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23 novembre 2009

suppression de l'Histoire-Géo en Terminale "S"...!!!

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il y a combien de gouvernements

au gouvernement...?

la suppression de l'Histoire-Géo en Terminale "S" est inadmissible !


Luc Chatel appartient-il au même gouvernement que le ministre Éric Besson...? On ne peut se préoccuper d'identité nationale en excluant la moitié (52% exactement) des lycéens de Terminale de l'enseignement de l'histoire. Politique de gribouille.9782218930669

Tous les gouvernements, de droite ou de gauche, s'en sont pris, d'une manière ou d'une autre à ces disciplines. Et l'on viendra se plaindre de l'abaissement du sens civique, de la crise de la représentation politique... Arrêtez ! À qui peut-on se fier désormais ? N'y a-t-il donc plus aucune volonté républicaine un peu ferme en France ?

Veut-on donner raison à Tocqueville qui voyait dans l'horizon démocratique : «une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leurs âmes». C'est la fonction de la République que de forger des citoyens conscients et éclairés, l'enseignement de l'histoire en est l'un des ressorts.

Michel Renard


liens

- Jacques Sapir, économiste, professeur à l'EHESS, dans Marianne.fr


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20 novembre 2009

Lévi-Strauss : l'identité nationale contre l'uniformisation


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L'ethnologue et la nation


Christian RIOUX (Québec)

Lorsqu'on l'interrogea un jour sur le port du voile islamique en France, Claude Lévi-Strauss se contenta de répondre en souriant : «Pour moi, il s'agit tout simplement d'une impolitesse.»

Avouons qu'il avait le sens de la formule, cet ethnologue qui haïssait tant les voyages et les explorateurs. C'était vrai à l'époque où il écrivit Triste tropique, mais c'était encore aussi vrai peu avant sa mort. Ces mots, qui auraient pu être mal interprétés, Claude Lévi-Strauss les avait confiés à l'éditorialiste du Nouvel Observateur, Jean Daniel, avec qui il avait eu plusieurs entretiens.

La formule peut paraître choquante dans nos sociétés gouvernées par une aristocratie d'avocats où tout se mesure à l'aune des droits individuels. N'importe quel ministre qui oserait une telle provocation se retrouverait aussitôt avec une plainte à la Commission des droits de la personne. Mais Claude Lévi-Strauss avait une vision de l'homme qui dépassait sa seule personnalité juridique.

Jusqu'à sa mort, il y a deux semaines, ce vieillard centenaire faisait encore partie de ces fous qui tentèrent tant bien que mal de saisir l'homme dans sa totalité. Pour lui, la réalité du droit ne pouvait pas effacer l'être culturel et social que l'homme est d'abord et avant tout. Mais, surtout, il estimait que les sociétés et les nations avaient le droit de préserver leur identité, leur culture et leur manière de vivre. Toutes choses qu'il respectait plus que tout.



le métissage menace les hommes d'uniformisation

Lorsqu'il avait vécu chez les Bororos et les Nambikwaras d'Amazonie, Claude Lévi-Strauss s'était plié de bonne grâce aux coutumes de ses hôtes. Coutumes dont il nous révéla justement toute la complexité et la richesse. Il n'en attendait donc pas moins de ceux qu'il accueillait chez lui.

Interrogé dans un documentaire sur les raisons qui l'avaient amené à accepter d'entrer à l'Académie française, il avait répondu quelque chose du genre : «Comment pourrais-je défendre les coutumes des tribus les plus reculées de la planète et ne pas communier à celles de ma propre société ?» Ce disciple de Rousseau et de Montaigne avait donc revêtu l'habit vert par respect pour tout ce qui fait la culture française, à laquelle il attachait autant d'importance qu'aux mythes et aux traditions des tribus primitives.

Les plus jeunes ne savent peut-être pas que cet homme fut celui qui formula la critique la plus radicale et la plus définitive du colonialisme. Après la Seconde Guerre mondiale, c'est à lui que l'UNESCO fit appel pour prononcer une série de conférences dans lesquelles, en 1952, il démonta les mécanismes fallacieux selon lesquels une culture pouvait prétendre à la supériorité sur une autre.

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Mais la réflexion de Lévi-Strauss ne devait pas s'arrêter là. En 1971, il revint à l'UNESCO prononcer un autre discours qui devait en choquer plusieurs. D'aucuns préférèrent oublier ce second Lévi-Strauss qui voyait d'un mauvais oeil un certain métissage qui menaçait les hommes d'uniformisation.

S'inquiétant de la mondialisation avant la lettre, il avait même défendu le droit des cultures de résister à ce que d'aucuns nomment le progrès. Il allait jusqu'à reconnaître le droit des peuples à une certaine «surdité» face à l'autre afin de préserver leur identité. Ce second Lévi-Strauss n'était pourtant que la suite du premier.

Dans les années qui suivirent, il comprit que la mondialisation ne menaçait pas que les Nambikwaras. C'est pourquoi, comme le rappelait Jean Daniel récemment, il n'hésita pas à soutenir les propos de l'ancien président François Mitterrand, qui avait affirmé que toutes les populations avaient un certain «seuil de tolérance» à l'égard de l'immigration. Ce seuil lui importait non pas parce qu'il rejetait l'autre, mais au contraire parce qu'il souhaitait l'accueillir avec tous les égards nécessaires.

Lévi-Strauss croyait dans l'identité nationale comme rempart à l'uniformisation. Il ne communiait pas le moins du monde à ce cosmopolitisme prétentieux que pratique une certaine gauche déracinée pas plus qu'à l'idéologie néolibérale d'une droite pour qui le monde est un marché.

Ce serait beaucoup dire qu'il connaissait le Québec. Mais il y était venu pendant la guerre alors qu'il était réfugié à New York. Il avait alors été invité par le directeur du Jardin botanique de Montréal, Jacques Rousseau, un spécialiste des Montagnais. Certains de ses anciens disciples se sont d'ailleurs installés chez nous, où ils ont fait de brillantes carrières.


chaque peuple a un capital de croyances

Lors d'un bref entretien qu'il avait eu la gentillesse de m'accorder il y a une dizaine d'années, il avait affirmé : «Je trouverais navrant que le Québec se fonde dans une sorte de culture moyenne nord-américaine. Une langue, c'est un monument qui est aussi, sinon plus, respectable qu'un monument de pierre. Chaque culture représente un capital de richesse humaine considérable. Chaque peuple a un capital de croyances et d'institutions qui représente dans l'ensemble de l'humanité une expérience irremplaçable.»

Si les Québécois ont quelque chose à retenir de Claude Lévi-Strauss, c'est qu'ils n'ont nullement à avoir honte de ce qu'ils sont et que tout ce qu'ils font pour préserver leur identité dans le respect des autres est un apport à l'humanité tout entière.

Christian Rioux
Le Devoir, journal québecois
20 novembre 2009



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19 novembre 2009

ignorance de l'histoire

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quand un politologue fait l'impasse

sur l'histoire

Michel RENARD

Jean-François Bayart (photo ci-dessus), qui est tout de même directeur de recherche au CNRS, a été interviewé dans Le Monde daté du 6 novembre dernier, à propos de l'identité nationale. Ses propos sont consternants . Quelques critiques

- Jean-François Bayart : "Il est dangereux de voir le pouvoir politique s'emparer ex cathedra de la définition de l'appartenance, de l'identité nationale".
- critique : …?? ce n'est pas le cas. Le ministère d'Éric Besson n'a imposé aucune définition, il a lancé un débat. C'est tout. Il y a de l'abus à toujours jouer de cette vision policière du politique, de la suspicion adossée au fantasme d'un État totalitaire manipulant les esprits. Bayart nous prend pour qui ? Nous ne sommes pas dans l'Allemagne de 1938 ni dans la Russie stalinienne.

- Jean-François Bayart : "Les identités n'existent pas. Il n'y a pas d'identité française mais des processus d'identification contradictoires qui définissent la géométrie variable de l'appartenance nationale et citoyenne".
- critique : Phrase creuse. Il n'y a pas d'identités mais des processus d'identification… on joue sur les mots…! Bayart s'invente un épouvantail – que personne ne brandit – pour le combattre facilement : l'identité naturelle, à laquelle il oppose, évidemment, les constructions historiques d'identité. Qu'on me cite un seul auteur parlant d'identité "naturelle"…

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village néolithique du Jura : "pour l'essentiel, les jeux biologiques sont déjà
conclus à la fin du Néolithique" (Braudel, "Lidentité de la France")

- Jean-François Bayart : "La France s'est constituée de cette manière par vagues successives de mouvements humains".
- critique : Il ne faut pas exagérer… On a l'impression du hall de la gare Saint-Lazare aux heures de pointe…! La France n'a jamais été "envahie" par des "vagues" massives recouvrant le substrat antérieur. Tous les historiens sérieux le savent mais nombre de politologues, d'anthropologues et de sociologues ignorent proprement les données historiques les plus élémentaires…!

Par exemple la Gaule qui comptait probablement de 8 à 10 millions d'habitants, n'a pas été submergée par les Romains au terme d'une rupture de civilisation et de population. Christian Goudineau, professeur au Collège de France, s'insurge contre cette vision : "je me bats pour montrer que ce n'est pas du tout comme ça que les choses se sont passées ! Je conteste l'idée de rupture. Si la romanisation a marché, c'est parce que le monde gaulois y était prêt. Il s'était déjà rapproché du monde méditerranéen, contrairement à ce qu'on nous raconte la plupart du temps. L'idée d'une Gaule farouche, résistante, sans lien avec les Romains qui surgiraient tout d'un coup avec à leur tête le vilain César, est totalement fausse." (source)
Rappelons que le total de l'armée romaine, pour garder toutes les frontières, est de 350-000 soldats, pas plus… Rome a organisé sa conquête avec quelques centaines de fonctionnaires civils.

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De même les "grandes invasions du Ve siècle n'ont pas mis en mouvements des millions d'individus. Les Germains n'ont été que quelques dizaines de milliers, les Wisigoths qui s'installent entre Bordeaux et Narbonne par le traité de 416, sont 100 000 au maximum.

Dans l'empire de Charlemagne et de ses successeurs, avec ses 15 à 18 millions d'habitants, les Normands, Sarrasins et Magyars infligèrent des destructions, imposèrent des rançons mais ne modifièrent en aucun cas les composantes démographiques massives de la population.
"Les contemporains ont surestimé l'importance numérique des armées scandinaves ; leurs évaluations n'ont aucune valeur statistique ; elles ne témoignent pas d'un ordre de grandeur véritable mais d'un véritable choc mental, qui, lui, était réel" (Albert d'Haenens, Les invasions normandes, une catastrophe ?, Flammarion, 1970, p. 103).
Quant au mobile des raids : "La grande affaire des agresseurs n'était donc pas la guerre ou l'occupation du sol, mais bien la quête de numéraire et de butin aux dépens d'un continent riche, mal défendu et facile à exploiter. Ils débarquaient pour faire fortune et s'en retournaient fortune faite. Voilà la seule grille qui se dégage avec constance de leurs comportements" (ibid. p. 31). Finalement, lorsque certains des Normands se sédentarisèrent, après la défaite de leur chef Rollon en 911, reconnu pourtant duc de Neustrie, ils furent rapidement christianisés et romanisés.

Les "envahisseurs ont surtout fait sentir des ondes de choc sur la Gaule : ils n'ont pas réellement investi son territoire pour le transformer en un manteau d'Arlequin comme l'Italie, ou en un double bloc orienté nord-sud comme en Espagne. À défaut de continuité politique, il y a une certaine stabilité globale de l'espace géographique franc" (Michel Banniard, Le haut Moyen-Âge occidental, 1980, p. 25).


il n'y a jamais eu de "vagues successives de mouvements
humains"... ni en Gaule ni en France


Ensuite, il n'y a plus d'«invasions»… Il faut cesser de mythifier sur le brassage de populations de la Gaule romaine, franque puis capétienne. Les "vagues successives de mouvements humains", dont parle Jean-François Bayart, n'ont jamais existé… Sans parler de "pureté" ethnique qui ne veut rien dire, c'est plutôt la stabilité du fonds de population qui caractérise la France.

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C'est d'ailleurs le constat que dresse Fernand Braudel dans L'identité de la France (1986) : "pour l'essentiel, les jeux biologiques sont déjà conclus à la fin du Néolithique. Les invasions qui suivront, et notamment celle des Celtes – si nombreuse et violente qu'on l'imagine et si puissant qu'ait été son impact culturel -, se perdront peu à peu dans la masse des populations déjà installées, soumises, rejetées parfois de leurs terres, mais qui resurgiront, s'étaleront, prospéreront à nouveau. Le nombre conserve sans doute. N'en sera-t-il pas de même vis-à-vis des Romains ? Et non moins face aux invasions barbares du Ve siècle, ou aux immigrés trop nombreux qui inquiètent la France actuelle ? Ce qui compte c'est la masse, la majorité en place. Tout s'y perd à la longue" (p. 444-445, éd. Le Grand livre du mois).
Que répondre à cela ? Que Braudel, comme certains l'ont dit à propos de Lévi-Strauss, est raciste…?

- Jean-François Bayart : "Quand le politique cherche à s'emparer du social, et singulièrement de l'identitaire, le totalitarisme n'est jamais loin".
- critique : Si l'œuvre scientifique de Bayart est à l'aune de cette proposition, il y a de quoi s'alarmer…! Le politique ne cherche pas à s'emparer de l'identitaire, il fait en discuter des millions de Français. N'est-ce pas un débat "citoyen" comme on disait il y a quelque temps en se gargarisant du mot ?


un "imaginaire national" mais pas d'identité nationale...?

- Jean-François Bayart : "(…) la volonté de rupture de Nicolas Sarkozy. Celle-ci remet en cause des fondamentaux du pacte social français, comme le service public, élément constitutif de l'imaginaire national français".
- critique: Alors comme cela, il y a un "imaginaire national français" mais pas d'identité nationale française… C'est une affirmation cohérente ça ? De quoi relève l'imaginaire si ce n'est de l'identité ?

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identité française ? oui, sans conteste...

- Jean-François Bayart : "Le génie de la République française a effectivement été le droit du sol. Il était facile de devenir Français".
- critique : Le génie de la République française n'a pas été seulement le droit sol mais l'assimilation, c'est-à-dire la volonté délibérée de faire des arrivants des Français. Et il n'était pas "facile" de devenir Français. Mais l'objectif en était au moins affirmé, et mis en oeuvre. Aujourd'hui, cette politique d'assimilation est regardée de travers au prétexte d'un relativisme culturel outrancier qui ne voit de bon que dans la culture des autres et plus dans la sienne propre…

- Jean-François Bayart : "les identités, ce sont ce que nous en faisons socialement, politiquement et empiriquement, au jour le jour".
- critique : Quelle illusion… Les identités, ce sont d'abord des héritages, on s'arrange avec eux bien sûr… mais on ne les refait pas au jour le jour…! Pourquoi les politologues en arrivent à nier le passé, le poids de l'histoire…? à faire croire que la page est toujours blanche ?

- Jean-François Bayart : "Je croyais avoir lu au lycée que le maréchal Pétain avait reçu les pleins pouvoirs par un vote de la représentation nationale…"
- critique : "Je croyais"… eh oui, quand on a pour bagage historique que de vagues souvenirs de lycée… on commet des erreurs. Ce n'est pas "la" représentation nationale qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain mais une partie d'entre elle, même si elle a été majoritaire : 569 députés et sénateurs pour, 20 abstentions et 80 contre ; il manquait, de plus, les 26 députés (dont Jean, Mendès-France, Daladier, Georges Mandel, Delbos, Diouf...) et un sénateur partis vers l'Afrique du Nord sur le Massilia ainsi que les députés communistes exclus à la suite du pacte germano-soviétique.

Michel Renard
19 novembre 2009

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9 novembre 2009

émission "Toutes les France" sur France 0

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l'identité nationale en débat

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Michel Giraud (sociologue, université des Antilles et de la Guyane),
Vincent Cespedes (professeur de philosophie), Michel Renard (professeur d'histoire,
co-auteur de "Faut-il avoir honte de l'identité nationale ?", Larousse, 2008),
Yvan Rioufol (journaliste au "Figaro" et auteur de plusieurs livres, dont "La fracture identitaire")



À gauche, ceux qui vont dire que le débat sur l'identité nationale est une manoeuvre politique qui fait le jeu du Front national (...!) ; à droite, ceux qui pensent que débattre de l'identité nationale est une nécessité face aux menaces du communautarisme, aux dangers de l'européanisation, à la régression scolaire, à la ghettoïsation des banlieues, aux pressions de l'islamisme et du fondamentalisme qui récusent la laïcité...

_________________________________________________


L'émission a été enregistrée le 9 novembre mais n'a pas encore été diffusée... La date de diffusion sera prochainement annoncée (un jour du lundi au jeudi, à 22 h 30 avec rediff le lendemain à midi) ; ensuite elle sera en vidéo intégrale sur le site internet de "France O"... : http://toutes-les-france.rfo.fr/index-fr.php?page=accueil


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photos : Pierre Renard

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4 novembre 2009

Lévi-Strauss contre le "mélange" des cultures

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Les cultures doivent résister

à l'uniformisation et au métissage


Dans ses "carnets libres" - quelle prétention ces "carnets libres"...! pourquoi, les autres n'écrivent pas librement peut-être...? - Edwy Plenel cite ce matin Claude Lévi-Strauss :

"«J'ai connu une époque où l'identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les États. On sait quels désastres en résultèrent.» Claude Lévi-Strauss a prononcé cette phrase à Paris, en 2005, quand commençait déjà à prendre forme la détestable régression nationale que signifie et personnifie le sarkozysme".

