
Le parallèle avec l'antisémitisme est totalement infondé : l'antisémitisme est un racisme haineux mobilisant des préjugés ; la critique du fondamentalisme islamique se fait au nom des idéaux universalistes, au nom de l'émancipation de la femme, au nom de la laïcité... Il ne reste plus à Esther Benbassa qu'à dire que ces dernières références doivent être abandonnées au nom d'un multiculturalisme a-critique, au nom d'un relativisme honteux des progrès réalisés en Occident en faveur des libertés indiividuelles
- M.R.].

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En quoi consiste précisément l’« autre débat » que vous appelez de vos vœux ?

Esther Benbassa : On veut un débat sur la France telle qu’elle existe aujourd’hui, avec des états généraux, des colloques et bien d’autres initiatives. Il faut réécrire les manuels scolaires, l’histoire, car, dans la saga nationale qu’est l’histoire de France, il y a celle des anciens colonisés et celle des immigrés. La décolonisation n’a toujours pas été digérée. Il faut recentrer la réflexion vers d’autres enjeux et proposer de façon concrète des outils de compréhension pour les populations. Et expliquer que le débat sur l’identité nationale est un débat nationaliste, qui cache le déficit de la France, le chômage et les luttes sociales. C’est un débat typiquement politicien, électoraliste à la veille des régionales
[Réponse : "
le débat sur l’identité nationale est un débat nationaliste"... c'est ce qu'on dit quand on ignore l'histoire de France, quand on voudrait bien contrer la Droite mais qu'on n'a aucun argument sur ce thème, quand on a oublié que le patriotisme naît à Gauche sous la Révolution française et que la Gauche l'a toujours porté jusqu'à il y a une trentaine d'années.
Le "déficit, le chômage, les luttes sociales"... voilà... Pour Esther Benbassa et une majorité de gens de Gauche, n'existe que la question sociale...! Et ces gens font profession de "sciences sociales"...! quel matérialisme sommaire, quel réductionnisme grossier... L'attachement national ne serait qu'un "faux sentiment" peut-être ? Et elle propose de réécrire les manuels d'histoire... Mais Esther Benbassa ignore l'histoire de France, la profondeur des liens qui rattachent notre "société" à son passé, à des structures anciennes dont toute l'école historique française a montré, depuis deux siècles, la pertinence... Qu'elle les ouvre donc ces ouvrages avant de prétendre les réécrire...!
- M.R.].

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toute l'école historique française
a parlé de la France, de l'identité française...

mais de nombreux sociologues ignorent

les travaux des historiens, persuadés qu'ils sont
de la toute-puissance de leur grille d'analyse

- En prônant un «autre débat», n’est-ce pas d’une certaine manière le fait de rester dans le débat sur l’identité nationale que vous condamnez ?

Esther Benbassa : Nous n’avons jamais parlé de l’identité nationale et n’avons pas l’intention de le faire. Mais il existe bien une question sur ce qu’est la France aujourd’hui et on ne doit pas éviter d’y répondre. L’identité nationale est un jeu de mots pour désigner le «vrai» Français. Et le «vrai» est celui qui n’est pas immigré, qui n’est pas noir, pas arabe, celui qui n’est pas musulman. Au contraire, notre collectif regarde vers l’avenir et on estime qu’il y a un roman national à réécrire avec les histoires de ceux qui composent ce pays. Qui aujourd’hui peut dire qu’il a une seule identité ? La question même est absurde, elle nous dépasse. De plus, un débat, cela se prépare, cela se réfléchit et cela regarde l’avenir. Or le débat lancé par Éric Besson est de nature conjoncturelle.
[Réponse : Personne ne parle de "vrai Français" sauf les gens comme Esther Benbassa avec le vain espoir de discréditer le débat en cours auquel ils ne savent pas participer.
Croire qu'il ne s'agit, de la part du gouvernement, que d'une tactique en vue des élections régionales..., c'est une hypothèse que rien ne peut étayer parce que PERSONNE ne peut dire, à l'avance, ce qui sortira de ces élections ni quels facteurs d'actualités peuvent influencer alors les électeurs...
"Qui peut dire qu'il a une seule identité", avance Esther Benbassa comme si c'était un argument massue... Mais c'est un pont-aux-ânes... Personne, là encore, ne dit que chaque individu n'a qu'une seule identité. On dit qu'il y a une identité nationale qui fait que la France se distingue, par exemple, de l'Allemagne, de l'Angleterre, de l'Algérie ou du Mali... Mais voilà, pour ces "sociologues", la seule unité d'analyse, c'est l'individu... Ils ont bien besoin de fréquenter les thèses d'histoire sociale produites depuis un siècle, pour renouer avec la complexité du social, pour comprendre que le "national" ne se réduit pas au nationalisme].

Entretien réalisé par Mina Kaci
publié dans L'Humanité le 5 janvier 2010.



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pour avoir consacré son dernier ouvrage
à l'identité nationale, l'historien Fernand Braudel
n'est pas un nationaliste...



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samedi 2 janvier 2010

réponse à Mustapha Kharmoudi (Michel Renard)

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réponse à Mustapha Kharmoudi

Michel RENARD


Désolé de vous le dire, votre texte [reproduit ci-dessous] est dominé par un sentiment de paranoïa qui, à mon, sens, n'est pas justifié.

Que des débordements condamnables - et condamnés - s'expriment dans le débat sur l'identité nationale est évidemment regrettable mais tout à fait explicable.

Cela fait quarante ans que toute la classe politique française – ce qui n'est pas le cas de la marocaine… - a déserté la référence à la symbolique nationale, l'a même stigmatisée comme le fourrier du racisme, et en a confiné le maniement au seul Front National.
Le sentiment d'attachement national, en France ou au Maroc, est parfaitement légitime - j'évoque ces deux pays puisque vous vous identifiez comme franco-marocain. L'avoir injustement discrédité condamnait à des résurgences incriminables…. mais épiphénoménales.