Magnifique anachronisme...! Quand Lévi-Strauss parle de l'identité nationale, dans ce contexte, il évoque les nationalismes expansionnistes de l'entre-deux guerres, tel celui de l'Allemagne hitlérienne. En aucun cas l'identité nationale comme vecteur d'une identité culturelle.

Engager Lévi-Strauss dans le combat contre la thématique de "l'identité nationale" au nom de son invitation "à vivre ensemble par le respect des ailleurs et du divers qui nous entourent" (Edwy Plenel), c'est faire totalement fausse route.

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L'ethnologue, au contraire, a toujours pris ses distances avec une vision irénique du métissage et du contact des cultures. Le contact, oui. Le mélange, non :

"C'est la différence des cultures qui rend leur rencontre féconde. Or ce jeu en commun entraîne leur uniformisation progressive : les bénéfices que les cultures retirent de ces contacts proviennent largement de leurs écarts qualitatifs ; mais au cours de ces échanges, ces écarts diminuent jusqu'à s'abolir.
N'est-ce pas ce à quoi nous assistons aujourd'hui ? Soit dit en passant, cette idée que, dans leur évolution, les cultures tendent vers une entropie croissante qui résulte de leur mélange (...) vient en droite ligne de Gobineau, dénoncé par ailleurs comme un père du racisme. Ce qui montre bien le désordre qui règne actuellement dans les esprits. (...)
Que conclure de tout cela, sinon qu'il est souhaitable que les cultures se maintiennent diverses, ou qu'elles se renouvellent dans la diversité ?
Seulement il faut consentir à en payer le prix : à savoir, que des cultures attachées chacune à un style de vie, à un système de valeurs, veillent sur leurs particularismes ; et que cette disposition est saine, nullement - comme on voudrait nous le faire croire - pathologique.
Chaque culture se développe grâce à ses échanges avec d'autres cultures. Mais il faut que chacune y mette une certaine résistance, sinon, très vite, elle n'aurait plus rien qui lui appartienne en propre à échanger. L'absence et l'excès de communication ont l'un et l'autre leur danger."

Claude Lévi-Strauss, De près et de loin, éd. Odile Jacob, 1988, p. 206-207.


Pauvre Edwy Plenel...

Michel Renard

- texte (allégé) envoyé sur le forum du Figaro (blog d'Yves Thréard)

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31 octobre 2009

"citoyen du monde", cela ne veut rien dire

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le pathos de l'identité "internationale"

Michel Renard

 

- texte de Taous sur le site du NPA (Besancenot) :

Je souhaite juste apporter mon ressenti quand à cette idée électoraliste, teintée de
xénophobie, qu'est le débat sur l'identité nationale.
La seule identité est pour moi l'espèce humaine.
Je suis née, sous le joug de l'occupation française, sur les
hauteurs d'Alger... J'ai grandi auprès d'un père qui chantait la
Marseillaise pour ne pas s'endormir au volant en sillonnant les routes
de l'Algérie, la Tunisie, le Maroc.
J'ai foulé pour la première fois la France alors que je
n'étais qu'une adolescente boutonneuse. Une petite escale de quelques
jours pour rejoindre la Suisse.
Le hasard d'un itinéraire de vie sinueux à fait que je me
retrouve habitant Nancy en France alors que mes boutons venaient juste
de sécher...
Il y a de cela déjà 27 ans.
J'ai 3 enfants (il et elles ont une carte d'identité française).
Malgré mes engagements citoyens, je n'ai pas opté pour la
nationalité française, et si je pouvais être déchue de ma nationalité
d'origine, j'en serais ravie.
Je ne me reconnais point dans cette notion de nationalité.
Je hais les drapeaux, identitaires par essence.
J’exècre cette formule "Je suis fière d'être...".
Le matin en écoutant la radio, je me sens palestinienne.
Au travail, je me sens ouvrière, comme tous les ouvriers et les ouvrières du monde entier...
Le soir, en sirotant mon verre de vin accompagné d'un roquefort, je suis française.
Et avant d'aller au lit, en lisant Hermann Hesse, Virginia
Woolf, Sophocle, Frida Kahlo... je me rends compte que je suis
allemande, anglaise, grecque, mexicaine...
Quand j'ai des insomnies, j'écoute Souad Massi, Buena
Vista Social Club, Tinariwen, Calexico...Je suis Algérienne, cubaine,
malienne, américaine...
Alors mon identité c’est tout cela et pas que ça , et tout ce que ne je ne peux citer car ça serait trop long...
Mon identité est tout ce qui me reste encore à remplir
dans la besace de ma vie comme richesse que je découvrirai aux côtés et
avec les autres.
Alors la réduire à une histoire, un drapeau, un hymne,  un "sang"...Je ne peux pas comprendre ni même y adhérer.
Mon identité elle est de toutes les couleurs, de toutes
les formes des nuages, de toutes les tailles des étoiles, de tous les
expressions des sourires, de toutes les traces de larmes, de toutes les
différences de teintes des couchers de soleil, de tous les océans...
Mon identité est INTERNATIONALE.
Taous

_________________________________________

discussion menée sur Facebook à partir du texte de Taous


Ydriss Foretz
Ydriss Foretz aime ça.

Bulent Acar
Bulent Acar

à méditer :)
à 19:37

Michel Renard
Michel Renard
- ahhh oui... à méditer... mais dans quel sens...?
à 19:51

Michel Renard
Michel Renard
- Ydriss, tu approuves vraiment ce texte...?
à 20:06

Ydriss Foretz
Ydriss Foretz

J'adhère complètement à ses principes non-identitaires ! On est avant tout citoyen du monde... Seule la culture peut être une "entrave" à ce concept d'unité du genre humain... (Kant). Pour ma part, j'estime que faire l'amalgame entre identité nationale et culture revient à réfuter le côté positif de l'espèce humaine capable de développer et d'entretenir des moeurs parfois fascinantes (bien sûr ce n'est pas une vérité absolue)... C'est comme confondre la pierre et l'édifice...
Après, pourquoi ne pas cultiver un mythe du terrien, une identité planétaire ?

à 20:09

Michel Renard
Michel Renard
- je vais te répondre Ydriss... mais alors, il faut que tu m'envoies une critique cinglante de mon livre, parce que ce je ne pense pas du tout comme Taous...!
à 21:21

Michel Renard
Michel Renard

- Ydriss, mon ancien élève, mon ami :

1) tu adhères à ces principes non-identitaires mais tu te revendiques d'une identité planétaire… alors identité ou pas identité ?

2) "citoyen du monde", cela n'existe pas : aucune citoyenneté mondiale ne s'est jamais affirmée ; la citoyenneté reste liée au monde des cités grecques (Antiquité) ou aux cadres nationaux à l'époque contemporaine de la démocratie : la citoyenneté n'existe aujourd'hui que parce qu'il y a des nations.

3) le concept de genre humain n'est pas une culture. Kant commence par critiquer tout Absolu et par établir la radicale finitude humaine (par rapport au temps et à l'espace) ; "toute conscience est conscience de quelque chose" (Husserl, cité par Luc Ferry dans le sillage kantien). Une culture n'existe que parce qu'elle trouve face à elle une autre culture qui la limite et la définit. L'idée d'une culture mondiale, c'est la fin de la culture.

4) tu as raison, le "terrien" est un mythe ; il n'existe que des hommes "enracinés et solides, fermement plantés dans leur terre" (^^) donc dans des cultures nationales qui sont les seules voies d'accès à l'universalité des cultures.
à 21:24

Bulent Acar
Bulent Acar

L'homme doit se remettre en question à tout instant, donc chaque idée, chaque opinion est bonne à méditer. Ici Taous à une manière un peu utopique de voir. Beaucoup de personnes ne peuvent se détacher de la culture de leur parents, de l'identité nationale qu'il représente... L'homme a besoin de s'associer à un groupe. Et ce groupe pour certains dans "l'exil" ou à "l'étranger", c'est l'origine, la nationalité. Après oui, quand nous nous sentons libre et détaché de toute ces notions de nationalités, pourquoi pas cultiver un mythe du terrien, c'est intéressant.
à 21:27

Michel Renard
Michel Renard

- Bulent, à propos du texte de Taous :

1) le sentiment de solidarité internationaliste ne fait pas une identité internationaliste qui, par définition, n'existe pas ; et ce genre de proclamation me semble un peu gratuite... on peut dire qu'on est "camarade" avec les ouvriers de Soweto, mais quant à vivre comme eux ou avec eux...!! il y a de la marge...

2) "la seule identité est l'espèce humaine"… cela ne veut rien dire du tout… chacun sait qu'il existe des identités, nationales ou autres ; la négation de ces réalités culturelles et symboliques c'est la marche vers l'uniformité des nouveaux esclaves robotisés de la mondialisation.

3) Et pourquoi cette Taous se sent-elle palestinienne ? plus qu'israélienne… ? si elle est "internationale" comme elle le prétend… Les Israéliens ne font-ils pas partie de l'internationale du genre humain…?

4) Lire des romans d'auteurs étrangers ne fait pas d'elle un élément de la patrie de ces écrivains ; d'ailleurs c'est une langue précise – en l'occurrence le français – qui lui donne accès à cette culture universelle ; il n'y a d'accès à l'universel que particulier.
Il en va de même de la musique. J'adore et j'ai écouté pendant des années de la musique arabe, algérienne, kabyle : je n'en suis pour autant ni arabe, ni algérien, ni kabyle…

Tout cela est un pathos de bons sentiments d'une mièvrerie effarante…

à 21:30

Bulent Acar
Bulent Acar

Monsieur, vous avez raison sur les 4 points que vous avez développés.
Mas je pense qu'il faut essayer de comprendre Taous. Pourquoi s'exprime t-elle ainsi ? Peut être que finalement la position qu'elle adopte ici sera la solution de toutes les formes de nationalismes. On sent dans ces propos un ras-le-bol, et dans le monde auquel on vit on peut consentir son ras-le-bol. Je vais être hs peut être, mais regardez. L'européen accepte que le roumain du coin vive une vie de misérable et ça chez lui, il a accepter de voir des milliers de personnes et surtout d'enfants mourir de faim. Aujourd'hui, pour des intérêts quelconque, on accepte, on crée la guerre là où on peut tirer du bénéfice. Franchement parfois ça donne envie de tout casser.

Et en tant que jeunes, on doit faire l'effort nécessaire pour changer le cours des choses. Peut être que Taous s'est mal exprimer, mais dans le message on peut y voir de la paix et de l'amour. Ce qu'il nous manque cruellement pour se lever et dire enfin STOP à la réalité de notre vieux monde égoïste.

J'espère que je me suis fait comprendre.

à 22:04

Michel Renard
Michel Renard

- oui, je te comprends Bulent.
Peut-être qu'un jour Taous aura-t-elle raison... j'espère de ne pas appartenir alors à un tel monde...
Mais Taous nage en pleine contradictions.
Elle dit "haïr" les drapeaux mais brandit le drapeau rouge dans les manifestations. Elle dit "exécrer" la formule "fière d'être" mais se sent fière d'être révolutionnaire internationaliste. Elle ne veut pas réduire son identité à un hymne, mais elle chante l'Internationale.
Taous ne fait que décliner un vieux refrain, celui d'un révolutionnarisme qui ferait fi des réalités culturelles du monde en les rabattant sur des formes d'aliénation liées au monde capitaliste... C'est d'un dogmatisme...!
Le trotsko-marxisme n'a jamais rien compris à la densité culturelle de l'histoire, aux enracinements anthropologiques et symboliques qui ne doivent rien au capitalisme mais à la complexité de la vie sociale qui ne se réduit pas aux "rapports de classe" ni au déterminisme économique...
Alors, son discours n'est qu'une posture, une auto-intoxication à laquelle, au fond d'elle-même, je suis sûr qu'elle ne se conforme pas.

à 22:34

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27 octobre 2009

pas réservé à la droite

gm

     

Michel Onfray :


"Le débat de l'identité nationale


n'est pas


réservé à la droite"


Michel Onfray, philosophe. (AFP)

Michel Onfray, philosophe. (AFP) 

Le prochain débat annoncé par le gouvernement sera celui de l'identité nationale. L'identité française. Que l'on retrouve aujourd'hui dans l'intitulé d'un ministère. La création du ministère de l'immigration et de l'identité nationale était une des promesses de campagne de Nicolas Sarkozy. En 2007, le candidat déclarait: "Parler de l'identité nationale ne me fait pas peur", même si "pour certains c'est un gros mot. (...) Je ne veux pas laisser le monopole de la nation à l'extrême droite. Je veux parler de la nation française parce que je n'accepte pas l'image qu'en donne Jean-Marie Le Pen." Le ministère a finalement été créé le 18 mai 2007 dès le premier gouvernement Fillon sous l'intitulé complet de "ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire". L'identité nationale, une affaire politique ou philosophique ? En réclamant le débat, Eric Besson a suscité un tollé dans l'opposition qui y a vu un thème emprunté à l'extrême droite. Pour le philosophe et écrivain Michel Onfray c'est au contraire une bonne occasion de se réapproprier le débat et de dire que l'identité nationale "est une certaine conception de la République qui fait preuve d'ouverture et de solidarité".

Nouvelobs.com : Existe-t-il une identité nationale française ?
- Michel Onfray : Oui, cela me parait évident. C'est l'histoire de la France. C'est un enjeu de société, c'est un enjeu d'histoire, c'est un enjeu politique aussi. Je trouve cela très bien de prendre la balle au bond et de montrer qu'il y a des définitions différentes et divergentes de l'identité nationale. Pour moi, il y a deux façons de concevoir l'identité. Celle de l'identité du sang, de la race et l'autre de la raison et de l'intelligence. Donc je trouve très bien de dire ce qu'est la France et comment elle fonctionne. Et ce n'est pas parce que la droite et l'extrême-droite ont défini une certaine idée de l'identité de la France, qu'il faut leur laisser dire. C'est une bonne occasion de dire que la France c'est la Révolution française, c'est une certaine conception de la République qui fait preuve d'ouverture, de solidarité et de fraternité.

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Que reste-t-il de cette identité nationale aujourd'hui ?
- Je crois qu'elle est mal en point parce que justement nous avons laissé cette question-là à la droite et à l'extrême-droite. Et que la gauche considère que le simple fait de parler d'"identité nationale", cela revient à utiliser le langage de l'extrême-droite. Ce qui n'est pas vrai. Quand l'Abbé Grégoire, par exemple, réfléchit au statut des Juifs dans la France lors de la révolution française, ce n'est pas un travail de droite. C'est plutôt un travail de gauche. Si on refuse le débat, il n'y aura de définition que celle de l'extrême-droite, c'est-à-dire la définition raciale.

L'État a-t-il un rôle à jouer dans la construction de l'identité nationale ?
- Non, je ne crois pas que ce soit à l'État de participer à la construction de l'identité nationale. C'est aux partis politiques, aux citoyens, aux philosophes, aux sociologues de faire un grand débat. L'État peut offrir des structures symboliques, comme la Sorbonne ou le Collège de France pour accueillir toutes les idées. Et faire se rencontrer des personnes qui ont leur définition de l'identité nationale. Moi, je suis preneur du débat pour montrer qu'il n'est pas le domaine réservé de la droite.

Peut-on encadrer l'identité nationale ?
- Cela dépend de la conception qu'on a de l'identité nationale et des personnes qui sont au pouvoir. Si vous êtes au pouvoir et que vous avez une conception de l'identité nationale qui est raciale, voire raciste, cela ne produira pas le même type d'effet que si vous êtes au pouvoir avec la conception de l'identité nationale héritée des Lumières. Si Éric Besson veut un débat, je trouve qu'il a raison. Maintenant s'il veut un débat de manière populiste en allant chercher ce qu'il a de plus bas chez les gens en secouant le racisme qui dort en nous souvent, effectivement cela va être problématique. S'il s'agit de prendre le peuple à témoin pour une définition de l'identité nationale, on ne va pas produire quelque chose de bien intelligent. Il ne s'agit pas de dire "regardez vos viscères et dites nous ce que vous en pensez".

interview de Michel Onfray par Sarah Diffalah
mardi 27 octobre 2009 - source

NOUVELOBS.COM | 29.10.2009 | 15:26

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Louis IX, saint-Louis

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17 octobre 2009

Jean-François Copé : "La nation se fissure en silence"

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renouveler

le thème de l'identité nationale

Jean-François Copé


(...) le premier défi, celui qui sera le plus structurant, c'est la question de l'identité française. La nation se fissure en silence parce qu'il n'y a pas de discours sur l'identité. Ce thème, tel qu'il avait été traité en 2007, doit être profondément renouvelé et retravaillé.

Parce que le FN pourrait se le réapproprier ?
Il s'en est nourri, car, depuis vingt ou trente ans, nous avons commis collectivement l'erreur de ne pas expliquer ce que cela veut dire être français aujourd'hui. On a eu peur. On a nié l'évolution sociologique de notre population, sur le plan de sa composition, de ses origines, de ses pratiques religieuses, de ses modes de vie. Pendant ce temps, la société française a continué à bouger et à se développer sans repères.
La population issue de l'immigration de la seconde moitié du XXe siècle, qui en est maintenant à sa troisième génération, n'a toujours pas reçu les codes d'accès. Cela a conduit à un malentendu croissant au sein d'une population composée de gens qui sont tous français mais qui, parce qu'ils n'ont pas eu les repères nécessaires, ne se parlent pas, ne s'écoutent pas, ne se respectent pas. L'insuffisance du dialogue interreligieux en est un exemple.

Il existe depuis 2007 un ministère de l'intégration et de l'identité nationale. Il a échoué ?
C'est l'échec de trente années de politiques en ce domaine.

Comment réussir l'intégration ?
Il faut que l'on positive le fait d'être une population aussi diverse que l'est devenue la nôtre, qu'on le vive comme une chance. Que l'on arrête de vouloir faire croire à nos enfants que nos ancêtres étaient tous des Gaulois. Ce qui compte, c'est que chaque Français, quelles que soient sa date d'arrivée en France, son origine ou sa religion, a de la valeur et apporte ce qu'il a de mieux pour notre pays. Un exemple : au lycée, on peut choisir en option de très nombreuses langues, mais il est quasi impossible d'apprendre l'arabe, alors que cela pourrait être un fantastique atout économique. Résultat, ce sont des intégristes dans des caves qui s'en chargent.

Pourquoi réclamez-vous une loi sur le port de la burqa ?
La burqa, ce sont des intégristes qui veulent tester la République. Si on ne fait rien, on va laisser se banaliser un phénomène qui est contraire à nos principes. La réflexion sur l'identité française est indissociable de celle sur la place des femmes dans la société. Avec mes collègues députés, nous prendrons dans les semaines qui viennent des initiatives fortes sur ce sujet, notamment pour favoriser leur promotion dans le monde économique. Notre discours doit être adossé sur deux mots : humanité et rassemblement. Nicolas Sarkozy a une formule pour caractériser les Français : "Ils sont monarchistes et régicides." Il a raison, mais c'est une lecture de la société qui se réfère à 1793. Depuis, il y a eu des vagues d'immigration, et je ne suis pas sûr que 1793 reste pour les Français la référence. (...)

Le Monde, 17 octobre 2009

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commentaire

On approuvera le constat d'une nation qui se fissure, la défaillance (mais pas l'échec total, loin de là...) dans la remise aux immigrés des "codes d'accès", la nécessité d'inculquer des "repères nécessaires". Mais la phrase qui "positive le fait d'être une population aussi diverse" est ambiguë. Et semble inscrire en acquis ce qui était, plus haut, évoqué comme manque... La diversité n'est pas, en soi, positive. Cela dépend de la dynamique entre intégration/assimilation et diversité.

Michel Renard

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Des enfants dans les arbres, film de Bania Medjbar (2009)

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26 mai 2009

endoctrinement ou civisme ?

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endoctrinement fasciste ou civisme

républicain ?


Réponse à "Marmach" (forum l'Express) qui, à propos du retour des symboles républicains, écrit : "C'est inquiétant, bientôt, on fera défiler les enfants au pas. On créera de nouveau chants patriotiques. et les fascistes applaudiront."

Identifier toute éducation aux valeurs d'une société à de l'endoctrinement totalitaire est un abus. Ou alors, il faut en tirer la conclusion, et professer un anarchisme intégral, une autogestion individuelle/communautaire des normes qui n'auront plus rien de sociales. Le résultat, ce sera la jungle et non la vie ensemble des citoyens d'une nation qui se reconnaissent un passé et qui se définissent un destin.

La confusion entre propagande fasciste et civisme républicain est insoutenable. Elle est née, on le sait bien, de la juste aversion pour les régimes de tyrannie (fascismes, soviétisme…) mais aussi des excès de l'individualisme démocratique apparus autour de 1968 et devenus aujourd'hui dominants dans la société en général (idéologie libérale-libertaire) comme à l'école (pédagogies non-directives) [1]. Mais, peut-on imaginer une société sans transmission institutionnelle des valeurs qui la fondent ?

Faire apprendre La Marseillaise à l'école ce n'est pas de la propagande, c'est enseigner l'origine de la démocratie contemporaine, c'est faire réfléchir aux conditions qui permettent aujourd'hui d'en garantir la perpétuation.

Michel Renard, professeur d'histoire,
co-auteur de Faut-il avoir honte de l'identité nationale ?
(Larousse, 2008)


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[1] Les récents programmes pour l'école primaire prescrivent le retour de l'instruction civique : "(les élèves) découvrent les principes de la morale, qui peuvent être présentés sous forme de maximes illustrées et expliquées par le maître au cours de la journée (telles que “La liberté de l’un s’arrête où commence celle d’autrui”, “Ne pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu’il me fasse”, etc.) et prennent conscience des notions de droit et de devoir."

Ce programme ne plaît pas
Ce programme ne plaît pas à ceux qui s'ingénient depuis trente ans à saper la légitimité de l'école qui transmettait des savoirs. Ainsi, un enseignant au lycée catholique Le Rebours à Paris, François Jarraud, reconverti dans l'animation informatique, n'est pas content : "Le retour de l'instruction civique c'est celui de la leçon de morale ou d'institutions. C'est revenir au catéchisme républicain,  à l'obéissance passive, aux formes extérieures du respect. Toutes choses qui sont bonnes sans doute. Mais sont-elles suffisantes ?". Eh bien, si déjà on pouvait s'assurer de cela, ce serait un sacré progrès !

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Jarraud s'entête : "L'instruction civique peut-elle former des citoyens ? Dans L'école est-elle encore le creuset de la démocratie ?, P. Perrenoud s'interroge sur la construction de la citoyenneté. «L'école ne saurait former à la démocratie et au pluralisme par des méthodes autoritaires et sectaires… Elle ne saurait avoir prise sur l'apprentissage de la citoyenneté si elle se borne à quelques cours plus ou moins convaincants sur les droits de l'Homme». C'est par l'apprentissage du débat que les élèves peuvent devenir des citoyens capables d'entrer dans la société moderne".

Que de vice dans ces raisonnements ! Oui, les méthodes "autoritaires et sectaires" ne sont pas de bonnes méthodes. Mais la parole d'autorité est une bonne parole. Surtout quand elle provient d'un adulte qu'une institution (l'université) a formé pour qu'il soit en mesure d'apprendre aux autres.

celui qui "met l'enfant debout"
En bon républicain, je ne vois pas de danger à l'inculcation des valeurs du civisme. Je dis bien "inculcation". C'est-à-dire délivrance d'un enseignement dont la valeur, aux yeus de l'élève, provient du statut de son auteur : l'instituteur, le professeur qui transmet un savoir accumulé et réfléchi par les générations antérieures, vérifié par ses pairs et ouvert à la critique publique le cas échéant. N'était-ce pas la mission de l'instituteur, celui qui "met l'enfant debout" ?

On répondra : "c'est par l'apprentissage du débat que les élèves peuvent devenir des citoyens…" Ah bon…! Et d'où vient la pertinence d'une tel énoncé ? De quoi débattre si, au préalable, on ne dispose pas de références, de connaissances…? Ce n'est plus un débat, c'est une foire d'empoigne féroce où s'affrontent les ego de gamins qui cherchent à crier plus fort que les autres. Et puis, tous n'ont pas envie de débattre... Et c'est leur droit. Les silencieux, les timides, les réservés... sont-il condamnés à ne pas être des citoyens parce qu'il ne leur dit rien de "débattre" dans une salle de classe...?

Un enseignant du primaire de la région de Toulouse, Alain Refalo, dit refuser d'appliquer les programmes qui "constituent une régression sans précédent", selon lui. La vérité, c'est qu'en partisan des pédagogies Freinet, "coopératives" et autres lubies, il ne supporte pas d'avoir à effectuer son métier. Un métier qui œuvre à "instituer l’humanité dans l’homme" comme l'écrivait François Mauriac.

Alain Refalo n'est pas un instituteur qui "résiste" et "refuse d'obéir" comme il s'auto-glorifie sans modestie. C'est tout simplement quelqu'un qui a honte de sa profession et de ses exigences, qui substitue la démagogie à la responsabilité, qui sacrifie les élèves sur l'autel de théories pédagogistes jamais soumises à confrontation ni au moindre bilan.

la négation de la culture
Alain Refalo écrit : "je refuse de m'inscrire dans la logique d'une «Instruction morale et civique» aux relents passéistes. C'est une insulte faite aux enseignants et aux élèves de penser que l'inscription d'une règle de morale au tableau, apprise par cœur par les élèves, fera changer un tant soit peu leur comportement ! Aujourd'hui, plus que jamais nous avons besoin de mettre en place dans nos classes des dispositifs qui offrent aux élèves la possibilité de se connaître, de se rencontrer, d'échanger, de se respecter. (…) La priorité aujourd'hui est d'apprendre aux élèves à se respecter, à réguler positivement les inévitables conflits du quotidien par la parole, la coopération, la médiation. Aujourd'hui, comme hier, en conscience, j'ai fait le choix d'une éducation citoyenne qui permette aux élèves de découvrir leur potentiel créatif et émotionnel au service du mieux vivre ensemble".

Voilà l'horizon de l'école réduit à l'intercommunication de quelques élèves, à l'échange de leur potentiel (?) et de leurs émotions…! Alain Refalo veut enfermer les élèves dans le ghetto de leurs affects respectifs alors que la mission de l'école est de les mettre en rapport avec la culture, avec les humanités en général, avec le patrimoine de savoirs et d'œuvres légué par la civilisation qui nous a précédés.

Les "inévitables conflits du quotidien" doivent d'abord être ordonnés par la Loi, par la règle que l'adulte impose et explique. Et non par cette espèce de psychothérapie déstructurante et inquiétante pour les jeunes élèves. Cette "éducation citoyenne", c'est tout simplement du vent, une énième resucée des pédagogies non-directives qui ont produit ces gamins inattentifs et incapables du moindre effort. La négation de la culture au profit d'un impérialisme de la psychologie et de la communication.

Michel Renard

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garder un objet trouvé, c'est voler

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24 mai 2009

"entre ici Jean Moulin avec ton terrible cortège..."

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discours du transfert des cendres

de Jean Moulin

au Panthéon, 19 décembre 1964

André MALRAUX


"entre ici Jean Moulin avec ton terrible cortège..."

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Jean Moulin avant guerre

- voir la partie finale du discours d'André Malraux


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Monsieur le Président de la République,

Voilà donc plus de vingt ans que Jean Moulin partit, par un temps de décembre sans doute semblable à celui-ci, pour être parachuté sur la terre de Provence, et devenir le chef d'un peuple de la nuit. Sans la cérémonie d'aujourd'hui, combien d'enfants de France sauraient son nom ? Il ne le retrouva lui-même que pour être tué ; et depuis, sont nés seize millions d'enfants...

Puissent les commémorations des deux guerres s'achever aujourd'hui par la résurrection du peuple d'ombres que cet homme anima, qu'il symbolise, et qu'il fait entrer ici comme une humble garde solennelle autour de son corps de mort. Après vingt ans, la Résistance est devenue un monde de limbes où la légende se mêle à l'organisation. Le sentiment profond, organique, millénaire, qui a pris depuis son action légendaire, voici comment je l'ai rencontré.

Dans un village de Corrèze, les Allemands avaient tué des combattants du maquis, et donné ordre au maire de les faire enterrer en secret, à l'aube. Il est d'usage, dans cette région, que chaque femme assiste aux obsèques de tout mort de son village en se tenant sur la tombe de sa propre famille. Nul ne connaissait ces morts, qui étaient des Alsaciens. Quand ils atteignirent le cimetière, portés par nos paysans sous la garde menaçante des mitraillettes allemandes, la nuit qui se retirait comme la mer laissa paraître les femmes noires de Corrèze, immobiles du haut en bas de la montagne, et attendant en silence, chacune sur la tombe des siens, l'ensevelissement des morts français. Ce sentiment qui appelle la légende sans lequel la résistance n'eut jamais existé et qui nous réunit aujourd'hui c'est peut-être simplement l'accent invincible de la fraternité.

Comment organiser cette fraternité pour en faire un combat ? On sait ce que Jean Moulin pensait de la Résistance, au moment où il partit pour Londres : «Il serait fou et criminel de ne pas utiliser, en cas d'action alliée sur le continent, ces troupes prêtes aux sacrifices les plus grands, éparses et anarchiques aujourd'hui, mais pouvant constituer demain une armée cohérente de parachutistes déjà en place, connaissant les lieux, ayant choisi leur adversaire et déterminé leur objectif».

C'était bien l'opinion du général De Gaulle. Néanmoins, lorsque, le 1er janvier 1942, Jean Moulin fut parachuté en France, la Résistance n'était encore qu'un désordre de courage : une presse clandestine, une source d'informations, une conspiration pour rassembler ces troupes qui n'existaient pas encore. Or, ces informations étaient destinées à tel ou tel allié, ces troupes se lèveraient lorsque les Alliés débarqueraient. Certes, les résistants étaient des combattants fidèles aux Alliés. Mais ils voulaient cesser d'être des Français résistants, et devenir la Résistance française.

C'est pourquoi Jean Moulin est allé à Londres. Pas seulement parce que s'y trouvaient des combattants français (qui eussent pu n'être qu'une légion), pas seulement parce qu'une partie de l'empire avait rallié la France libre. S'il venait demander au général De Gaulle de l'argent et des armes, il venait aussi lui demander «une approbation morale, des liaisons fréquentes, rapides et sûres avec lui». Le Général assumait alors le Non du premier jour ; le maintien du combat, quel qu'en fût le lieu, quelle qu'en fût la forme ; enfin, le destin de la France.

La force des appels de juin [1940] tenait moins aux «forces immenses qui n'avaient pas encore donné», qu'à : "Il faut que la France soit présente à la victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur." La France, et non telle légion de combattants français. C'était par la France libre que les résistants de Bir Hakeim se conjuguaient, formaient une France combattante restée au combat. Chaque groupe de résistants pouvait se légitimer par l'allié qui l'armait et le soutenait, voire par son seul courage ; le général de Gaulle seul pouvait appeler les mouvements de Résistance à l'union entre eux et avec tous les autres combats, car c'était à travers lui seul que la France livrait un seul combat.

C'est pourquoi - même lorsque le président Roosevelt croira assister à une rivalité de généraux ou de partis - l'armée d'Afrique, depuis la Provence jusqu'aux Vosges, combattra au nom du gaullisme comme feront les troupes du Parti communiste. C'est pourquoi Jean Moulin avait emporté, dans le double fond d'une boîte d'allumettes, la microphoto du très simple ordre suivant : «M. Moulin a pour mission de réaliser, dans la zone non directement occupée de la métropole, l'unité d'action de tous les éléments qui résistent à l'ennemi et à ses collaborateurs». Inépuisablement, il montre aux chefs des groupements le danger qu'entraînerait le déchirement de la Résistance entre des tuteurs différents. Chaque événement capital - entrée en guerre de la Russie, puis des États-Unis, débarquement en Afrique du Nord - renforce sa position.

À partir du débarquement, il devient évident que la France va redevenir un théâtre d'opérations. Mais la presse clandestine, les renseignements (même enrichis par l'action du noyautage des administrations publiques) sont à l'échelle de l'Occupation, non de la guerre. Si la Résistance sait qu'elle ne délivrera pas la France sans les Alliés, elle n'ignore plus l'aide militaire que son unité pourrait leur apporter. Elle a peu à peu appris que s'il est relativement facile de faire sauter un pont, il n'est pas moins facile de le réparer ; alors que s'il est facile à la Résistance de faire sauter deux cents ponts, il est difficile aux Allemands de les réparer à la fois. En un mot, elle sait qu'une aide efficace aux armées de débarquement est inséparable d'un plan d'ensemble. Il faut que sur toutes les routes, sur toutes les voies ferrées de France, les combattants clandestins désorganisent méthodiquement la concentration des divisions cuirassées allemandes. Et un tel plan d'ensemble ne peut être conçu, et exécuté, que par l'unité de la Résistance.

C'est à quoi Jean Moulin s'emploie jour après jour, peine après peine, un mouvement de Résistants après l'autre : «Et maintenant, essayons de calmer les colères d'en face...» Il y a, inévitablement, les problèmes de personnes ; et bien davantage, la misère de la France combattante, l'exaspérante certitude pour chaque maquis ou chaque groupe franc, d'être spolié au bénéfice d'un autre maquis ou d'un autre groupe, qu'indignent, au même moment, les mêmes illusions... Qui donc sait encore ce qu'il fallut d'acharnement pour parler le même langage à des instituteurs radicaux ou réactionnaires, des officiers réactionnaires ou libéraux, des trotskistes ou communistes retour de Moscou, tous promis à la même délivrance ou à la même prison ; ce qu'il fallut de rigueur à un ami de la République espagnole, à un ancien "préfet radical", chassé par Vichy, pour exiger d'accueillir dans le combat commun tels rescapés de la Cagoule !

Jean Moulin n'a nul besoin d'une gloire usurpée : ce n'est pas lui qui a créé Combat, Libération, Franc-tireur, c'est Frenay, d'Astier, Jean-Pierre Lévy. Ce n'est pas lui qui a créé les nombreux mouvements de la zone Nord dont l'histoire recueillera tous les noms. Ce n'est pas lui qui a fait les régiments mais c'est lui qui a fait l'armée. Il a été le Carnot de la Résistance.

Attribuer peu d'importance aux opinions dites politiques, lorsque la nation est en péril de mort - la nation, non pas un nationalisme alors écrasé sous les chars hitlériens, mais la donnée invincible et mystérieuse qui allait emplir le siècle ; penser qu'elle dominerait bientôt les doctrines totalitaires dont retentissait l'Europe ; voir dans l'unité de la Résistance le moyen capital du combat pour l'unité de la nation, c'était peut-être affirmer ce qu'on a, depuis, appelé le gaullisme. C'était certainement proclamer la survie de la France.

En février, ce laïc passionné avait établi sa liaison par radio avec Londres, dans le grenier d'un presbytère. En avril, le Service d'information et de propagande, puis le Comité général d'études étaient formés ; en septembre, le noyautage des administrations publiques. Enfin, le général de Gaulle décidait la création d'un Comité de coordination que présiderait Jean Moulin, assisté du chef de l'Armée secrète unifiée. La préhistoire avait pris fin. Coordonnateur de la Résistance en zone Sud, Jean Moulin en devenait le chef.