Il ne faudrait pas saisir ce prétexte pour déserter le débat de fond : pourquoi l'affirmation d'une identité nationale est-elle licite au Maroc (et partout ailleurs) mais prohibée en France ? En tant que franco-marocain, n'y a-t-il pas là une disparité qui heurte votre conscience ?

Vous-même semblez avoir du mal à vous situer intellectuellement dans ce débat. Il faut, à tout prix, que vous prêtiez à ses initiateurs les signes du racisme, ce qui permet évidemment de les condamner sans difficulté. Pourquoi, par exemple, évoquer une "espèce" de citoyens ? Personne, au gouvernement, n'a "racialisé" l'identité nationale. Ainsi, Rama Yade, en novembre dernier, déclarait à France Info : "L’identité nationale ne veut pas dire la pureté raciale, sinon je ne ferais pas partie de ce gouvernement."

Pourquoi faites-vous semblant de croire que Sarkozy a appelé "racailles" tous les jeunes d'origine maghrébine…? Ce qui n'est pas le cas. Mais comment appelez-vous donc des individus qui transforment des cités en champs clos de trafic de drogue, qui tendent des guets-apens à la police ou aux pompiers et qui finissent par tirer à l'arme de guerre sur les forces de l'ordre ? Vous vous sentez la moindre accointance avec des gens de la sorte ? Moi, quelle que soit leur "origine", je pense effectivement qu'il s'agit de "racailles".

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allez-vous renoncer à votre identité marocaine du fait de
la politique migratoire menée par Rabat ?

À partir d'aujourd'hui, dites-vous, "je cesse de défendre mon identité française". Pourquoi ? Parce que la France n'est pas parfaite ? Parce que la France tente de mener une politique migratoire qui ne relève pas seulement de la compassion aveugle ? Je vous demande : allez-vous renoncer à défendre votre identité marocaine du fait de la politique migratoire menée par les autorités de Rabat ? Les Maliens souhaitant gagner l'Espagne, pourchassés par les gendarmes marocains, refoulés dans le désert à l'aide de moyens anti-émeute et d'hélicoptères, blessés et affamés… cela ne constituerait-il pas une bonne raison pour vous octroyer une "objection de conscience identitaire marocaine" ?

Quant à l'islam, personne au gouvernement, ne dit qu'un "fossé infranchissable sépare les bons Français de (vous) autres les métèques, les «musulmans»" comme vous le prétendez. Toujours cette exagération anti-raciste…

Maintenant, il faut être clair : ne croyez-vous pas qu'il y a dans les milieux musulmans issus des organismes internationaux du type Frères Musulmans ou inféodés aux cheikhs salafistes, des stratégies de confrontation avec les valeurs de la République, avec les valeurs de la culture française, avec les grands acquis de l'émancipation individuelle : égalité homme/femme, liberté de conscience, liberté d'expression, sécularisation de la société…?

Personne ne dit sérieusement "qu’un jeune français de confession musulmane est un être à part, un être dangereux, asocial", sauf dans votre pensée victimaire. Cette "France raciste" que vous refusez n'existe pas. Mais vous ne ferez pas avaler à la conscience française – "celle des Lumières, de la grande Révolution française, celle de la résistance et celle qui a combattu l’esclavage et le colonialisme" - qu'elle doit sacrifier ce qu'elle est pour que les exigences obscurantistes des fondamentalistes musulmans aient libre droit d'expression (voile à l'école, burqa, traitement séparés pour les musulmans dits "pratiquants", etc…).

La paix civile repose entre autre sur la sécularisation et la laïcisation de l'espace publique. Comme les autres religions, l'islam doit se laïciser, ce qui ne veut pas dire renoncer à être lui-même mais renoncer à bénéficier d'un traitement spécifique. Il doit apprendre à vivre avec les autres et non à côté des autres. Là-dessus, vous gardez un étrange silence. Or, il y va bien de l'identité nationale française.

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Mais vous persistez dans la caricature en prétendant que Sarkozy parlerait d'une catégorie de Français en invoquant "les nôtres", ce qui vous autoriserait par contrecoup à dire "les miens"… En vérité, vous restez prisonnier de la grille de lecture en place depuis les années 1980 : le seul clivage existant est celui qui séparerait les racistes des antiracistes…! Vous n'êtes pas capable d'assumer une confrontation sur la question de l'identité nationale française sans faire de votre contradicteur un raciste…!

Michel Renard


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parler de l'identité française n'est pas raciste


Identité nationale :
Lettre ouverte d’un écrivain franco-marocain au Président Sarkozy

 

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De Mustapha Kharmoudi

Monsieur le Président,

Je ne supporte plus ces dérapages volontaires, ces phrases imbéciles qui explosent comme des bombes mortelles des bouches haineuses de vos ministres et de votre entourage.

Je ne suis pas de votre bord politique, mais j’ai toujours su garder le respect nécessaire à votre fonction. Maintenant, à vrai dire, je commence moi aussi à éprouver la même haine à votre égard et l’égard des vôtres... Et pour que les choses soient dites sans détour et avec la même désinvolture que vos émissaires en terre FN, votre idée de la France, je n’en veux pas. Mieux : votre France, je n’en suis pas, je vous la laisse ; gardez-la pour vous et pour les vôtres, faites-en une réserve pour une seule «espèce» de citoyens à l’exclusion de toutes les «racailles» envahissantes que nous sommes nous autres.