En janvier 1943, le Comité directeur des Mouvements unis de la Résistance (ce que, jusqu'à la Libération, nous appellerions les Murs) était créé sous sa présidence. En février, il repartait pour Londres avec le général Delestraint, chef de l'Armée secrète, et Jacques Dalsace. De ce séjour, le témoignage le plus émouvant a été donné par le colonel Passy. «Je revois Moulin, blême, saisi par l'émotion qui nous étreignait tous, se tenant à quelques pas devant le Général et celui-ci disant, presque à voix basse : “Mettez-vous au garde-à-vous”, puis : “Nous vous reconnaissons comme notre compagnon, pour la libération de la France, dans l'honneur et par la victoire”. Et pendant que de Gaulle lui donnait l'accolade, une larme, lourde de reconnaissance, de fierté, et de farouche volonté, coulait doucement le long de la joue pâle de notre camarade Moulin. Comme il avait la tête levée, nous pouvions voir encore, au travers de sa gorge, les traces du coup de rasoir qu'il s'était donné, en 40, pour éviter de céder sous les tortures de l'ennemi». Les tortures de l'ennemi... En mars, chargé de constituer et de présider le Conseil national de la Résistance, Jean Moulin monte dans l'avion qui va le parachuter au nord de Roanne.

Ce Conseil national de la Résistance, qui groupe les mouvements, les partis et les syndicats de toute la France, c'est l'unité précairement conquise, mais aussi la certitude qu'au jour du débarquement, l'armée en haillons de la Résistance attendra les divisions blindées de la Libération.

Jean Moulin en retrouve les membres, qu'il rassemblera si difficilement. Il retrouve aussi une Résistance tragiquement transformée. Celle là, elle avait combattu comme une armée, en face de la victoire, de la mort ou de la captivité. Elle commence à découvrir l'univers concentrationnaire, la certitude de la torture. Désormais elle va combattre en face de l'enfer. Ayant reçu un rapport sur les camps de concentration, il dit : «J'espère qu'ils nous fusillerons avant». Ils ne devaient pas avoir besoin de le fusiller.

La Résistance grandit, les réfractaires du travail obligatoire vont bientôt emplir nos maquis ; la Gestapo grandit aussi, la Milice est partout. C'est le temps où, dans la campagne, nous interrogeons les aboiements des chiens au fond de la nuit ; le temps où les parachutes multicolores, chargés d'armes et de cigarettes, tombent du ciel dans la lueur des feux des clairières ou des causses ; c'est le temps des caves, et de ces cris désespérés que poussent les torturés avec des voix d'enfants... La grande lutte des ténèbres a commencé.

Le 27 mai 1943, a lieu à Paris, rue du Four, la première réunion du CNR.

Jean Moulin rappelle les buts de la France libre : «Faire la guerre ; rendre la parole au peuple français ; rétablir les libertés républicaines ; travailler avec les Alliés à l'établissement d'une collaboration internationale».

Puis il donne lecture d'un message du général De Gaulle, qui fixe pour premier but au premier Conseil de la Résistance, le maintien de l'unité de cette Résistance qu'il représente.

Au péril quotidien de la vie de chacun de ses membres. Le 9 juin, le général Delestraint, chef de l'Armée secrète enfin unifiée, est pris à Paris.

Aucun successeur ne s'impose. Ce qui est fréquent dans la clandestinité : Jean Moulin aura dit maintes fois avant l'arrivée de Serreules : «Si j'étais pris, je n'aurais pas même eu le temps de mettre un adjoint au courant...» Il veut donc désigner ce successeur avec l'accord des mouvements, notamment de ceux de la zone Sud. Il rencontrera leurs délégués le 21, à Caluire.

Ils l'y attendent, en effet.

La Gestapo aussi.

La trahison joue son rôle - et le destin, qui veut qu'aux trois quarts d'heure de retard de Jean Moulin, presque toujours ponctuel, corresponde un long retard de la police allemande. Assez vite, celle-ci apprend qu'elle tient le chef de la Résistance.

En vain. Le jour où, au fort Montluc à Lyon, après l'avoir fait torturer, l'agent de la Gestapo lui tend de quoi écrire puisqu'il ne peut plus parler, Jean Moulin dessine la caricature de son bourreau. Pour la terrible suite, écoutons seulement les mots si simples de sa sœur : «Son rôle est joué, et son calvaire commence. Bafoué, sauvagement frappé, la tête en sang, les organes éclatés, il atteint les limites de la souffrance humaine sans jamais trahir un seul secret, lui qui les savait tous».

Comprenons bien que, pendant les quelques jours où il pourrait encore parler ou écrire, le destin de la Résistance est suspendu au courage de cet homme. Comme le dit Mademoiselle Moulin, il savait tout.

Georges Bidault prendra sa succession. Mais voici la victoire de ce silence atrocement payé : le destin bascule. Chef de la Résistance martyrisé dans des caves hideuses, regarde de tes yeux disparus toutes ces femmes noires qui veillent nos compagnons : elles portent le deuil de la France, et le tien. Regarde glisser sous les chênes nains du Quercy, avec un drapeau fait de mousselines nouées, les maquis que la Gestapo ne trouvera jamais parce qu'elle ne croit qu'aux grands arbres. Regarde le prisonnier qui entre dans une villa luxueuse et se demande pourquoi on lui donne une salle de bains - il n'a pas encore entendu parler de la baignoire. Pauvre roi supplicié des ombres, regarde ton peuple d'ombres se lever dans la nuit de juin constellée de tortures.

[Voici le fracas des chars allemands qui remontent vers la Normandie à travers les longues plaintes des bestiaux réveillés : grâce à toi, les chars n'arriveront pas à temps. Et quand la trouée des Alliés commence, regarde, préfet, surgir dans toutes les villes de France les commissaires de la République - sauf lorsqu'on les a tués. Tu as envié, comme nous, les clochards épiques de Leclerc : regarde, combattant, tes clochards sortir à quatre pattes de leurs maquis de chênes, et arrêter avec leurs mains paysannes formées aux bazookas l'une des premières divisions cuirassées de l'empire hitlérien, la division Das Reich.]

Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l'un des nôtres. Entre, avec le peuple né de l'ombre et disparu avec elle - nos frères dans l'ordre de la Nuit... Commémorant l'anniversaire de la Libération de Paris, je disais : «Écoute ce soir, jeunesse de mon pays, ces cloches d'anniversaire qui sonneront comme celles d'il y a quatorze ans. Puisses-tu, cette fois, les entendre : elles vont sonner pour toi».

L'hommage d'aujourd'hui n'appelle que le chant qui va s'élever maintenant, ce Chant des partisans que j'ai entendu murmurer comme un chant de complicité, puis psalmodier dans le brouillard des Vosges et les bois d'Alsace, mêlé au cri perdu des moutons des tabors, quand les bazookas de Corrèze avançaient à la rencontre des chars de Rundstedt lancés de nouveau contre Strasbourg.

Écoute aujourd'hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le Chant du Malheur. C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées. Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n'avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France...

André Malraux

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dernière page du discours de Malraux

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 à Béziers

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 Jean Moulin, étudiant

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 Jean Moulin (1899-1943)

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la villa à Calluire, lieu de l'arrestation le 21 juin 1943



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21 mai 2009

Décriminaliser l'identité nationale (Mathieu Bock-Côté)

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Décriminaliser l'identité nationale

Mathieu BOCK-CÔTÉ (Québec)

La question du voile ferait resurgir le «vieux fond xénophobe» des Québécois. C'est ainsi que Michèle Ouimet a réagi au débat très vif qui a suivi la récente prise de position de la Fédération des femmes du Québec sur la question.

Cette formule, aussi banale que virulente, est symptomatique du préjugé médiatique contre l'identité nationale, qui assimile systématiquement la critique du multiculturalisme à une manifestation de xénophobie, voire, de racisme.

S'il ne s'agissait que d'une déclaration un peu gauche et malheureuse, il n'y aurait nul besoin de s'y attarder. Mais tel n'est justement pas le cas tant cette formule est révélatrice de la rupture entre certaines élites et les classes moyenne et populaire autour de la question de l'identité nationale.

Au sommet de notre société, et surtout dans les milieux qui se disent évolués, le multiculturalisme a la valeur d'un dogme, d'une évidence. Au nom de la diversité, on célèbre un Québec pluriel où l'héritage historique majoritaire n'en serait plus qu'un parmi d'autres dans une nouvelle synthèse identitaire s'accomplissant dans les chartes de droits et l'universalisme progressiste qu'elles incarneraient.

Cette vision s'accompagne d'un rapport pénitentiel à l'histoire occidentale, et par là, de l'histoire québécoise. Jusqu'aux années 60, cette histoire aurait été traversée par le démon de l'intolérance, du refus de l'autre - de là le vieux fond xénophobe qu'il faudrait liquider. Mais le multiculturalisme, à la manière d'un génie rédempteur, réaffirmerait la promesse égalitaire des sociétés modernes et devrait pour cela être assimilé à une dynamique émancipatrice.

C'est à partir de cette sensibilité que l'intelligentsia se permet de disqualifier moralement ceux qui ne célèbrent pas l'avènement du multiculturalisme d'État. On l'a vu avec la controverse des accommodements raisonnables, l'immense majorité de la population entretient un rapport critique envers le multiculturalisme et souhaite une restauration de l'identité nationale comme norme d'intégration pour les nouveaux arrivants.

De ce point de vue, le Québec n'est pas une page blanche et l'intégration des immigrants à l'identité nationale relève moins des chartes de droits que de l'adhésion à une communauté de mémoire et de culture. De ce point de vue, surtout, tous les symboles religieux ne sont pas équivalents dans l'ordre symbolique et la conjugaison d'une certaine laïcité avec la défense du patrimoine historique du Québec ne doit pas être perçue comme une mesure discriminatoire envers les communautés culturelles.

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La tension entre le multiculturalisme des élites et le nationalisme de sens commun des classes moyenne et populaire est constitutive de l'espace politique des sociétés contemporaines. Devant cette réalité, les élites ont deux choix. Elles peuvent reconnaître la distance exagérée de leur sensibilité idéologique avec celle de la société qu'elles prétendent éclairer et se questionner sur leurs préjugés contre l'identité nationale.

Elles peuvent aussi assimiler la persistance du sentiment national à une pathologie identitaire et en appeler, à grand renfort de politiques de «lutte au racisme» et «d'éducation à la différence», à la reconstruction multiculturelle de l'identité collective pour l'évider de son particularisme historique. C'est évidemment ce second choix qui est privilégié de manière systématique.

L'espace public québécois est enfermé dans le dispositif du politiquement correct, qui traduit systématiquement le malaise populaire devant l'enthousiasme hypermoderne des élites dans le langage de l'intolérance. Il serait temps d'assainir le langage politique pour que cesse la criminalisation de l'identité nationale. Ceux qui se réclament du multiculturalisme permettraient ainsi un débat raisonnable sur la question qui n'est quand même pas vaine ni illégitime de la perpétuation de l'identité nationale sans crier toujours à la xénophobie ou au racisme.

Mathieu Bock-Côté (Québec)
source (21 mai 2009)

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- l'auteur est candidat au doctorat en sociologie à l'UQAM (université du Québec à Montréal), auteur de La dénationalisation tranquille, éd. Boréal (Québec), 2007.






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avec la victoire électorale du Parti Québecois, la devise du Québec, "Je me souviens",
figure sur les plaques d'immatriculation depuis 1978

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19 mai 2009

"à toutes les gloires de la nation" (Michel Renard)

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exposition "La guerre sans dentelles"




quelle relecture ?

à propos de l'exposition "La guerre sans dentelles"

Michel RENARD

L'idée de cette exposition est le principe du "pendant photographique". On interroge le tableau par l'apposition d'une image qui entretient avec lui un rapport de similarité. Exemple, l'entrée d'Henri IV à Paris en 1594 et celle de De Gaulle dans cette même ville en août 1944.

Ou un rapport d'analogie comme celui qui existe entre la prise de Valenciennes par Louis XIV et la sortie des tranchées au cours de la Première Guerre mondiale : la poussée des mousquetaires dans un cas, la charge des fantassins dans l'autre.

Ou encore un rapport thématique (?) comme le parallèle entre la bataille de Friedland (1807) où l'on présente à Napoléon des prisonniers russes, un canon pris à l'adversaire et le cadavre d'un officier ennemi, et cette célèbre photo d'enfants vietnamiens courant devant des soldats américains ou sud-vietnamiens après un bombardement au napalm (8 juin 1972) : dans les eux cas, on voit une espèce d'indifférence face à la douleur Napoléon regarde ailleurs et les Gi's ne se préoccupent absolument pas des enfants.

Parvient-on, pour autant, à "interroger notre histoire et ses représentations et à se poser la question du rapport entre l’événement et l’image médiatique", comme l'ambitionnent les concepteurs de cette exposition...?

Au risque de paraître simpliste, je rappellerai ceci. L'image médiatique, tableau ou photo, doit d'abord être interrogée au regard du double événement constitué par le fait de référence (moment et circonstances historiques du sujet représenté) et le(s) fait(s) de contexte (moment de la réalisation de l'oeuvre, et moment de son usage politico-muséographique). Trois focales chronologiques en quelque sorte. Ce questionnement est la première source de "lecture" des images.

une intelligibilité encore possible ?

C'est un travail de ce genre que Joël Cornette propose aux lecteurs de son ouvrage Le roi de guerre (1993), particulièrement dans ses chapitres "Versailles, temple du roi de guerre" et "la guerre-spectacle de Louis le Grand". Le programme iconographique de la galerie des Glaces devait représenter les campagnes militaires des guerres de Dévolution et de Hollande, écrit Joël Cornette. Et Colbert recommanda de "n'y rien faire entrer qui ne fust conforme à la vérité" (p. 241)

Sous Louis-Philippe, qui fut le créateur politique de la galerie des Batailles, la relation entre l'oeuvre imaginée par l'artiste et la réalité factuelle peut être assumée explicitement par l'auteur du tableau. On sait, par exemple, que le peintre Horace Vernet refusa d'exécuter un épisode dont la réalité historique n'était pas prouvée (la présence physique du Roi lors de l'entrée dans la place-forte de Valenciennes en 1677). La charge artistique échut à Jean Alaux qui accepta de peindre la Prise de Valenciennes.

"Porter un regard plus attentif" sur les tableaux de la galerie des Batailles exigerait que le factuel auquel ils renvoient soit un minimum connu. Mais la dévaluation de l'histoire positiviste, l'anathème lancé contre le continuum chronologique, l'opprobre jetée sur l'identité nationale interdisent toute intelligibilité de ces toiles. On ne les regarde (?) plus que comme les témoins d'un imaginaire national - ce qu'elles sont aussi - en négligeant la part de réalité historique qu'elles évoquent.

Michel Renard

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relire la "galerie des Batailles"

de Versailles

au Château de Versailles
Galerie des Batailles
du 12 mai au 6 septembre 2009

Versailles_galerie_bataillesDans le cadre d’une remise en perspective du Musée de l’Histoire de France et de sa réouverture au public, l’exposition La guerre sans dentelles, présentée dans la galerie des Batailles du 12 mai au 7 septembre 2009, confronte peintures et photographies sur le thème de l’image de guerre. Des clichés emblématiques de la photographie de guerre et du photojournalisme prises dans le monde entier seront confrontés aux 33 scènes de batailles de la galerie. Cette confrontation invitera le visiteur à mener une véritable réflexion sur la force et le statut de l’image. Existe-t-il une «vérité» photographique ? Comment l’image devient-elle symbole et icône ? Les reconstitutions filmiques de la peinture sont-elles plus trompeuses que nos reportages actuels ? Ceux-ci sont-ils plus objectifs ?

La galerie des Batailles, installée sur toute la longueur du premier étage de l’aile du Midi, est aménagée par Louis-Philippe en 1837 lorsqu’il crée à Versailles un musée consacré «à toutes les gloires de la France». Véritable construction d’une identité nationale en images, les 33 tableaux qui couvrent ses murs, commandés aux artistes les plus célèbres de l’époque, parmi lesquels saint Louis à la Bataille de Taillebourg par Eugène Delacroix, l’Entrée d’Henri IV à Paris par François Gérard, la Bataille de Fontenoy par Horace Vernet, retracent les épisodes les plus significatifs de l’histoire militaire française, de ses victoires.

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Bataille de Bouvines, 27 juillet 1214

De Tolbiac (496) à Wagram (1809), ce parcours en images illustre les plus grands noms du passé français mais aussi européen : Clovis, Charlemagne, Saint-Louis, François Ier, Henri IV, Louis XIV, Napoléon, et au milieu de tous ces personnages, l’aide apportée à l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique.

La galerie des Batailles montre comment une série de sacrifices et de faits de gloire ont resserré le lien national. Les murs sont d’ailleurs ornés des listes de chefs morts au combat. La guerre était un moyen à l’époque de souder l’ensemble de la société dans un projet politique commun.

Cette histoire de France est très datée et on peut se demander comment elle est perçue par un public du XXIe siècle, de surcroît largement international. Mais, ces collections demeurent un élément important de notre imaginaire collectif. On retrouve cette vision irréaliste dans de nombreuses imageries populaires, les illustrations des livres de classe, les bandes dessinées ou encore les films.

Chaque peinture reçoit, durant l’exposition, son pendant photographique, complémentaire ou en opposition. Le but est d’inciter le visiteur à s’interroger et à porter un regard beaucoup plus attentif, à enquêter (en famille, en classe, en couple…) visuellement sur l’image. Le regard croisé entre les clichés et les toiles donne lieu à une lecture dynamique et inédite de l’un et l’autre des supports et de l’histoire elle-même. L’exposition tisse un dialogue original autour d’axes thématiques, de points de rencontres, et ainsi amène le public à une prise de conscience nouvelle de ce qu’il regarde.