Pourtant il m’a fallu du temps pour me sentir membre à part entière de cette belle aventure qu’on nomme France. Déjà par un apprentissage précoce de la langue de Molière depuis ma tendre enfance au fin fond de la campagne marocaine. Ensuite par quarante longues années de vie parmi ce paradoxal peuple de France : aussi généreux qu’inquiétant.

Mais aujourd’hui j’en arrive à comprendre les jeunes que vous nommez «racailles» quand ces jeunes sifflaient La Marseillaise. Pourtant à l’époque cela m’avait offusqué. Oui, je n’en peux plus de courir après «votre» France, que vos diatribes estampent de devant moi tel un mirage qui s’éloigne indéfiniment. J’en ai assez de me rapprocher de gens qui sans cesse jettent le doute sur ma «fidélité française» à cause de mes origines et de mes supposées croyances. J’en ai assez de subir l’invective à chaque fois qu’un gouvernement et un président sont en mal de popularité.

Avec l’âge, je ne crois plus guère que le temps règlera les choses sans heurts voire même sans violence, vu que le temps qui passe ne fait qu’aggraver la situation. Alors, autant jouer franc jeu, si j’ose employer ce terme : à partir d’aujourd’hui, je cesse de défendre mon identité française. Peut-être vos ministres xénophobes s’en donneront-ils à cœur-joie et se laisseront aller à plus d’accusations racistes. Peut-être des mouvements extrémistes (des deux bords) vont-ils exploiter cette situation. En vérité, cela m’importe peu dorénavant. Et je vais de ce pas militer pour que nous soyons nombreux à s’octroyer une certaine «objection de conscience identitaire».

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Monsieur le Président, c’en est trop que vos discours et ceux des dirigeants politiques en général distillent impunément et à longueur de médias cette idée venimeuse qu’un fossé infranchissable sépare les bons Français de nous autres les métèques, les «musulmans», les «quand il y en a un ça va...», les «non white», les «gris par mariage», «les qui sifflent La Marseillaise», enfin toutes ces hordes et les rejetons de ces hordes qui ont fui les guerres, les dictatures et «toute la misère du monde». Bref, les impurs voire même les impies d’une France et d’une Europe si radicalement chrétiennes qu’elles ne sauraient accueillir en son sein ces turcs musulmans...

Si ce n’était que politique politicienne, on pourrait se terrer le temps d’une campagne électorale. Mais vos discours renforcent au sein de la population les comportements les plus discriminatoires, une discrimination qui met déjà au banc de la société des pans entiers de la jeunesse «non native», même quand cette jeunesse est diplômée des fleurons de nos universités. Pour nommer les choses telles qu’elles sont, vos méthodes ressemblent à s’y méprendre à quelque stratégie – consciente ou inconsciente - d’apartheid. Et, à mon niveau, j’ai comme le sentiment que vous savez ce que vous faites. Quoi qu’il en soit, tout semble illustrer votre état d’esprit ségrégationniste : votre jeu de petites phrases malsaines ne nous est-il pas en fin de compte destiné : histoire de nous faire comprendre que vous êtes de ceux qui sauront nous mettre au pas le moment venu ? Ne sert-il pas aussi à rassurer les «vôtres» et à les protéger de toute mixité contagieuse ?

Comme ce pays bascule de jour en jour dans le repli, je suppose qu’il n’y a aucune raison que cela s’arrête. Je sais que les nombreuses campagnes électorales à venir seront autant d’occasions de «nous» vexer, de «nous» humilier, de nous classer dans la catégorie «non intégrable» malgré «votre» immense hospitalité française...

Eh ben, soit ! Jouons donc ensemble à ce jeu vicieux puisque vous semblez y tenir tant. Mais il vous faudra vous habituer à un changement nécessaire afin que les règles soient moins «injustes» : nous n’accepterons plus dorénavant votre injonction à être français selon votre bon vouloir. Non, vous ne pourrez plus nous sommer d’être ceci ou cela, encore moins sous peine d’excommunication...

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le roi Mohammed VI du Maroc a lancé en octobre 2004
à Rabat la "radio coranique Mohammed VI", destinée à devenir un
"outil essentiel de l'identité nationale" marocaine...

Pour ma part, j’affirme ne pas me sentir français quand je vous entends parler des «miens» avec arrogance et mépris. À vrai dire, votre façon d’être français me fait plutôt honte. Non, je ne suis pas de «votre» France, je ne suis pas de cette France frileuse, repliée sur elle-même, de cette France raciste qui pense qu’un jeune français de confession musulmane est un être à part, un être dangereux, asocial. Tout comme hier dans les colonies. Bref, je ne suis pas de cette France chrétienne avec des relents collaborationnistes voire même croisés...

Non, Monsieur le Président, votre France n’est plus la mienne. Gardez-la pour vous et pour les vôtres. Et parquez ceux qui ne partagent pas votre conception de la France, cette France qui hait ses jeunes dont le faciès n’est pas aux normes, cette France qui dresse un mur entre elle et nous autres « dangereux étrangers ». Oui, c’en est fini de nous prêter à ce jeu stupide qui consiste à ce que les plus «méchants» de la classe politique nous insultent et nous vexent pendant que les plus «gentils» nous somment de ne pas crier de peur de réveiller la bête immonde...

Aussi, j’appelle tous ceux qui en ont marre de cet affront à se rebeller, à se révolter. Je leur demande de crier haut et fort qu’ils ne sont plus français, en tout cas pas à la manière de ces racistes qui nous pourrissent la vie par des vexations assassines pour voler quelques voix à l’abject Le Pen... Je demande à tous ceux qui se sentent concernés de se mettre en quelque objection de conscience identitaire.

Éventuellement, nous voudrons bien faire partie d’une autre France si tant est que nos politiques nous en offrent les perspectives, la France des Lumières, de la grande Révolution française, celle de la résistance et celle qui a combattu l’esclavage et le colonialisme. Oui une France qui saurait respecter chaque français, quelle que soit son origine, qui le traite à égalité des droits et des devoirs, sans préjugé et surtout sans cette haineuse discrimination qui agit en écho à la haine qui transparaît jusqu’aux cœur même du pouvoir...

Mustapha Kharmoudi
Ecrivain franco-marocain

source : Courrier international

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mercredi 4 novembre 2009

Lévi-Strauss contre le "mélange" des cultures

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Les cultures doivent résister

à l'uniformisation et au métissage


Dans ses "carnets libres" - quelle prétention ces "carnets libres"...! pourquoi, les autres n'écrivent pas librement peut-être...? - Edwy Plenel cite ce matin Claude Lévi-Strauss :

"«J'ai connu une époque où l'identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les États. On sait quels désastres en résultèrent.» Claude Lévi-Strauss a prononcé cette phrase à Paris, en 2005, quand commençait déjà à prendre forme la détestable régression nationale que signifie et personnifie le sarkozysme".

Magnifique anachronisme...! Quand Lévi-Strauss parle de l'identité nationale, dans ce contexte, il évoque les nationalismes expansionnistes de l'entre-deux guerres, tel celui de l'Allemagne hitlérienne. En aucun cas l'identité nationale comme vecteur d'une identité culturelle.

Engager Lévi-Strauss dans le combat contre la thématique de "l'identité nationale" au nom de son invitation "à vivre ensemble par le respect des ailleurs et du divers qui nous entourent" (Edwy Plenel), c'est faire totalement fausse route.

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L'ethnologue, au contraire, a toujours pris ses distances avec une vision irénique du métissage et du contact des cultures. Le contact, oui. Le mélange, non :

"C'est la différence des cultures qui rend leur rencontre féconde. Or ce jeu en commun entraîne leur uniformisation progressive : les bénéfices que les cultures retirent de ces contacts proviennent largement de leurs écarts qualitatifs ; mais au cours de ces échanges, ces écarts diminuent jusqu'à s'abolir.
N'est-ce pas ce à quoi nous assistons aujourd'hui ? Soit dit en passant, cette idée que, dans leur évolution, les cultures tendent vers une entropie croissante qui résulte de leur mélange (...) vient en droite ligne de Gobineau, dénoncé par ailleurs comme un père du racisme. Ce qui montre bien le désordre qui règne actuellement dans les esprits. (...)
Que conclure de tout cela, sinon qu'il est souhaitable que les cultures se maintiennent diverses, ou qu'elles se renouvellent dans la diversité ?
Seulement il faut consentir à en payer le prix : à savoir, que des cultures attachées chacune à un style de vie, à un système de valeurs, veillent sur leurs particularismes ; et que cette disposition est saine, nullement - comme on voudrait nous le faire croire - pathologique.
Chaque culture se développe grâce à ses échanges avec d'autres cultures. Mais il faut que chacune y mette une certaine résistance, sinon, très vite, elle n'aurait plus rien qui lui appartienne en propre à échanger. L'absence et l'excès de communication ont l'un et l'autre leur danger."

Claude Lévi-Strauss, De près et de loin, éd. Odile Jacob, 1988, p. 206-207.


Pauvre Edwy Plenel...

Michel Renard

- texte (allégé) envoyé sur le forum du Figaro (blog d'Yves Thréard)

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samedi 31 octobre 2009

"citoyen du monde", cela ne veut rien dire

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le pathos de l'identité "internationale"

Michel Renard

 

- texte de Taous sur le site du NPA (Besancenot) :

Je souhaite juste apporter mon ressenti quand à cette idée électoraliste, teintée de
xénophobie, qu'est le débat sur l'identité nationale.
La seule identité est pour moi l'espèce humaine.
Je suis née, sous le joug de l'occupation française, sur les
hauteurs d'Alger... J'ai grandi auprès d'un père qui chantait la
Marseillaise pour ne pas s'endormir au volant en sillonnant les routes
de l'Algérie, la Tunisie, le Maroc.
J'ai foulé pour la première fois la France alors que je
n'étais qu'une adolescente boutonneuse. Une petite escale de quelques
jours pour rejoindre la Suisse.
Le hasard d'un itinéraire de vie sinueux à fait que je me
retrouve habitant Nancy en France alors que mes boutons venaient juste
de sécher...
Il y a de cela déjà 27 ans.
J'ai 3 enfants (il et elles ont une carte d'identité française).
Malgré mes engagements citoyens, je n'ai pas opté pour la
nationalité française, et si je pouvais être déchue de ma nationalité
d'origine, j'en serais ravie.
Je ne me reconnais point dans cette notion de nationalité.
Je hais les drapeaux, identitaires par essence.
J’exècre cette formule "Je suis fière d'être...".
Le matin en écoutant la radio, je me sens palestinienne.
Au travail, je me sens ouvrière, comme tous les ouvriers et les ouvrières du monde entier...
Le soir, en sirotant mon verre de vin accompagné d'un roquefort, je suis française.
Et avant d'aller au lit, en lisant Hermann Hesse, Virginia
Woolf, Sophocle, Frida Kahlo... je me rends compte que je suis
allemande, anglaise, grecque, mexicaine...
Quand j'ai des insomnies, j'écoute Souad Massi, Buena
Vista Social Club, Tinariwen, Calexico...Je suis Algérienne, cubaine,
malienne, américaine...
Alors mon identité c’est tout cela et pas que ça , et tout ce que ne je ne peux citer car ça serait trop long...
Mon identité est tout ce qui me reste encore à remplir
dans la besace de ma vie comme richesse que je découvrirai aux côtés et
avec les autres.
Alors la réduire à une histoire, un drapeau, un hymne,  un "sang"...Je ne peux pas comprendre ni même y adhérer.
Mon identité elle est de toutes les couleurs, de toutes
les formes des nuages, de toutes les tailles des étoiles, de tous les
expressions des sourires, de toutes les traces de larmes, de toutes les
différences de teintes des couchers de soleil, de tous les océans...
Mon identité est INTERNATIONALE.
Taous

_________________________________________

discussion menée sur Facebook à partir du texte de Taous


Ydriss Foretz
Ydriss Foretz aime ça.