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Les clichés présentés en regard des toiles marquent à la fois des temps forts de l’histoire mondiale depuis le XIXe siècle et de l’histoire de la photographie de guerre. Faisant se côtoyer des vues célèbres et d’autres inconnues, à chaque fois un agrandissement «fait image» face à la peinture géante et, en vitrine, est présentée un des premiers modes de perception de cette photographie, tirage d’époque, parution dans un journal, carte postale, circulation sur le Net…

Les photographies retenues balaient les XIXe, XXe et XXIe siècles, du cliché le plus ancien (une Vue de la Bataille de Gettysburg par Timothy O’Sullivan datée de 1863 pendant la guerre de Sécession américaine, venue spécialement du musée George Eastman à Rochester aux Etats-Unis), au plus récent, pris en République Centrafricaine par Frédéric Sautereau et publié dans Le Monde 2 le 10 mars 2007.

À la diversité des époques, des lieux et des supports (Vu, Life, Paris-Match…mais aussi la bande dessinée avec Le Photographe sur l’Afghanistan) s’ajoutent la diversité des signatures – anonymes, artistes ou grands noms du photojournalisme comme Robert Capa, Marc Riboud, Henri Cartier-Bresson, Don Mc Cullin, etc.

Voilà l’occasion pour tous les publics de venir «relire» ces peintures de bataille, tout en découvrant des aspects de l’histoire mondiale du photoreportage. Voilà l’occasion d’inciter à regarder autrement, à interroger notre histoire et ses représentations et à se poser la question du rapport entre l’événement et l’image médiatique.

source

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La Bataille d'Iéna, gagnée contre les Prussiens par l'empereur Napoléon
le 14 octobre 1806 ; elle lui ouvrit la route de Berlin

 

Commissaire de l'exposition
Laurent Gervereau,
historien et historien d’art, président de l’Institut des images

Catalogue de l'exposition
La Guerre sans dentelles
165 x 225 mm, broché à rabats, 128 pages, 81 illustrations
prix : 25 €
Coédition Éditions du château de Versailles/Skira-Flammarion

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Informations pratiques
L’exposition sera ouverte tous les jours, sauf le lundi, de 9h à 18h30.
Tarifs : 15 € (visite du Château + exposition)
Tarif réduit : 13,50 €

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17 mai 2009

«la légitimité démocratique doit d'abord exister en tant que légitimité nationale»

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Bock-Côté contre les fossoyeurs

de la nation

Louis CORNELLIER (Québec)

 

bockLe jeune homme, doctorant en sociologie, préparait son coup depuis quelques années. On le voyait, l'entendait et le lisait de plus en plus souvent, sur différentes tribunes, savantes ou populaires, toujours à s'insurger contre un certain progressisme identitaire, contre le virage civique du nationalisme québécois sur la défensive. Intellectuel hyperactif se réclamant de la tradition conservatrice, au sens philosophique du terme, Mathieu Bock-Côté, notamment dans les pages de L'Action nationale, critiquait sans relâche les élites souverainistes qui avaient peur de leur ombre nationale.


refaire du souverainisme un nationalisme et du nationalisme un souverainisme

L'essai qu'il nous offre, aujourd'hui, relève du coup d'éclat. Brillant, intense et puissamment polémique, La Dénationalisation tranquille, en effet, est un ouvrage qui fera date dans l'histoire du débat sur la question nationale. Virulente charge menée contre un souverainisme dénationalisé et multiculturel, il se veut une invitation pressante à «refaire du souverainisme un nationalisme et du nationalisme un souverainisme».

Depuis 1995, écrit Bock-Côté, «les élites souverainistes sont devenues sensibles à la moindre accusation d'ethnocentrisme dans la définition du "nous" national». En 1996, la direction du PQ refusait de restaurer la Charte de la langue française et qualifiait de «radicaux» ses membres qui plaidaient dans le sens contraire. En 1999, le Bloc québécois rejetait la notion des deux peuples fondateurs, trop ethnique, culturelle et historique à son goût.

En 2000, les élites souverainistes participaient à la condamnation nationale d'un des leurs, Yves Michaud, pour des propos «au sujet du vote référendaire des minorités ethniques». L'heure était venue, écrivait l'intellectuel Claude Bariteau dans cette logique, d'en finir avec «l'orientation culturelle du projet souverainiste afin de faire election_quebecdisparaître les derniers irritants qu'elle véhicule eu égard à une conception civique du Québec de demain».

Mais comment, dans ces conditions, justifier la lutte souverainiste, ainsi coupée de sa mémoire et de son histoire nationale ? Le Canada ne constitue-t-il pas déjà une telle nation civique ? À cette critique, explique Bock-Côté, les élites souverainistes ont répondu par un nouvel argumentaire à saveur sociale et idéologique.

L'identité québécoise, ont-elles affirmé, repose sur des valeurs progressistes. En ce sens, «la cohabitation des deux nations n'est plus possible, l'identité nationale progressiste des Québécois entrant en contradiction avec l'identité nationale conservatrice du Canada anglais». Ce souverainisme dénationalisé, remarque Bock-Côté, «aura mis la table du souverainisme marginalisé». Plus encore, il prépare une dépression collective pour la communauté franco-québécoise en la vidant de tout projet.

Comme l'écrit Régis Debray, «pas de projet sans patrimoine commun, et pas de patrimoine commun sans volonté commune». C'est dire, précise Bock-Côté, que «la légitimité démocratique est insuffisante en elle-même et doit d'abord exister en tant que légitimité nationale». Tout projet politique, en d'autres termes, suit la reconnaissance d'une communauté nationale de mémoire et de culture qui lui donne sa cohésion. «Il faut aux hommes, écrit l'essayiste, la conviction d'appartenir à une communauté d'histoire qui leur survivra pour consentir à la décision majoritaire lorsqu'ils n'y souscrivent pas et reconnaître au-delà des divisions sociales un bien commun, un intérêt public [...].»

Autrement dit, on ne fait pas une société sur du vide historique et culturel. Sans le relais partagé de la nation, la société se délite dans une sorte de guerre civile de basse intensité, selon les mots du penseur conservateur John O'Sullivan.

 

le paradoxe de Gérard Bouchard

Comment, cela étant, créer de la cohésion sociale dans une société pluraliste comme le Québec d'aujourd'hui? C'est là le projet auquel s'est attelé Gérard Bouchard, il y a quelques années, c'est-à-dire, selon Bock-Côté, «préserver la possibilité d'une histoire nationale malgré l'apparition de la société des identités qui cherche à se mettre en récit». Pour ce faire, l'historien a suggéré une sorte de déconstruction de l'histoire nationale canonique visant à la décentrer par rapport à l'héritage canadien-français. Il s'agissait d'«ouvrir le cercle de la nation» pour y faire entrer ceux que la tradition avait laissés en marge. Cette réécriture de l'histoire du Québec, commente Bock-Côté, exigeait de «se trouver coupables de crimes contre l'altérité dans les pratiques de construction de la nation telles qu'on peut les retracer au long de l'histoire».

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Le problème de cette démarche, explique l'essayiste, est qu'elle acquiesce à un multiculturalisme qui n'est pas tant la reconnaissance d'un fait qu'une machine de guerre idéologique, une sorte de marxisme recyclé dans le champ culturel, visant à terrasser la nation, perçue comme la cause de toutes les injustices. «L'histoire nationale et le pluralisme identitaire sont antithétiques, écrit Bock-Côté. L'historien qui endosse ce programme ne peut plus prétendre travailler à remodeler la conscience historique de son peuple, parce qu'il rejette alors l'idée nationale dans son principe même [...]. Une société dispersée n'est plus une nation, même si certains acrobates de l'esprit cherchent à tenir en équilibre deux notions faites pour entrer en conflit.» Bock-Côté emploie donc le vocabulaire bouchardien et qualifie l'historien de «penseur fragmentaire, équivoque».

Il sera encore plus sévère à l'endroit de Jocelyn Létourneau qui, selon lui, veut «penser le Québec après le nationalisme», dans une perspective non nationale, sous prétexte que «les historiens nationalistes auraient créé un imaginaire de l'échec». Les Québécois, écrit Bock-Côté, résistent à cette disqualification historiographique du fait national et ils ont raison. «Il est bien possible, ajoute-t-il, que le communautarisme franco-québécois soit moins plastique que ne le prétendent les ingénieurs identitaires.» La vérité, en cette matière, a ses droits, mais, pour parler comme Dumont, elle ne peut négliger le critère de la pertinence, et «la pertinence québécoise est une pertinence nationaliste» qui perçoit l'histoire «comme une vaste entreprise de reprise en main collective».

 

penser à l'abri du pluralisme

C'est ce qu'ont compris, selon Bock-Côté, des auteurs comme Pierre Duchesne, Pierre Godin, Jean-François Lisée et Normand Lester, dont les récents travaux s'inscrivent dans la tradition de l'interprétation nationaliste de notre histoire. «Une histoire biographique, précise l'essayiste, qui donne son importance aux hommes, une histoire centrée sur la question nationale, qui y voit le premier drame du récit québécois, une histoire politique, repérable à la surface du social.» Contrairement à nos historiens universitaires, ces journalistes n'auraient pas perdu la mémoire et n'hésiteraient pas, en s'inspirant de Maurice Séguin, à «penser à l'abri du pluralisme» en renouant avec le désir d'achèvement des Franco-Québécois.

Élégant styliste et penseur supérieurement intelligent, Bock-Côté, qui n'a pas 30 ans, signe ici un essai important et roboratif qui va mettre le feu aux poudres. En faisant l'impasse sur le pluralisme identitaire - il le congédie au nom «d'un gaullisme à la québécoise, existentiel et intellectuel» - et en jouant le sens commun populaire contre les élites, il s'expose en effet à une volée de bois vert. Il est capable d'en prendre.

Le Devoir, 6 et 7 octobre 2007
source

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15 mai 2009

la conversion forcée du Québec au multiculturalisme

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l’école : laboratoire d'un endoctrinement

Mathieu BOCK-CÔTÉ (Québec)

S’il fallait un aveu, il est là. Dans son témoignage au procès portant sur le droit d’exemption au cours "Éthique et culture religieuse" (ECR), Gérard Bouchard, un des principaux théoriciens du multiculturalisme québécois, a reconnu que la principale fonction de ce cours était d’assurer la reconstruction identitaire de la société québécoise sur le modèle du multiculturalisme. Cette déclaration a la vertu de dévoiler la véritable mission du cours ECR et de l’inscrire au cœur du débat public : la conversion forcée du Québec au multiculturalisme.

finalités politiques

Mais Gérard Bouchard [ci-contre] allait encore plus loin dans son témoignage : «la crise des accommodements 70933raisonnables n'aurait jamais éclaté si le cours était donné depuis longtemps dans les écoles québécoises». Il ne faisait en cela que confirmer ce qu’avait écrit Georges Leroux dans sa plaquette de 2007 : «on doit […] concevoir une éducation où les droits qui légitiment la décision de la Cour suprême [à propos de l’affaire du kirpan], tout autant que la culture religieuse qui en exprime la requête, sont compris de tous et font partie de leur conception de la vie en commun. Car ces droits sont la base de notre démocratie, et l’enjeu actuel est d’en faire le fondement d’une éthique sociale fondée sur la reconnaissance et la mutualité. C’est à cette tâche qu’est appelé le nouveau programme d’éthique et de culture religieuse». Ces deux déclarations dévoilent bien ce que plusieurs ont désigné ailleurs comme les «finalités politiques» du cours ECR.

Finalités politiques. La formule témoigne bien du rôle de l’école qui, selon les théoriciens du multiculturalisme, loin de transmettre une culture historiquement définie et des connaissances sous le signe du savoir, doit plutôt servir de laboratoire pour réaliser l’utopie progressiste d’une société dénationalisée. Cette mise de l’école au service du multiculturalisme en dit long sur la représentation que se font de l’identité québécoise les élites intellectuelles et technocratiques qui composent le parti multiculturaliste.

Car ces dernières le constatent : les Québécois n’adhèrent pas à la religion multiculturelle et désirent plutôt en renverser les dogmes en restaurant la prédominance légitime de la culture nationale comme cadre d’intégration des immigrants.

Mais le refus de dissoudre la culture nationale dans le bazar du cosmopolitisme mondialisé est assimilé à une pathologie identitaire que Bouchard et Taylor ont d’ailleurs cherché à diagnostiquer dans le rapport de leur commission en plaidant pour la création d’une nouvelle identité collective qui ne trouverait plus sa matière dans le Québec historique mais bien dans les chartes de droits et les valeurs qui les porteraient. Pour les défenseurs du cours ECR, la démocratie ne s’accomplirait véritablement que dans les paramètres du multiculturalisme d’État.

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fabriquer un nouveau peuple ?

Il y a pourtant un problème démocratique à vouloir fabriquer un nouveau peuple, à défaut de convaincre celui qui existe déjà. Car ce n’est pas à l’école mais bien au débat public qu’il devrait revenir de changer la société et la première n’est aucunement autorisée à accoucher de ce que le peuple refuse par le second.

Chose certaine, il n’est plus possible de dire, comme le soutiennent les propagandistes du ministère, que le cours ECR n’a pour seule fonction que d’approfondir la connaissance du fait religieux. Bien au contraire, il l’instrumentalise pour le traduire dans les termes d’un endoctrinement idéologique. Il faut se souvenir que Richard Martineau avait rapporté, et il ne fut pas le seul à le faire, qu’un exercice pédagogique proposé dans le cadre du cours ECR consistait à dessiner un nouveau drapeau pour le Québec pour en enlever les symboles «discriminatoires». La consultation des manuels scolaires aura aussi confirmé le délire idéologique que couve ce programme.

Nos élites ont beau parler d’ouverture à l’autre, il faut surtout y reconnaître, malgré la novlangue managériale, le vocabulaire de la pénitence, de la repentance, et de l’oblitération de l’identité nationale. Le cours ECR est exemplaire du retournement des institutions collectives contre l’identité nationale.

révoquer ce programme

La crise des accommodements raisonnables a témoigné du profond enracinement de l’identité québécoise et du refus de son recyclage dans une nouvelle synthèse où elle ne serait plus qu’un communautarisme parmi d’autres. On reconnaîtra dans le cours ECR la contre-offensive de la technocratie pluraliste pour déconstruire dans ses fondements mêmes l’expérience historique québécoise et implanter définitivement le multiculturalisme d’État.

On le sait, il y a plusieurs résistances contre ce programme. Mais ceux qui réclament un droit d’exemption font fausse route tant leur demande se contente d’exiger un «accommodement raisonnable» pour les familles les plus religieuses au sein du système d’éducation. Car il ne s’agit pas de jouer la charte des droits contre le chartisme et de retourner la logique des accommodements raisonnables contre le multiculturalisme.

L’objectif devrait être la révocation de ce programme devenu exemplaire de l’idéologisation du système scolaire québécois. L’abolition du cours ECR devrait être au cœur de toute politique centrée sur le démantèlement des structures institutionnelles du multiculturalisme québécois.

Mathieu BOCK-CÔTÉ (Québec)


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Il y a au Québec trois emblèmes officiels :
le bouleau jaune, l'iris versicolore et le harfang des neiges




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qui est Mathieu Bock-Côté ?

Bock-Côté : citoyen polémiste

Antoine Robitaille

Le Devoir, vendredi 21 septembre 2007

Gérard Bouchard doit résoudre une crise qu'il a contribué à créer, dit le sociologue

 

Mathieu Bock-Côté
photo : Pedro Ruiz

Il y aurait un grand paradoxe avec la Commission sur les accommodements raisonnables : un de ses coprésidents, Gérard Bouchard, est appelé à résoudre une crise qu'il a, au fond, contribué à créer. C'est du moins ce que croit fermement le sociologue Mathieu Bock-Côté, jeune polémiste hyperactif - né l'année du premier référendum -, qui publie cette semaine La Dénationalisation tranquille (Boréal), un premier essai attendu.

Au dire de Mathieu Bock-Côté, Gérard Bouchard est le chef de file d'une cohorte d'intellectuels «politiquement corrects» et coupables, depuis 1995 - l'année de la fameuse phrase de Jacques Parizeau [1] -, d'avoir vidé le nationalisme québécois de sa substance, «criminalisé» tout sentiment majoritaire des Québécois et déconstruit l'esprit national. Rien de moins.

implanter de force une nouvelle identité québécoise

Cette intelligentsia craignait tellement d'être associée à la déclaration honnie («sociologiquement vraie mais politiquement maladroite», note Bock-Côté) de Parizeau qu'elle a enfoncé le bouchon le plus loin possible.

À l'autre extrême, celui de la «dénationalisation». L'histoire, l'«expérience historique» francophone, le «nous», la «survivance», les ancêtres et même la défense de la langue française: tout cela et bien d'autres choses évoquant les racines et les souches ont été décrétés suspects de contamination «ethnique».

Le concept de «majorité francophone» ? Infréquentable. «Vous vous souvenez, dit Mathieu Bock-Côté, c'était l'époque où on assimila le nationalisme historique à un nationalisme "ethnique" fermé sur les autres, auquel on a tout de suite opposé le nationalisme "civique", seul compatible avec l'exigence démocratique

Une époque - de 1996 à 2003 - «un peu folle», marquée par ces querelles des anciens et des postmodernes que furent notamment l'affaire Michaud et la liquidation, par le Bloc québécois, de la notion des «deux peuples fondateurs». Et ce n'est pas tout, poursuit l'inarrêtable Bock-Côté : les intellectuels, au premier chef Gérard Bouchard, ont tenté depuis une décennie «d'implanter de force une nouvelle identité québécoise fabriquée par eux». Le seul et unique socle en était les chartes des droits.

Les Cahiers du 27 juin (revue nommée ainsi en référence au 27 juin 1975, date à laquelle la Charte québécoise des droits et libertés de la personne fut adoptée) sont une publication qu'aime bien critiquer Mathieu Bock-Côté.