Bulent Acar
Bulent Acar

à méditer :)
à 19:37

Michel Renard
Michel Renard
- ahhh oui... à méditer... mais dans quel sens...?
à 19:51

Michel Renard
Michel Renard
- Ydriss, tu approuves vraiment ce texte...?
à 20:06

Ydriss Foretz
Ydriss Foretz

J'adhère complètement à ses principes non-identitaires ! On est avant tout citoyen du monde... Seule la culture peut être une "entrave" à ce concept d'unité du genre humain... (Kant). Pour ma part, j'estime que faire l'amalgame entre identité nationale et culture revient à réfuter le côté positif de l'espèce humaine capable de développer et d'entretenir des moeurs parfois fascinantes (bien sûr ce n'est pas une vérité absolue)... C'est comme confondre la pierre et l'édifice...
Après, pourquoi ne pas cultiver un mythe du terrien, une identité planétaire ?

à 20:09

Michel Renard
Michel Renard
- je vais te répondre Ydriss... mais alors, il faut que tu m'envoies une critique cinglante de mon livre, parce que ce je ne pense pas du tout comme Taous...!
à 21:21

Michel Renard
Michel Renard

- Ydriss, mon ancien élève, mon ami :

1) tu adhères à ces principes non-identitaires mais tu te revendiques d'une identité planétaire… alors identité ou pas identité ?

2) "citoyen du monde", cela n'existe pas : aucune citoyenneté mondiale ne s'est jamais affirmée ; la citoyenneté reste liée au monde des cités grecques (Antiquité) ou aux cadres nationaux à l'époque contemporaine de la démocratie : la citoyenneté n'existe aujourd'hui que parce qu'il y a des nations.

3) le concept de genre humain n'est pas une culture. Kant commence par critiquer tout Absolu et par établir la radicale finitude humaine (par rapport au temps et à l'espace) ; "toute conscience est conscience de quelque chose" (Husserl, cité par Luc Ferry dans le sillage kantien). Une culture n'existe que parce qu'elle trouve face à elle une autre culture qui la limite et la définit. L'idée d'une culture mondiale, c'est la fin de la culture.

4) tu as raison, le "terrien" est un mythe ; il n'existe que des hommes "enracinés et solides, fermement plantés dans leur terre" (^^) donc dans des cultures nationales qui sont les seules voies d'accès à l'universalité des cultures.
à 21:24

Bulent Acar
Bulent Acar

L'homme doit se remettre en question à tout instant, donc chaque idée, chaque opinion est bonne à méditer. Ici Taous à une manière un peu utopique de voir. Beaucoup de personnes ne peuvent se détacher de la culture de leur parents, de l'identité nationale qu'il représente... L'homme a besoin de s'associer à un groupe. Et ce groupe pour certains dans "l'exil" ou à "l'étranger", c'est l'origine, la nationalité. Après oui, quand nous nous sentons libre et détaché de toute ces notions de nationalités, pourquoi pas cultiver un mythe du terrien, c'est intéressant.
à 21:27

Michel Renard
Michel Renard

- Bulent, à propos du texte de Taous :

1) le sentiment de solidarité internationaliste ne fait pas une identité internationaliste qui, par définition, n'existe pas ; et ce genre de proclamation me semble un peu gratuite... on peut dire qu'on est "camarade" avec les ouvriers de Soweto, mais quant à vivre comme eux ou avec eux...!! il y a de la marge...

2) "la seule identité est l'espèce humaine"… cela ne veut rien dire du tout… chacun sait qu'il existe des identités, nationales ou autres ; la négation de ces réalités culturelles et symboliques c'est la marche vers l'uniformité des nouveaux esclaves robotisés de la mondialisation.

3) Et pourquoi cette Taous se sent-elle palestinienne ? plus qu'israélienne… ? si elle est "internationale" comme elle le prétend… Les Israéliens ne font-ils pas partie de l'internationale du genre humain…?

4) Lire des romans d'auteurs étrangers ne fait pas d'elle un élément de la patrie de ces écrivains ; d'ailleurs c'est une langue précise – en l'occurrence le français – qui lui donne accès à cette culture universelle ; il n'y a d'accès à l'universel que particulier.
Il en va de même de la musique. J'adore et j'ai écouté pendant des années de la musique arabe, algérienne, kabyle : je n'en suis pour autant ni arabe, ni algérien, ni kabyle…

Tout cela est un pathos de bons sentiments d'une mièvrerie effarante…

à 21:30

Bulent Acar
Bulent Acar

Monsieur, vous avez raison sur les 4 points que vous avez développés.
Mas je pense qu'il faut essayer de comprendre Taous. Pourquoi s'exprime t-elle ainsi ? Peut être que finalement la position qu'elle adopte ici sera la solution de toutes les formes de nationalismes. On sent dans ces propos un ras-le-bol, et dans le monde auquel on vit on peut consentir son ras-le-bol. Je vais être hs peut être, mais regardez. L'européen accepte que le roumain du coin vive une vie de misérable et ça chez lui, il a accepter de voir des milliers de personnes et surtout d'enfants mourir de faim. Aujourd'hui, pour des intérêts quelconque, on accepte, on crée la guerre là où on peut tirer du bénéfice. Franchement parfois ça donne envie de tout casser.