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À l'ère postréférendaire, la nation devait au plus vite devenir une pure affaire de procédures. Selon les plus zélés, c'est la nation, carrément, qui devait disparaître de notre vocabulaire. «Pourquoi ne pas parler de société ?», a déjà dit l'historien Jocelyn Létourneau, auquel Bock-Côté consacre un chapitre critique de son essai. Le vieux monde, issu de la Grande Noirceur, suspect de «fermeture, de xénophobie et de haine de l'autre», devait être rejeté au plus vite avant qu'il ne fasse d'autres dommages. Il fallait reprogrammer le patriotisme pour le rendre strictement constitutionnel, «Jürgen Habermas l'avait dit», raille Bock-Côté.

Les cercles intellectuels, ces mondes si perméables aux modes et où la vertu se porte «à la boutonnière», ont rapidement fait consensus : «Tous les intellectuels du Québec sont d'accord, le peuple québécois ne peut que se rallier», a même lancé un jour sans rire un de ces philosophes de l'identité, se souvient Mathieu Bock-Côté en rigolant. «Ça me fait penser à la phrase de Brecht : "Ne serait-il pas plus simple de dissoudre le peuple et d'en élire un autre ?"».

le tournant du 26 mars [1977]

Or, le 26 mars dernier, le peuple a refusé d'être réformé ou dissous, se réjouit le sociologue. «Il a refusé le rôle qu'on lui assignait dans le grand laboratoire cosmopolite à ciel ouvert pour ingénieurs sociaux maladroits qu'était devenu le Québec», dit Bock-Côté.

En propulsant l'ADQ au rang d'opposition officielle, ce peuple a rappelé qu'il ne voulait pas nécessairement de la nouvelle identité québécoise abstraite et désincarnée, nettoyée civiquement par les «élites pluralistes». «Une identité, ce n'est pas le résultat d'une série de colloques mais le fruit d'une expérience historique !», tonne-t-il.

L'ADQ, à la faveur du débat sur les accommodements raisonnables, «s'était réapproprié le thème de la défense de l'identité québécoise». À partir de ce moment, le Parti québécois a dû prendre conscience qu'en «dissociant le projet souverainiste de la défense de l'identité québécoise», il est passé bien près de la disparition.

Ses réflexes hérités de la «mauvaise conscience» de 1995 étaient si bien intégrés, dit le sociologue, que tout ce que son «chef dénationalisé» André Boisclair a réussi à dire pendant la controverse sur les accommodements raisonnables, c'est ceci : «Confiance, nous avons des chartes.» Selon Mathieu Bock-Côté, depuis des années, le PQ se refusait de voir les signaux d'alarme :  la controverse sur le kirpan, celle sur le programme d'histoire. «Ce parti ne semblait pas vouloir de l'électorat qu'il avait

dépossédé sur le plan identitaire depuis 1995

Mathieu Bock-Côté - qui revendique l'étiquette de «conservateur» et aime pester contre le «progressisme» - remercie l'ADQ d'avoir «fait sauter le loquet qui interdisait le débat public» sur la question de l'identité. Il loue Mario Dumont d'avoir fait le choix d'un «nationalisme majoritaire plutôt conservateur» qui rejoignait le peuple, «dépossédé sur le plan identitaire» depuis 1995.

Notamment lorsqu'il a écrit que les Québécois «se sont battus avec trop d'acharnement à porter [leur] langue et [leur] identité à travers les siècles sur ce continent pour que tout cela s'estompe bêtement au fil d'un déclin démographique».

II y a un hic, toutefois : l'ADQ a beau «avoir de bons instincts», note Bock-Côté, elle ne semble pas être capable de les traduire «en vision à moyen et à long terme». Cet admirateur de Charles de Gaulle perçoit en ce parti une «petitesse provinciale déplorable». S'il est prompt à condamner le souverainisme sans identité du PQ de l'époque Boisclair et du Bloc de Duceppe (où il a déjà milité), il souligne que «l'identité sans la souveraineté», comme à l'ADQ, produit une forme de «régionalisme incapable de penser le Québec dans ses aspects institutionnels». Les laudateurs exaltés de «Montréal-pluri-multi-centre-du-monde» l'énervent.

Mais ce nouveau et atypique résidant du Plateau - fier natif du 450, plus précisément de Lorraine - déplore la tentation adéquiste de ne pas «vraiment penser l'intégration des immigrants» en se disant, selon une «mentalité de bourgade», que «la vraie identité québécoise se trouve à Saint-Hyacinthe et pas à Montréal». Le risque, c'est «d'abandonner la métropole à son sort» en ne cherchant même plus à la «réintégrer dans l'espace national».

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Mathieu Bock-Côté, qui a déjà travaillé dans l'entourage de Bernard Landry, a bien apprécié le grand retour du «nous» chez Pauline Marois. «Elle met le doigt sur la bonne chose. Mais va-t-elle le dire, le redire, l'assumer et l'incarner ?» En plus, ce changement de discours correspond à l'intérêt électoral du PQ, dont la tâche, après des années de dénationalisation, consiste à convaincre de nouveau les Québécois qu'il veut défendre leur identité.

Deux questions, enfin. La majorité a des droits, certes, mais ne peut-elle pas devenir tyrannique, comme Tocqueville nous en avait avertis ? «Il fut un temps où on pouvait parler ainsi de manière sensée, mais j'ai l'impression aujourd'hui qu'il y a une espèce d'hyperbole autour de cette question», répond le doctorant. Cela nous porterait à oublier que les «minorités peuvent l'être aussi [tyranniques]», ajoute-t-il. «On donne spontanément tort à la majorité de nos jours, il suffit de lire les textes de la commission Bouchard-Taylor. Il y a un soupçon qui traîne toujours autour des majorités. On veut les déconstruire, les démanteler, les désenclaver. On veut se mettre à l'abri de la souveraineté populaire», fulmine-t-il.

Et le racisme ? L'antiracisme est sans doute excessif parfois, mais cela signifie-t-il que le racisme ait disparu? Certes, «il y en a dans les marges», reconnaît Bock-Côté. «Mais est-ce qu'on est pour autant une société ayant un problème majeur de racisme ? Non. Je refuse cette vision qui consiste à catégoriser sous le signe du racisme toute forme de critique du multiculturalisme

***

- La Dénationalisation tranquille, Mathieu Bock-Côté, éditions du Boréal, 211 pages

source : Le Devoir (Québec)


[1] «C'est vrai, c'est vrai qu'on a été battus, au fond, par quoi ? Par l'argent puis des votes ethniques, essentiellement. Alors, ça veut dire que, la prochaine fois, au lieu d'être 60 ou 61 % à voter « Oui », on sera 63 ou 64 % et ça suffira» (Jacques Parizeau, discours du 30 octobre 1995).


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20 avril 2009

"leurre" et artifice de pensée chez Esther Benbassa

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tout le monde sait que l'identité de la France est une construction,
cela ne lui en donne pas moins une réalité et une certaine homogénéité



"leurre" et artifice de pensée :

l'identité nationale chez Esther Benbassa

Michel RENARD

Esther Benbassa n'aime pas les républicains "orthodoxes" - en réalité les républicains tout court. Elle fait l'éloge de la France "multiculturelle". Et tire à boulets rouges sur "l'identité nationale". Esther Benbassa écrit donc souvent dans Le Monde.

Comme ce 17 avril 2009 dans un article dont je retiens ceci : "L'«identité nationale» n'est qu'un leurre, puisque l'identité de la France est plurielle. Aucun musée de l'histoire de France et aucun ministère de l'identité nationale n'y pourront rien." (source)

La France "plurielle" comme la "diversité", sont des formules employées à tort et à travers. Et qui dispensent de toute réflexion rigoureuse. On le voit ici. Car enfin, que l'identité nationale soit "singulière" ou "plurielle", elle n'en reste pas moins une identité...! Par quel artifice de pensée peut-on qualifier de "leurre" l'identité d'un pays au motif de son hétérogénéité postulée ? Par quel vice de raisonnement une diversité de cultures à l'intérieur d'un même pays interdirait-elle une identité nationale qui le définit cependant comme différent d'autres pays ?


qu'est-ce qu'un pays multiculturel ?

Que l'identité française soit le résultat d'un processus historique où interviennent des ingrédients divers, est un pont aux ânes. Tout le monde sait cela. Qu'il faille en inférer que notre pays soit multiculturel, ce n'est pas sûr. Qu'on nous dise d'abord ce qu'est un pays monoculturel et à partir de quand il devient multiculturel. On y verra plus clair ensuite.

Ne serait-ce pas avant tout une question d'échelle ? L'usage croissant de langues autres que la langue nationale, dans le milieu familial ou dans le cadre d'activités culturelles ou religieuses, ne suffit pas à dire qu'une population est multiculturelle. Parce que l'idiome qui rassemble est la langue française, véritable système culturel.

L'observance plus nombreuse de l'islam en France ne rend pas la société multiculturelle. Pourquoi ? Parce que les musulmans de France sont, pour l'essentiel, de culture française (je ne parle pas des organisations musulmanes plus ou moins fondamentalistes ou islamistes qui dominent, il est vrai, le panorama militant). Si la langue rituelle des musulmans de France est l'arabe, la langue de l'intelligibilité de l'islam est la langue française. C'est bien cela qui agace profondément les islamistes, d'où les stratégies de disqualification de l'école à partir de la guerre du voile.

La francité qui permet de parler d'identité nationale n'épuise pas le stock de références identitaires mineures (pas au sens qualitatif de ce terme, mais au sens quantitatif). L'attachement aux traditions régionales, qui étaient autant de sous-cultures, dans la France des deux derniers siècles, n'a jamais fait parler de multiculturalité. Tout simplement parce qu'il existe un sentiment d'identité nationale qui subsume le tout.

Michel Renard

- voir le débat dans Le Monde : cliquer ici

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Esther Benbassa, directrice d'études
à l'École pratique des hautes études (EPHE)


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17 février 2009

réponse à Emmanuel Raveline

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Noël-Nicolas Coypel, L'enlèvement d'Europe
, 1726


identité nationale et Europe

réponse à Emmanuel Raveline



J'avais posté, en forme de commentaire
, sur le blog d'Emmanuel Raveline (Big Blogger), ma réponse à Thomas Wieder au sujet d'un musée de l'histoire de France. Emmanuel Raveline a répondu à ce texte, ce dont je le remercie. Je lui réponds à mon tour.
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1) politique sociale en Europe ?

Emmanuel Raveline (ER) me reproche de douter de l'existence d'une politique sociale en Europe et renvoie à la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Or, ce texte proclamé le 7 décembre 2000 par le Parlement, le Conseil et la Commission ne fait qu'énoncer des principes. Il n'instaure pas une politique. Sur ce point, ER, comme beaucoup en matière d'européolâtrie, prend le mot pour la chose. Deux éclairages sur la politique sociale de l'Union européenne.

a) Le 25 avril 2006, au congrès de la CGT, John Monks, secrétaire général de la Confédération Européenne des john_monks36o_4Syndicats fit le récit suivant :
«Chers camarades, lorsque je suis passé de la TUC à la CES, j’ai effectué des visites de courtoisie à Bruxelles. J’ai notamment rendu visite à un haut responsable irlandais de la Commission européenne que je connais depuis 10 ans. Il m’a félicité en ces termes – "Vous arrivez 10 ans trop tard. Delors est parti depuis longtemps. L’Europe sociale s’est arrêtée. Toute notre attention est portée sur la promotion de la croissance économique. Vous n’arriverez à rien de plus. Vous pourrez seulement maintenir l’acquis de vos prédécesseurs. Pourquoi n’êtes-vous pas resté à Londres ?". Et bien, ce fut un conseil dur et brutal. Mais cela était une impression juste et souvent lucide de mon expérience de ces dernières années - pas seulement au niveau européen, mais aussi au niveau national où les pressions tendent vers une Europe moins sociale, une France moins sociale, une Allemagne moins sociale etc.»

b) La Charte, dans son chapitre IV "Solidarité", ne dit pas un mot du chômage ni des mesures de protection contre celui-ci. La "solidarité", dans sa version Union européenne, ignore les travailleurs sans emploi.
Florence_LefresneQuestionnée il y a quelques jours sur les systèmes d'indemnisation du chômage en Europe, Florence Lefresne, économiste à l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires), explique : «Les disparités nationales restent sensibles. Pour autant, on assiste bien à des évolutions communes. Le durcissement des critères d’éligibilité, la réduction des montants et des durées d’indemnisation, le renforcement des contrôles, et enfin la redéfinition de l’"emploi convenable", décrivent des évolutions partagées au sein de l’Union européenne et au-delà. Le diagnostic d’un rétrécissement du champ de l’assurance-chômage au profit de logiques d’assistance subordonnée à la reprise de petits boulots est commun à presque tous les pays.» (Challenges.fr, 3 février 2009). Bravo…


2) La question de la langue dans l'identité nationale
Emmanuel Raveline écrit : «Surtout, le caractère extraordinairement péremptoire de la phrase : "la base de l’identité étant la langue" laisse pantois. Voici bien, je crois, les excès d’une idéalisation de "l’âme de la France" !»

Ma formule "la base de l’identité étant la langue" était, certes, rapide. Mais ER aurait dû écrire au lieu de Rapport_abb__Gr_goire«…laisse pantois» : «…laisse patois»…! L'identité linguistique de la France (plurielle, je le sais, puisque 75 langues sont utilisées en métropole et en outre-mer) est en effet le fruit d'une longue histoire qui connut au moins deux affrontements majeurs :

a) avec le latin en 1539 (édit de Villers-Cotterêts qui rend la langue française obligatoire dans les procédures et décisions de justice) et en 1635 (avec la création de l'Académie française par Richelieu afin de veiller au bon usage de la langue) ;
b) avec les patois au moment de la Révolution française : «Aujourd'hui que nous ne sommes plus ni Rouergas, ni Bourguignons etc., et que nous sommes tous Français, nous ne devons avoir qu'une même langue comme nous n'avons qu'un seul coeur» (réponse à l'abbé Grégoire).

Que le rapport d'intimité entre l'identité et la langue ne soit pas le même dans d'autres nations européennes ne saurait invalider la force de cette corrélation dans le cas français.

La Suisse connaît un regain d'expression patriotique dans lequel les valeurs nées du pacte de 1291 sont plus importantes que l'usage linguistique évidemment puisqu'on y parle trois langues différentes. La Belgique est en proie à une crise d'unité nationale avec la confrontation de l'identité flamande et Espagnede l'identité wallonne, le sentiment national n'ayant jamais pu se définir par l'usage d'une langue vu le pluralisme linguistique. Quant à l'Espagne, c'est une nation multinationale. La constitution reconnaît les autonomies des différentes nations à commencer par la Catalogne à l'identité très forte et dans laquelle le catalan est aujourd'hui la langue dominante du système scolaire. L'identité catalane s'affirme dans une rivalité avec l'identité nationale espagnole.

Dans ces trois pays, il est clair que l'absence de tropisme linguistique affaiblit la conscience identitaire nationale, voire en a entrepris le démantèlement (Belgique).



3) une langue commune en Europe ?

Emmanuel Raveline écrit : «Que les Européens ne parlent qu’une langue, grand dieu !, ce serait effectivement terrible. Qu’ils aient, indépendamment de leur langue nationale, une langue commune, on peut - et si on est europhile, on devrait ! - le souhaiter».

Que d'exaltation ingénue…! Souhaiter une langue commune… Mais quelle langue commune ? Une langue ne saurait surgir d'un sentiment europhile. Le bilinguisme, aux dires des spécialistes, affecterait la moitié de la population du monde. Dans la plupart des cas, cependant, il s'agit d'un bilinguisme déséquilibré et causé par des facteurs souvent non désirés tels que les migrations. En Europe occidentale, la règle a plutôt été le logo_globish4monolinguisme. Quelle langue commune pourrait donc faire l'affaire…? Ne parlons pas de l'esperanto, ce n'est pas une langue : une langue se définit, en effet, par un vocabulaire, une grammaire, une syntaxe et par une littérature. Ne parlons pas non plus du globish dont les 1500 mots ne produisent qu'une terminologie de l'inculture.

On voit mal quelle langue seconde pourrait faire l'objet a) d'un choix largement majoritaire dans les actuels 27 États de l'Union européenne (sauf par les usagers de la langue qui serait élue, évidemment), et b) d'un apprentissage dont l'ampleur permettrait à tous les citoyens de l'Union de s'inter-comprendre vraiment, d'avancer vers la reconnaissance des éléments d'une culture commune.

On dira que l'anglais a déjà conquis la position de langue seconde des citoyens des États européens. C'est faux. Le Rapport d’enquête sur la connaissance de l’anglais en Europe (1989) a montré que seuls 6% de la population accèdent à la compréhension de l'anglais. Il n'y a pas d'interlangue européenne.

La pluralité linguistique est liée à des histoires culturelles qui ne peuvent se substituer les unes aux autres sauf à se tuer les unes les autres. Il faut respecter et pérenniser la diversité ou bien tabler sur un effondrement des identités culturelles du Vieux continent au terme duquel s'imposerait aux survivants déculturés et aphasiques un quelconque europish qui serait aux riches langues de culture de l'Europe ce que le globish est à l'anglais de Shakespeare.


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4) une histoire commune en Europe ?
Emmanuel Raveline écrit : «L’histoire des pays en Europe depuis la CECA jusqu’à aujourd’hui est une histoire qui rapproche plus que jamais les peuples européens.
Il est intéressant que les exemples donnés par M. Renard soient uniquement liés à des conflits militaires : la Guerre de Cent Ans, les conflits avec les Habsbourg, les guerres révolutionnaires et napoléoniennes».

a) Je ne vois pas que l'Union européenne ait rapproché les peuples de l'Europe. Aucun enthousiasme populaire berlinn'a jamais accompagné les différentes étapes institutionnelles de la CECA jusqu'à l'Euro. Rien de comparable à l'unification italienne au XIXe siècle, par exemple ; ni à la chute du Mur de Berlin en 1989. Aucun mouvement populaire n'a jamais été suscité par ce processus qui reste un mécanisme par en-haut. Il n'y a pas de fraternité européenne.

b) une histoire commune impliquerait que le sens des événements du passé soit partagé. Pour l'essentiel, il n'en est rien. C'est bien pourquoi, l'évaluation des guerres et des affrontements reste un indice lourd pour comprendre l'évolution différenciée des peuples et États en Europe. Mais ce ne sont pas les seuls facteurs historiques continentaux, bien sûr ; il faut compter avec la féodalité, avec le christianisme, avec la Renaissance, avec les Lumières, avec le capitalisme et l'industrialisation, avec la conquête démocratique, avec la suprématie européenne sur le monde pendant cinq siècles…

5) un idéal européen ?
Emmanuel Raveline écrit : «Qu’est-ce que l’idéal européen ? C’est une question très compliquée, j’en conviens. Mais je crois qu’un résumé qui éviterait d’être trop cavalier pourrait être le suivant : la recherche des modalités d’une histoire commune hors de la violence. Quel est le génie de cet idéal ? Le choix de l’histoire longue, contre la foi en l’instant, l’immédiateté, le pouvoir de la «journée». De même que la représentation est en politique une dilatation de la volonté et de l’action, donc en partie une dilatation du temps, de même la construction européenne repose sur une même dilatation du temps, ainsi que je le disais dans un autre billet. Cette dilatation que notre histoire nationale a beaucoup de mal à accepter... c'est l'histoire elle-même».

a) On peut rêver à une «histoire commune hors de la violence» comme au Moyen Âge Pierreon rêvait à un ordre chrétien universel. Est-on sûr d'éviter les Croisades ? En attendant, le conventionnalisme par lequel l'Union européenne s'est édifiée reste purement économique. Il n'y a guère d'idéal là-dedans. ER évoquait plus haut «les excès d’une idéalisation de l’âme de la France». Je crois qu'il s'installe dans un excès d'idéalisation de l'âme de l'Europe.

b) Mais son propos n'est pas clair : on ne sait s'il parle d'une histoire à venir (comme lui, on la souhaite hors de la violence) ou d'un discours historique ne retenant du passé que le non violent… ; il ne s'agirait plus alors de «dilatation du temps» mais d'altération du temps historique.

Michel Renard

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6 février 2009

"Ils nous ont pris Jeanne d'Arc, cette fille du peuple..." (Jean Perrin, 1935)

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«Ils nous ont pris Jeanne d'Arc...»

discours de Jean Perrin le 14 juillet 1935

Les manifestations des Ligues le 6 février 1934 ne sont pas à l'origine directe du Front populaire ; la dénonciation des socialistes par le PCF, accusés d'être les complices du fascisme, continue jusqu'en juin 1934.
Mais au congrès du PCF en juin 1934 à Ivry, le virage est pris. Le 27 juillet 1934 est conclu le pacte d'unité d'action pour "battre le fascisme", entre socialistes et communistes.
Le 14 juillet 1935 a lieu la prestation de serment (voir photo ci-dessous). À cette occasion, le matin, Jean Perrin, prix Nobel de physique, prononce le discours est extrait le passage suivant :


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- Ils nous ont pris Jeanne d'Arc, cette fille du peuple, abandonnée par le roi que l'élan populaire venait de rendre victorieux et brûlée par les prêtres qui depuis l'ont canonisée.

Ils ont essayé de vous prendre le drapeau de 89, ce noble drapeau tricolore des victoires républicaines de Valmy, de Jemmapes [1], de Hohenlinden [2], de Verdun [3], ce drapeau qui tout à l'heure, à nouveau coiffé du bonnet phrygien de 92, va flotter au devant de nos troupes, symbole des libertés que vous avez conquises, à côté de ce drapeau rouge devenu celui de l'Union Soviétique – et qui lui, symbolise l'espérance des malheureux.

Ils ont enfin essayé de nous prendre cette héroïque Marseillaise, ce chant révolutionnaire et farouche qui fit trembler tous les trônes d'Europe, en ce temps qu'il ne faut tout de même pas oublier où notre Grande République appela la première tous les peuples à la liberté, cette Marseillaise qui a été, pendant un siècle, le chant des peuples opprimés, et de la Russie elle-même, cette Marseillaise de Rude qui sculpta son envol sur cet Arc de Triomphe qui abrite votre frère inconnu et où vous n'avez pas le droit de passer.

Jean Perrin, discours du 14 juillet 1935, cité par Georges Lefranc,
Histoire du Front populaire, Payot, 1965 (éd.1974), p. 84-85.



[1] Georges Lefranc a noté ces "erreurs historiques" : "Ni Valmy, ni Jemmapes ne sont des victoires républicaines. L'armée qui les remporte est encore une armée royale". Sans doute, mais peut-être Jean Perrin, faisait-il allusion à la chronologie : Valmy (20 septembre 1792) a provoqué la proclamation de la République (21 septembre 1792), et Jeammapes, autre victoire sur les Autrichiens, eut lieu le 6 novembre 1792.
[2] Victoire de Bonaparte sur les Autrichiens, le 3 décembre 1800, à Hohenlinden (environs de Munich).
[3] Bataille de Verdun en 1916.

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manifestation du 14 juillet 1935 de la Bastille à la Nation ;
le discours de Perrin, prix Nobel de physique, fut prononcé le matin lors du rassemblement
au vélodrome Buffalo à Montrouge


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Jean PERRIN (1870-1942)
repères biographiques
Né à Lille le 30 septembre 1870, Jean Perrin fait ses études secondaires à Lyon. Il les termine à Paris en classe de Mathématiques supérieures au lycée Janson de Sailly. Bachelier ès lettres et ès sciences, il est reçu à l’École normale supérieure en 1890 (promotion de 1891 après le service militaire). Agrégé de physique en 1894, il reste à l’École normale comme agrégé préparateur de 1895 à 1898. Il est docteur ès sciences en 1897.
Professeur à l’École normale supérieure de Sèvres (1900-1925), il devient professeur de chimie-physique à la Faculté des sciences de Paris (1910) où il reste jusqu’à la retraite en septembre 1940.
Pendant la guerre de 1914-1918, il est mobilisé comme officier du génie puis attaché au service de recherches de la Défense nationale (1915) : il crée plusieurs appareils acoustiques dont sont équipées les armées françaises.
Il reçoit le prix Nobel de physique en 1926.
Il a un rôle primordial dans l’organisation de la recherche française : fondateur de l’Observatoire de Haute Provence, il est à l’origine du Centre National de la Recherche Scientifique, et crée le Palais de la Découverte (1937).
Il est Sous-Secrétaire d’État à la Recherche Scientifique dans le gouvernement de Léon Blum (octobre 1936).
Après l’armistice de 1940, il part en zone libre à Lyon puis se rend aux États-Unis au début de 1942. Il meurt à New-York le 17 avril 1742. Des funérailles nationales sont organisées le 18 novembre 1948, ses cendres sont transférées au Panthéon.

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5 février 2009

musée(s) de l'histoire de France

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Pharamond élevé sur le pavois, Pierre-Henri Révoil et Michel Genod (1841)



nouveau musée de l'histoire de France

discussion, scepticisme, mise au point

 

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Les historiens plutôt sceptiques

Un musée à la hauteur de son propos. Nicolas Sarkozy a annoncé début janvier, lors de ses voeux au monde culturel, qu'il souhaitait créer un nouvel espace dédié à l'histoire nationale. Parmi les lieux pressentis pour accueillir le projet, l'hôtel des Invalides (7e) semble favori. Mais deux musées d'histoire de France existent déjà en Ile-de-France : l'un à Versailles (Yvelines), l'autre aux Archives nationales (Paris, 3e). Certains observateurs se demandent donc si un troisième est bien nécessaire. «Les deux musées existants, personne ne les connaît. Il n'y a aucun véritable espace représentant l'histoire de la nation telle qu'elle le mérite», justifie Marc Ferro, du Centre de recherche historique (CRH) de Paris.

Pierre Nora, historien et auteur des Lieux de mémoire, se montre plus réservé sur le choix des Invalides, en raison de la «présence militaire», et souligne qu'«il faut garder une distance critique pour éviter de faire un musée qui glorifie l'identité nationale». Marc Ferro le rejoint sur ce point : il soutient l'initiative, «à condition de mettre en avant des regards croisés. Il suffit pour cela de choisir des historiens de sensibilités différentes pour chaque époque.»

Restent plusieurs réserves, pratiques et financières, que met en évidence Pierre Nora. «Dépenser des millions d'euros sur un projet pas indispensable, alors que l'on ferme des centres culturels français à l'étranger, ça ne me paraît pas une priorité. Sans compter le climat d'hostilité de la part des établissements qui devront céder des pièces.» Conclusion rédhibitoire : «Pour moi, ce projet aux Invalides est mort et enterré.»

Oihana Gabriel, 5 février 2009
20minutes.fr

réaction

L'existence de deux musées d'histoire de France n'est pas un argument suffisant pour invalider un projet qui devrait avoir une plus grande envergure.

À Versailles, le musée, riche en tableaux, est dédié "à toutes les gloires de la France". Ce ne devrait pas être l'optique d'un musée s'inspirant du renouveau historiographique français depuis l'école des Annales.

Le musée de l'histoire de France de l'hôtel Soubise (Paris 3e), de facture traditionnelle, expose surtout les documents majeurs de l'histoire nationale ; c'est le trésor des Archives nationales. Le nouveau projet devrait présenter un éventail beaucoup plus diversifié de sources et relever d'une muséographie transfigurée.

Michel Renard

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salle 1792 du musée de l'histoire de France au château de Versailles

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une salle du musée de l'histoire de France dans l'hôtel Soubise (Archives nationales)


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4 février 2009

oui ou non la France doit-elle être la France ?

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  village d'Itterswiller dans le Bas-Rhin (Alsace)                   métro parisien (Hector Guimard)



la France doit-elle être la France ?

général De Gaulle, en décembre 1963

Dans une lettre que De Gaulle écrivit à Raymond Aron pour le remercier de l'envoi du Grand débat, ouvrage du sociologue, le général écrivait :
- "Mon cher Raymond Aron, j'ai lu Le Grand Débat, comme je lis souvent ce que vous écrivez, ici et là, sur le même sujet. Il me semble que si vous y revenez sans cesse et avec tant de vivacité, c'est peut-être pour cette raison que le parti que vous avez pris ne vous satisfait pas pleinement vous-même. Au fond, tout : “Europe”, “Communauté atlantique”, “OTAN”, armements", etc., se ramène à une seule et même querelle : oui ou non la France doit-elle être la France ? C'était déjà la question à l'époque de la Résistance. Vous savez comment j'ai choisi et moi je sais qu'il n'y a pas de repos pour les théologiens. En vous félicitant de votre entrée à l'Institut, je vous demande de croire, mon cher Raymond Aron, à mes sentiments les meilleurs". (9 décembre 1963)

cité par Nicolas Baverez, Raymond Aron,
Flammarion, 1993, p. 377
9782082104944FS

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               De Gaulle dans la Drôme, lors de son discours à Die, en 1963 (source)


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source


«oui ou non la France doit-elle être la France ? C'était déjà la question

à l'époque de la Résistance», Charles De Gaulle, 1963


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1 février 2009

«La nation n'est pas périmée»

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Chevènement :

«La nation n'est pas périmée»


Entre l'Union européenne, la mondialisation économique et la décentralisation au profit des régions, la nation est-elle un espace politique périmé ?

C'est à cette question que le Groupe de recherche, d'éducation et de prospective (GREP) Midi-Pyrénées a invité à répondre Jean-Pierre Chevènement, hier à l'École supérieure de commerce. En version courte, le président du Mouvement républicain et citoyen répond non.

Il en prend d'ailleurs pour preuve les réponses nationales à la crise financière que nous traversons. Certes chaotiques, certes tâtonnants, les plans d'urgence ou de relance présentés par les nations le démontrent. Les États-Unis et ses 600 milliards, la Chine et ses 400 milliards, le Japon et ses 200 milliards… «Seul l'État nation apparaît légitime pour annoncer des chiffres aussi mirobolants», constate Jean-Pierre Chevènement. La France et ses 26 milliards ? «Ce n'est pas beaucoup mais c'est une somme dont on ne savait pas qu'elle existait puisque les caisses étaient vides», ironise l'ancien ministre.

Quoi qu'il en soit, en écartant le nationalisme, «maladie de la nation», et une définition ethnique de la nation où l'on manipule «la matière explosive de l'identité» ; en écartant l'idée d'une nation européenne «pas d'actualité», qu'elle repose sur l'idéologie post-nationale très allemande ou l'utopie développée par Dominique Strauss-Kahn ; en constatant la «désuétude du mythe fédéraliste», les nations ont de beaux jours devant elles.

Car, rappelle le président du MDC, elles sont «le lieu de la démocratie, de la solidarité, du sentiment d'appartenance». À la vérité, il affirme qu'envisager l'obsolescence de la nation ne serait qu'un «problème existentiel européen». Ailleurs, aux États-Unis, en Chine ou en Inde, il ne se pose pas.

source : la Dépêche de Toulouse (1er février 2009)


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la France protège le drapeau national contre
l'antipatriotisme, 3 octobre 1909
(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

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31 janvier 2009

Histoire politique de la Nation française

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le titre refusé d'une

Histoire politique de la Nation française


L'historien Emmanuel Le Roy Ladurie, il y a plus de dix maintenant, répondait à Laurence W. B. Brockliss, professeur d'histoire à l'université d'Oxford, qui avait établi une recension de son ouvrage L'État royal, l'un des volumes de l'Histoire France Hachette (1987). En note, il précisait :

"M. B. sera intéressée d'apprendre en effet que les cinq volumes d'Histoire de France Hachette, dus à Duby, moi-même, Furet et Agulhon devaient au départ s'intituler collectivement Histoire politique de la Nation française, appellation à laquelle tenait beaucoup François Furet, féru comme on sait d'histoire politique. Mais l'éditeur en a décidé autrement, par la suite."

M.R.


9782010088780FS

- source de l'article d'Emmanuel Le Roy Ladurie

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22 janvier 2009

la condamnation d'Israël : ressorts inavoués

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ressorts inavoués

Michel RENARD

Il saute aux yeux que l'ampleur et la fureur des réactions devant les victimes de l'intervention israélienne à Gaza ont des ressorts inavoués.
Bien sûr, les images de victimes civiles, enfantines notamment, sont insoutenables. Comme l'étaient celles des attentats suicides en Israël toutes ces dernières années ; des enfants aussi sont morts. On ne manifesta pas contre le "carnage" quand Saïd Khutari se fit exploser avec sa bombe devant le Dolphinarium de Tel Aviv en juin 2001 causant la mort de 16 adolescents.
Qui donc condamna le fondateur du Hamas, cheikh Yassine, quand il déclara le 11 juin 2003 : "à partir de maintenant, tous les civils israéliens sont des cibles" ? Pareillement les milliers de victimes des attentats de musulmans sunnites contre des musulmans chiites à Bagdad depuis 2003 ne déchaînèrent aucune réprobation enflammée.
En avril 2007, ces attentats coûtèrent la vie à 170 personnes en un seul jour dans le quartier chiite de Bagdad : "J'ai vu des dizaines de cadavres. Certaines personnes ont été brûlées vives à l'intérieur de minibus. Personne n'a pu les en sortir après l'explosion", témoignait le photographe de l'agence Reuters.
Mais comment choisir la bonne victime à déplorer – les deux protagonistes étant pareillement musulmans ? Dans le cas de Gaza, la véhémence des défenseurs publics du Hamas palestinien se nourrit de l'antisémitisme qu'elle permet d'extérioriser sous couvert d'une condamnation d'Israël pour traitement inhumain à l'égard de populations civiles.
Je ne défends pas l'intervention israélienne – elle a aussi des ressorts cachés. Mais, de grâce, ne soyons pas dupes. L'antisémitisme est une composante de l'islamisme international. Le sort des Palestiniens n'est qu'un vecteur instrumentalisé de cette haine antijuive que l'islam fondamentaliste fait mijoter depuis des décennies. Et dont en France, désormais, résonne l'écho.

Michel Renard
co-auteur de Faut-il avoir honte de l'identité nationale ?
(Larousse)


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Gaza, janvier 2009


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Israël, 2007




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24 janvier 2009

réponse à Thomas Wieder sur le musée de l'histoire de France

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bons et mauvais arguments

sur le musée de l'histoire de France

Michel RENARD

 

 

img_auteur_2109Thomas Wieder, jeune historien et collaborateur au Monde des Livres, publie un article intitulé "Nicolas Sarkozy, professeur d'histoire" (23-janvier 2009). Il s'attaque au projet annoncé par le président de la République de créer un musée de l'histoire de France.

"Sur le fond, M. Sarkozy s'en est tenu à quelques axiomes - écrit Thomas Wieder. Ce musée, a-t-il précisé, aura vocation à "questionner notre histoire de France dans son ensemble". Insistant sur sa "cohérence", le chef de l'État a souhaité que celle-ci ne soit plus abordée "par petits bouts", à travers ses "pages glorieuses" ou ses "pages un peu plus délicates", mais comme "un tout"..." On ne voit là rien à dire contre les propos du président de la République.