Et en tant que jeunes, on doit faire l'effort nécessaire pour changer le cours des choses. Peut être que Taous s'est mal exprimer, mais dans le message on peut y voir de la paix et de l'amour. Ce qu'il nous manque cruellement pour se lever et dire enfin STOP à la réalité de notre vieux monde égoïste.

J'espère que je me suis fait comprendre.

à 22:04

Michel Renard
Michel Renard

- oui, je te comprends Bulent.
Peut-être qu'un jour Taous aura-t-elle raison... j'espère de ne pas appartenir alors à un tel monde...
Mais Taous nage en pleine contradictions.
Elle dit "haïr" les drapeaux mais brandit le drapeau rouge dans les manifestations. Elle dit "exécrer" la formule "fière d'être" mais se sent fière d'être révolutionnaire internationaliste. Elle ne veut pas réduire son identité à un hymne, mais elle chante l'Internationale.
Taous ne fait que décliner un vieux refrain, celui d'un révolutionnarisme qui ferait fi des réalités culturelles du monde en les rabattant sur des formes d'aliénation liées au monde capitaliste... C'est d'un dogmatisme...!
Le trotsko-marxisme n'a jamais rien compris à la densité culturelle de l'histoire, aux enracinements anthropologiques et symboliques qui ne doivent rien au capitalisme mais à la complexité de la vie sociale qui ne se réduit pas aux "rapports de classe" ni au déterminisme économique...
Alors, son discours n'est qu'une posture, une auto-intoxication à laquelle, au fond d'elle-même, je suis sûr qu'elle ne se conforme pas.

à 22:34

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mardi 26 mai 2009

endoctrinement ou civisme ?

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endoctrinement fasciste ou civisme

républicain ?


Réponse à "Marmach" (forum l'Express) qui, à propos du retour des symboles républicains, écrit : "C'est inquiétant, bientôt, on fera défiler les enfants au pas. On créera de nouveau chants patriotiques. et les fascistes applaudiront."

Identifier toute éducation aux valeurs d'une société à de l'endoctrinement totalitaire est un abus. Ou alors, il faut en tirer la conclusion, et professer un anarchisme intégral, une autogestion individuelle/communautaire des normes qui n'auront plus rien de sociales. Le résultat, ce sera la jungle et non la vie ensemble des citoyens d'une nation qui se reconnaissent un passé et qui se définissent un destin.

La confusion entre propagande fasciste et civisme républicain est insoutenable. Elle est née, on le sait bien, de la juste aversion pour les régimes de tyrannie (fascismes, soviétisme…) mais aussi des excès de l'individualisme démocratique apparus autour de 1968 et devenus aujourd'hui dominants dans la société en général (idéologie libérale-libertaire) comme à l'école (pédagogies non-directives) [1]. Mais, peut-on imaginer une société sans transmission institutionnelle des valeurs qui la fondent ?

Faire apprendre La Marseillaise à l'école ce n'est pas de la propagande, c'est enseigner l'origine de la démocratie contemporaine, c'est faire réfléchir aux conditions qui permettent aujourd'hui d'en garantir la perpétuation.

Michel Renard, professeur d'histoire,
co-auteur de Faut-il avoir honte de l'identité nationale ?
(Larousse, 2008)


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[1] Les récents programmes pour l'école primaire prescrivent le retour de l'instruction civique : "(les élèves) découvrent les principes de la morale, qui peuvent être présentés sous forme de maximes illustrées et expliquées par le maître au cours de la journée (telles que “La liberté de l’un s’arrête où commence celle d’autrui”, “Ne pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu’il me fasse”, etc.) et prennent conscience des notions de droit et de devoir."

Ce programme ne plaît pas
Ce programme ne plaît pas à ceux qui s'ingénient depuis trente ans à saper la légitimité de l'école qui transmettait des savoirs. Ainsi, un enseignant au lycée catholique Le Rebours à Paris, François Jarraud, reconverti dans l'animation informatique, n'est pas content : "Le retour de l'instruction civique c'est celui de la leçon de morale ou d'institutions. C'est revenir au catéchisme républicain,  à l'obéissance passive, aux formes extérieures du respect. Toutes choses qui sont bonnes sans doute. Mais sont-elles suffisantes ?". Eh bien, si déjà on pouvait s'assurer de cela, ce serait un sacré progrès !

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Jarraud s'entête : "L'instruction civique peut-elle former des citoyens ? Dans L'école est-elle encore le creuset de la démocratie ?, P. Perrenoud s'interroge sur la construction de la citoyenneté. «L'école ne saurait former à la démocratie et au pluralisme par des méthodes autoritaires et sectaires… Elle ne saurait avoir prise sur l'apprentissage de la citoyenneté si elle se borne à quelques cours plus ou moins convaincants sur les droits de l'Homme». C'est par l'apprentissage du débat que les élèves peuvent devenir des citoyens capables d'entrer dans la société moderne".

Que de vice dans ces raisonnements ! Oui, les méthodes "autoritaires et sectaires" ne sont pas de bonnes méthodes. Mais la parole d'autorité est une bonne parole. Surtout quand elle provient d'un adulte qu'une institution (l'université) a formé pour qu'il soit en mesure d'apprendre aux autres.

celui qui "met l'enfant debout"
En bon républicain, je ne vois pas de danger à l'inculcation des valeurs du civisme. Je dis bien "inculcation". C'est-à-dire délivrance d'un enseignement dont la valeur, aux yeus de l'élève, provient du statut de son auteur : l'instituteur, le professeur qui transmet un savoir accumulé et réfléchi par les générations antérieures, vérifié par ses pairs et ouvert à la critique publique le cas échéant. N'était-ce pas la mission de l'instituteur, celui qui "met l'enfant debout" ?

On répondra : "c'est par l'apprentissage du débat que les élèves peuvent devenir des citoyens…" Ah bon…! Et d'où vient la pertinence d'une tel énoncé ? De quoi débattre si, au préalable, on ne dispose pas de références, de connaissances…? Ce n'est plus un débat, c'est une foire d'empoigne féroce où s'affrontent les ego de gamins qui cherchent à crier plus fort que les autres. Et puis, tous n'ont pas envie de débattre... Et c'est leur droit. Les silencieux, les timides, les réservés... sont-il condamnés à ne pas être des citoyens parce qu'il ne leur dit rien de "débattre" dans une salle de classe...?

Un enseignant du primaire de la région de Toulouse, Alain Refalo, dit refuser d'appliquer les programmes qui "constituent une régression sans précédent", selon lui. La vérité, c'est qu'en partisan des pédagogies Freinet, "coopératives" et autres lubies, il ne supporte pas d'avoir à effectuer son métier. Un métier qui œuvre à "instituer l’humanité dans l’homme" comme l'écrivait François Mauriac.

Alain Refalo n'est pas un instituteur qui "résiste" et "refuse d'obéir" comme il s'auto-glorifie sans modestie. C'est tout simplement quelqu'un qui a honte de sa profession et de ses exigences, qui substitue la démagogie à la responsabilité, qui sacrifie les élèves sur l'autel de théories pédagogistes jamais soumises à confrontation ni au moindre bilan.

la négation de la culture
Alain Refalo écrit : "je refuse de m'inscrire dans la logique d'une «Instruction morale et civique» aux relents passéistes. C'est une insulte faite aux enseignants et aux élèves de penser que l'inscription d'une règle de morale au tableau, apprise par cœur par les élèves, fera changer un tant soit peu leur comportement ! Aujourd'hui, plus que jamais nous avons besoin de mettre en place dans nos classes des dispositifs qui offrent aux élèves la possibilité de se connaître, de se rencontrer, d'échanger, de se respecter. (…) La priorité aujourd'hui est d'apprendre aux élèves à se respecter, à réguler positivement les inévitables conflits du quotidien par la parole, la coopération, la médiation. Aujourd'hui, comme hier, en conscience, j'ai fait le choix d'une éducation citoyenne qui permette aux élèves de découvrir leur potentiel créatif et émotionnel au service du mieux vivre ensemble".

Voilà l'horizon de l'école réduit à l'intercommunication de quelques élèves, à l'échange de leur potentiel (?) et de leurs émotions…! Alain Refalo veut enfermer les élèves dans le ghetto de leurs affects respectifs alors que la mission de l'école est de les mettre en rapport avec la culture, avec les humanités en général, avec le patrimoine de savoirs et d'œuvres légué par la civilisation qui nous a précédés.

Les "inévitables conflits du quotidien" doivent d'abord être ordonnés par la Loi, par la règle que l'adulte impose et explique. Et non par cette espèce de psychothérapie déstructurante et inquiétante pour les jeunes élèves. Cette "éducation citoyenne", c'est tout simplement du vent, une énième resucée des pédagogies non-directives qui ont produit ces gamins inattentifs et incapables du moindre effort. La négation de la culture au profit d'un impérialisme de la psychologie et de la communication.

Michel Renard

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garder un objet trouvé, c'est voler

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mardi 28 avril 2009

débat Daniel Lefeuvre / Marcel Détienne

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l'identité nationale est-elle un mythe ?


- émission du 15 janvier 2009 sur France Culture

- écouter l'émission (dailymotion)

- écouter l'émission (attendre quelques secondes la fin du bulletin d'information)


transcription d'une partie des interventions

Marcel Détienne
Tout historien sait que la France s’est faite avec une série de ce qu’elle appelle pudiquement des “rattachements”. La Lorraine a été rattachée, la Savoie a été rattachée, la Provence a été rattachée. Tout a été rattaché. (…)
Pour moi, parler des racines chrétiennes de l’Europe, c’est vraiment… Nous sommes dans les lieux communs. Est-ce qu’on va apprendre à un maghrébin qu’il a des racines chrétiennes parce que la France en a décidé ainsi ? Quand même ! Où sommes-nous ? En France, il y a 5 millions de musulmans !  Comment vont-ils se reconnaître dans ce genre de truc ? Et tout ceux qui viennent de l ‘Afrique, et qui sont Français, qu’est-ce qu’ils ont à faire de cela ? Si on ne diversifie pas, si on ne complexifie pas l’histoire de France, alors nous sommes morts.

(…) Sans l’immigration, la France ne serait rien. Elle est faite d’immigrés ! Nous sommes tous des immigrés. C’est très important de comprendre ça… La France est faite d’apports multiples. Comme toutes les nations d’Europe. Il est important d’ouvrir l’histoire de l’Europe non pas sur ses racines chrétiennes mais sur la complexité dans laquelle elle s’est faite. Notre richesse c’est ça : une multiplicité de cultures…

Quand ça devient une identité nationale comme celle qui brille au firmament du régime de Sarkozy, et qui est fondée sur rapatrier, renvoyer chez eux tous ces gens qui sont des immigrés, c’est évidemment odieux. C’est odieux à mes yeux. Et c’est odieux quand je vois ces historiens qui nous parlent d’une fracture de l’identité historique, et de la nécessité d’un réarmement moral que l’histoire apporterait. Je n’accepte pas ça. Pour moi, ça sent Vichy. A plein nez ! Ca sent le Vichy qui envoyait… Oui, on peut renvoyer un maghrébin ! C’est pas un juif… Il ne sera pas brûlé, il sera simplement renvoyé, expulsé chez lui, “il a rien a foutre ici” ! Et donc ce ministère qui fonctionne est à mes yeux odieux. On veut faire un cours d’identité nationale ! Qu’est-ce que ça va être ?

Pas d’héritage sans examen critique. On ne peut pas hériter comme ça, ah non ! On a trop hérité. Enfin… qu’est ce que c’est… ? Hériter de quoi ? (écouter le mépris dans la voix). Parce qu’on est né là, dans ce trou là ? Et qu’on a le droit d’être un héritier, qui se prend pour un grand Français, avec toute l’histoire de France derrière lui . Aaah, pas question ! Non !

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Daniel Lefeuvre
La France est une construction historique. La France est une donnée historique, elle s’est construite, et elle est ancienne. La France, c’est quelque chose qui existe et que l’on trouve soit à notre naissance, soit à notre arrivée, dans un espace qui est un territoire, une géographie, avec des paysages, avec des odeurs, avec des coutumes, avec des cultures, avec une langue, et dont les racines plongent dans le Moyen-Age.
On a donc une nation qui s’est constituée historiquement par des rattachements, mais une France qui a déjà une personnalité qui va bien au delà de l’ile-de-France, dès le Moyen-Age. (D. Lefeuvre cite des exemples)

La plupart des historiens français ont justement travaillé sur cette réalité qu’est l’identité nationale, le sentiment national. Les médiévistes montrent l’ancienneté de ce sentiment national, sa profondeur et que ce n’est pas un sentiment d’appartenance seulement dynastique mais bien un sentiment d’appartenance à une patrie, à une nation. (exemple Philippe Auguste)

On est d’abord tous, au fond, des Français héritiers de l’histoire de France. Aujourd’hui, on conteste l’identité nationale. Certains qui la contestent en même temps se réclament du mouvement anti-colonial. Mais sur quoi les mouvement d’indépendance se sont-ils fondés, si ce n’est sur l’identité nationale ? Sur quoi le FLN a-t-il fondé sa légitimité historique, sinon pour dire qu’il y a un peuple algérien, une langue, une nation et une religion ? Il y a donc bien eu un récit national, une identité nationale…

Et alors c’est extraordinaire, il y a d’un coté ce qui serait légitime quand il s’agit des anciens territoires colonisés, dont on aurait au fond écrasé l’identité nationale, et qui l’auraient libéré grâce aux indépendances. Donc, toutes les identités nationales sont justifiées, il y en a UNE qui n’aurait pas droit de cité, c’est l’identité française. Ca pose quand même un problème !

source de la transcription

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Saint-Malo

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lundi 20 avril 2009

"leurre" et artifice de pensée chez Esther Benbassa

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tout le monde sait que l'identité de la France est une construction,
cela ne lui en donne pas moins une réalité et une certaine homogénéité



"leurre" et artifice de pensée :

l'identité nationale chez Esther Benbassa

Michel RENARD

Esther Benbassa n'aime pas les républicains "orthodoxes" - en réalité les républicains tout court. Elle fait l'éloge de la France "multiculturelle". Et tire à boulets rouges sur "l'identité nationale". Esther Benbassa écrit donc souvent dans Le Monde.

Comme ce 17 avril 2009 dans un article dont je retiens ceci : "L'«identité nationale» n'est qu'un leurre, puisque l'identité de la France est plurielle. Aucun musée de l'histoire de France et aucun ministère de l'identité nationale n'y pourront rien." (source)

La France "plurielle" comme la "diversité", sont des formules employées à tort et à travers. Et qui dispensent de toute réflexion rigoureuse. On le voit ici. Car enfin, que l'identité nationale soit "singulière" ou "plurielle", elle n'en reste pas moins une identité...! Par quel artifice de pensée peut-on qualifier de "leurre" l'identité d'un pays au motif de son hétérogénéité postulée ? Par quel vice de raisonnement une diversité de cultures à l'intérieur d'un même pays interdirait-elle une identité nationale qui le définit cependant comme différent d'autres pays ?


qu'est-ce qu'un pays multiculturel ?

Que l'identité française soit le résultat d'un processus historique où interviennent des ingrédients divers, est un pont aux ânes. Tout le monde sait cela. Qu'il faille en inférer que notre pays soit multiculturel, ce n'est pas sûr. Qu'on nous dise d'abord ce qu'est un pays monoculturel et à partir de quand il devient multiculturel. On y verra plus clair ensuite.

Ne serait-ce pas avant tout une question d'échelle ? L'usage croissant de langues autres que la langue nationale, dans le milieu familial ou dans le cadre d'activités culturelles ou religieuses, ne suffit pas à dire qu'une population est multiculturelle. Parce que l'idiome qui rassemble est la langue française, véritable système culturel.

L'observance plus nombreuse de l'islam en France ne rend pas la société multiculturelle. Pourquoi ? Parce que les musulmans de France sont, pour l'essentiel, de culture française (je ne parle pas des organisations musulmanes plus ou moins fondamentalistes ou islamistes qui dominent, il est vrai, le panorama militant). Si la langue rituelle des musulmans de France est l'arabe, la langue de l'intelligibilité de l'islam est la langue française. C'est bien cela qui agace profondément les islamistes, d'où les stratégies de disqualification de l'école à partir de la guerre du voile.

La francité qui permet de parler d'identité nationale n'épuise pas le stock de références identitaires mineures (pas au sens qualitatif de ce terme, mais au sens quantitatif). L'attachement aux traditions régionales, qui étaient autant de sous-cultures, dans la France des deux derniers siècles, n'a jamais fait parler de multiculturalité. Tout simplement parce qu'il existe un sentiment d'identité nationale qui subsume le tout.

Michel Renard

- voir le débat dans Le Monde : cliquer ici

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Esther Benbassa, directrice d'études
à l'École pratique des hautes études (EPHE)


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