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Henri IV rencontrant Sully blessé après la bataille
d'Ivry en mars 1590
, peinture de François-André Vincent, 1783,
Musée national du château de Pau

Mais puisque la politique consiste, apparemment, à rester "fidèle à son camp" au prix même de l'hypocrite critique de son adversaire (car envisager la création, en France, d'un musée de l'histoire de France, quoi de vraiment répréhensible...!?), Thomas Wieder mobilise quelques arguments jésuitiques. Réponse.


chaque apparition du roi lors d'une campagne militaire

faisait vibrer les foules (Joël Cornette)

1) Au sujet du "type d'histoire qui y sera professée", Thomas Wieder écrit : "Symboles du passé militaire et monarchique de la nation, bien plus que de son identité républicaine, ces lieux [Versailles, les Invalides...] sont aussi hantés par les mânes de "grands hommes" - Louis XIV, Napoléon, de Gaulle - dont le souvenir est lié à quelques idées-forces : l'autorité, la centralisation et la guerre. Cette vision du passé national, volontiers martiale et résolument impénitente, laisse la plupart des historiens perplexes". (Thomas Wieder)

réponse - Pourquoi le passé militaire et monarchique de la nation devrait-il être rabaissé au profit de l'identité républicaine ? Les deux sont aux racines de notre être français. Martial ? Et alors ? La guerre est le père de tout (polemos pater pantôn), disait Héraclite. Comment comprendre les grands siècles de l'influence française sans le lien entre la guerre et la "plus grande puissance de commander", c'est-à-dire l'État, c'est-à-dire la France ? La guerre est intimement liée à l'histoire nationale. Il n'est pas un historien sérieux pour ergoter là-dessus.
Il suffit de lire l'ouvrage de Joël Cornette : la guerre "est tout à la fois un facteur d'explication et de compréhension de la construction et du fonctionnement de l'État, et plus particulièrement encore, dans une Europe à majorité monarchique, de l'autorité souveraine" (Le roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, éd. 2000, Payot, p. 13).
Les affinités entre la guerre et la nation sont évoquées en ces termes (martiaux ?) par Louis_xiv_MaastrichtJoël Cornette : "pour comprendre l'adhésion à la figure d'un prince guerrier et vainqueur, cristallisant le désir de gloire d'une collectivité vibrant avec une sincérité non feinte aux nouvelles des victoires, ou compatissant aux malheurs du roi, nous ne pouvons exclure la force d'une attente et d'une demande populaire largement partagées, identifiant la royauté à une conscience patriotique, comme ce fut déjà le cas bien plus tôt, à l'époque de Jeanne d'Arc. (...) tous les témoignages concordent : chaque apparition du roi lors d'une campagne militaire faisait vibrer les foules, massées sur son passage. La représentation du roi de guerre fait bien partie de l'imaginaire glorieux de la monarchie, au même titre que l'image du roi fécond qui apporte la nourriture à ses sujets" (p. 281-282).

la langue que je parle n'a pas été créée par la République

Autorité, centralisation, guerre... la question n'est pas de juger ces notions à l'aune de notre morale actuelle, mais de saisir que sans elles il n'y a pas de France. "L'absence d'État défait la France", comme le notait le général De Gaulle en 1956.

Thomas Wieder affirme que "la plupart des historiens" reste "perplexes" devant cette vision du passé national. Ah bon... Quels historiens ? Quelques-uns peut-être. Pas la plupart. Et surtout pas l'essentiel de l'historiographie française comme nous le montrons dans Faut-il avoir honte de l'identité nationale ?

Quant à la République, elle ne saurait assumer l'entièreté de l'être français. Je suis profondément républicain. Mais la langue que je parle n'a pas été créée par la République. La langue française, qui résonne et raisonne de tant d'esprits, est antérieure à la République, et pourtant ingrédient fondateur de notre francité.

Un autre historien, que nous avions déjà évoqué ici-même, Vincent Duclert, répète son attachement viscéral à la notion d'identité républicaine, repoussoir prophylactique selon lui de l'identité nationale. Il se réjouit d'entendre le ministre Éric Besson, déclarer que "l’identité nationale c’est l’identité républicaine". Ce propos n'est pourtant pas exclusif. L'identité d'un pays est une combinaison historique. Dire que la nation c'est la République n'exclut pas ce qui constitue la nation avant la République et dont nous sommes évidemment redevables car notre culture nous y a associés dès notre plus jeune âge, et particulièrement à l'école.

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M. Cler, un professeur de lettres, années 1970 (source)

 


un patrimoine de réflexes enracinés dans la longue durée

2) "Mais la conception d'une histoire de France convoquée à des fins édifiantes - pour "renforce(r) l'identité qui est la nôtre", selon les termes employés par M. Sarkozy -, semble pour nombre d'historiens totalement anachronique. "Je ne vois pas l'intérêt de figer dans un musée ce qu'Ernest Lavisse a fait il y a un siècle dans les manuels de la IIIe République", explique ainsi Jean-Noël Jeanneney, dont l'un des livres interroge le rapport des présidents à l'histoire (L'avenir vient de loin, Seuil, 1994)." (Thomas Wieder)

réponse - Que la vision d'Ernest Lavisse soit marquée par le grand projet politique assimilateur de la IIIe République est une évidence. Qu'il ne faille pas rééditer ce dispositif tel quel est encore une évidence (quoi que...). Mais cela interdit-il tout projet de reconnaissance par une nation des éléments de son identité historique ? Ou alors, dites-nous que c'est la dimension historique elle-même qui vous insupporte. Dites-nous que la synchronie a évacué toute diachronie. Dites-nous qu'un peuple n'a plus le droit de se reconnaître dans sa filiation chronologique, que seule compte la "société" et non plus la "nation". Dites-nous que la sociologie a évincé l'histoire.

De Jean-Noël Jeannenay, on peut surtout retenir cette formule : La République a besoin d'histoire. Oui, la république a besoin d'histoire parce qu'elle n'est pas l'alpha de notre existence nationale : "À l'opposé des thuriféraires du «tout beau tout neuf» des apôtres de l'accélération de l'Histoire, des dénonciateurs de la conduite «les yeux dans le rétroviseur», on doit rappeler que nul acteur ne peut jamais se couper d'un patrimoine de réflexes enracinés dans la longue durée" explique Jean-Noël Jeanneney.

D'accord avec lui. Mais Sarkozy aurait parlé d'un "patrimoine de réflexes enracinés dans la longue durée", qu'on lui serait tombé dessus à coup d'épithètes tels que "barrésien", "sociobiologiste", "pétainiste", etc.


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les Très riches heures du duc de Berry, XVe siècle

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faucheurs et faucheuses dans le Nivernais, début du XXe siècle

 

roman national

3) "Professeur à l'université Paris-XII, François Dosse voit, quant à lui, dans le projet de M. Sarkozy "une entreprise régressive sur le plan théorique". "Les recherches récentes sur la nation, comme celles de Pierre Nora, nous montrent que le roman national n'est pas une donnée mais une construction qui a elle-même une histoire, explique-t-il. Je crains qu'un tel musée, en niant cette complexité, nous ramène cinquante ans en arrière." (...)" (Thomas Wieder)

réponse -  Pur sophisme... J'aime bien les ouvrages de François Dosse. Mais cette déclaration est vide de sens.
D'abord, que Pierre Nora ait montré le caractère construit du "roman national" ne prive pas celui-ci d'épaisseur historique ni d'intériorisation par les sujets qui y trouvent la matrice de leur individuation nationale.
Tout fait social en histoire est construit, comme le rappelle Maurice Agulhon que nous citons dans Faut-il avoir honte de l'identité nationale ? Cela le priverait-il de réalité ou d'intérêt ?
Ensuite, il n'y a que procès d'intention à craindre un musée refusant la "complexité" de l'histoire de France. La vérité, c'est que tout rappel de l'identité nationale agace les esprits faibles qui la réduisent au spectre Barrès-Maurras-Pétain. Ils ont tellement assimilé à une vraie pensée le vade mecum antiraciste des années Mitterrand, tellement acquiescé à l'équivalence Français = beauf raciste, qu'ils ignorent la prégnance positive et généreuse d'une telle référence dans la culture française, dans la tradition politique française.

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1938

 

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1944

 


l'Europe, tueuse d'identités nationales ?

4) "À ces soupçons s'ajoutent deux critiques plus fondamentales. La première vise la pertinence même d'un musée circonscrit à l'Hexagone. "Cela a-t-il un sens, alors que notre cadre de référence est aujourd'hui l'Europe, de faire un musée qui célèbre, comme le dit Max Gallo cité dans le rapport Lemoine, l'"âme de la France" ?", se demande ainsi Nicolas Offenstadt, maître de conférences à l'université Paris-I et coauteur de Comment Nicolas Sarkozy écrit l'histoire de France (Agone, 2008)" (Thomas Wieder).

réponse - De quoi l'Europe est-elle le "cadre de référence" ? De politiques économiques et sociales (?) communes peut-être. Certainement pas d'une identité commune. Pour une raison élémentaire. La base de l'identité étant la langue, on ne parlera jamais (c'est à espérer... ou alors quel désastre culturel...!) la même langue dans les nombreux États de l'Union européenne. On n'aura jamais les mêmes références historiques.

Cela n'empêche pas de lire l'histoire nationale dans ses rapports avec l'Europe, évidemment. Comment comprendre le patriotisme de Jeanne d'Arc sans référence à l'histoire anglaise, comment comprendre la monarchie des XVIe et XVIIe siècles en dehors du conflit avec les Habsbourg, comment comprendre la "Grande Nation" et l'épopée napoléonienne en dehors de l'hostilité des monarchies européennes à la Révolution française...?

L'Allemagne possède un Musée de l'histoire allemande (Deutsches Historisches Museum) abrité par l'Arsenal (Zeughaus) et par un nouvel ensemble réalisé par l'architecte de la Pyramide du Louvre, Ieoh Ming Pei, à Berlin même. Une présentation de ce musée en décrit la composition : "Sur près de 7.500 m², neuf salles consacrées chacune à une époque sont autant d’étapes à travers l’histoire allemande, de ses premières heures à nos jours". Deux mille ans du passé allemand sont retracés, lit-on sur le site du Musée.

Il existe un Musée national de l'histoire américaine (National museum of American History) ayant pour mission la compréhension de "notre nation et de ses nombreux peuples". Pourquoi la France ferait-elle exception ?

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Musée de l'histoire allemande, à Berlin

 



deux catégories de Français qui ne comprendront jamais

l'histoire de France (Marc Bloch)

5) "La seconde critique porte sur la finalité même de la discipline historique. "L'histoire, explique Gérard Noiriel, directeur d'études à l'Ehess, ne se réduit pas à une collection de faits et de personnages. Pour les historiens républicains, comme Marc Bloch, elle devait d'abord forger l'esprit critique par la confrontation des sources. Je me demande pourquoi on mettrait de l'argent dans un musée d'histoire voulu par le président alors qu'on tranche dans les crédits de l'université et du CNRS, où la recherche se fait de façon indépendante."  (...)" (Thomas Wieder)

réponse - Gérard Noiriel fait semblant d'ignorer qu'il existe plusieurs types d'expression de l'histoire. La recherche en est une, la muséographie en est une autre. La nation a le droit de donner à ses citoyens l'image de deux milles ans de leur histoire - pour compter comme le Musée de l'histoire allemande.

Quant à Marc Bloch, Noiriel fait un usage infidèle de la pensée de celui qui a écrit : "Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. Peu importe l'orientation présente de leurs préférences. Leur imperméabilité aux plus beaux jaillissements de l'enthousiasme collectif suffit à les condamner". Marc Bloch aurait condamné les raisonnements de Gérard Noiriel.

Michel Renard
co-auteur de Faut-il avoir honte de l'identité nationale ?

 

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Hippolyte Lecomte, L'entrée de l'armée française à Rome, 15 février 1798 (1834),
musée national du Château de Versailles ;
un musée de l'histoire de France ferait, évidemment, droit à l'Europe


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20 janvier 2009

bon pour les autres

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bon seulement pour les autres...?

Michel RENARD


Lu dans Le Monde daté du 19 janvier : "La nation-Obama face à l'histoire. Plus qu'un concert, ce fut une fresque patriotique. Les festivités d'investiture de Barak Obama ont commencé dimanche 18 janvier, à Washington, par un hymne à la "grandeur de l'Amérique", balayant 200 ans d'Histoire, des épisodes les plus glorieux aux moments les plus sombres. Un moment de patriotisme, mais dans sa version Obama : sans nationalisme."

Ainsi, la nation, le patriotisme, la grandeur du pays sont des valeurs adulées aux États-Unis et connotées positivement chez tous les observateurs de l'accession de Barak Obama à la Maison Blanche. En France, c'est la sociologie soupçonneuse et l'antiracisme fourvoyé qui disqualifient la nation. En attendant les élections européennes, à l'occasion desquelles les 90% de journalistes qui étaient favorables au "oui" en 2005 vont se réveiller et faire assaut de ringardisation du cadre national.

aucune action collective sans cadre national

Nous leur répliquerons avec les propos déjà anciens d'Emmanuel Todd dans l'Illusion économique (1999) : "le taux d'abstention massif à l'échelle continentale, évoque l'inexistence collective européenne. L'indifférence des peuples explique, autant que les perspectives sombres de l'économie, la faiblesse de l'euro. Pas de monnaie sans État, par d'État sans nation, pas de nation sans conscience collective". "L'Illusion économique - disait son auteur, affirme qu'aucune action collective, économique notamment, n'est possible sans utilisation du cadre national" (préface).

Cette prophétie, Barak Obama l'a faite sienne. Son discours d'investiture a été marqué par la référence aux idéaux fondateurs, aux pères fondateurs, à la dimension nationale-: «Notre nation est en guerre contre un vaste réseau de violence et de haine (...) Nous réaffirmons la grandeur de notre nation en sachant que la grandeur n’est jamais donnée mais se mérite. (...) À compter d'aujourd'hui, nous devons nous reprendre, nous secouer et commencer à refaire l'Amérique». Le 44e président des États-Unis ne parle pas de défaire son pays et de l'abandonner aux inconstances d'un cadre supranational. C'est l'inverse.

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la mobilisation de la nation

C'est la grammaire des réalités nationales qui est conjuguée pour l'arrivée de ce président. La correspondante du Figaro à Washington le rapportait le 19 janvier : "À Philadelphie, berceau de la nation américaine, où débutait l'expédition, Barack Obama a rappelé à ses compatriotes «les défis immenses» qui l'attendent en tant que 44e président des États-Unis, les invitant à prendre exemple sur «l'idéalisme et la persévérance» montrés par les fondateurs de la nation en 1776, quand ils lancèrent le combat pour l'indépendance. «Nos problèmes sont peut-être nouveaux, mais ce qui est nécessaire pour les surmonter ne l'est pas», a affirmé ce passionné d'histoire. «Ce dont nous avons besoin, c'est d'une nouvelle déclaration d'indépendance, pas seulement pour notre nation, mais dans nos vies, pour nous libérer de l'idéologie et de l'étroitesse d'esprit, des préjugés et du sectarisme», a-t-il poursuivi, avant de lancer «tout est possible en Amérique !», manière pour lui de renouveler son appel à la mobilisation de la nation en ces temps de grave crise."

Et comme l'écrit Laure Mandeville dans ce même journal aujourd'hui : "C'est sans doute parce que cette quête d'unité coïncide aujourd'hui avec celle de la nation tout entière qu'il a finalement été élu".

Ségolène Royal se flatte d'avoir "inspiré" Barak Obama. Si cela est vrai, il ne doit pas s'agir de la référence nationale, car sur le site de ses partisans à Lacanau (département de la Gironde), on écrit qu'Éric Besson, "collabo" (...!!), "se glisse dans le pantalon vichyssiste d'Hortefeux" (source).
En France, la référence à l'identité nationale c'est vichyssime...! Bravo... Mais c'est bon en Amérique. Allez comprendre.

Michel Renard

PS (1) - En Algérie, le Conseil constitutionnel vient de rappeler les conditions de candidature pour concourir à l'élection présidentielle.
Voici quelques-uns de ces critères : "un engagement (manuscrit en langue nationale officielle) signé par le candidat portant sur : la non utilisation des composantes fondamentales de l'identité nationale dans sa triple dimension, islamique, arabe et amazighe, à des fins partisanes-; la promotion de l'identité nationale dans sa triple dimension, islamique, arabe et amazighe, (...) la consolidation de l'unité nationale ; la préservation de la souveraineté nationale ; l'attachement à la démocratie dans le respect des valeurs nationales", etc... (source).
L'identité nationale, les valeurs nationales, c'est bon pour l'Algérie. Pas pour la France. Allez comprendre.

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PS (2) - Interview d'Éric Besson dans Le Monde du 20 janvier 2009:

Le concept d'identité nationale accolé à celui d'immigration ne vous gêne-t-il pas ?
Éric Besson - Je n'ai pas de problème avec ce concept. L'identité nationale c'est l'identité républicaine. J'ai toujours été frappé par l'incapacité de certaines élites françaises à assumer cette dimension-là. Pourquoi être fier d'être français serait une difficulté ? L'identité nationale ce n'est pas le nationalisme. Dire qu'on ne peut associer immigration et identité nationale, c'est une tartufferie. Il y a une dialectique évidente entre les deux. La France est une terre de métissage et l'immigration l'a enrichie. Mais il y a une tension, c'est évident. Nous avons échoué dans le fait que les jeunes qui sifflent La Marseillaise ne se reconnaissent pas en tant que Français. On doit donc traiter ce problème. (source)

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9 décembre 2008

la République ou l'Hexagonie ?

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larguons la France républicaine, ennemie de la diversité…

place à l'Hexagonie !

Chaque semaine apporte sa néfaste nouvelle. Le rapport de la Halde (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité) sur les "stéréotypes et discriminations" dans les manuels scolaires se révèle le fourrier des partisans de l'inculture, au nom du respect de la diversité. La décision du ministre Santini supprimant l'épreuve de culture générale dans les concours administratifs enfonce un coin supplémentaire dans l'application du principe d'égalité, toujours au nom du respect de la diversité. L'universel s'éloigne un peu chaque fois.

La réforme des lycées fragilise le socle des savoirs transmis au profit d'un saupoudrage d'options aussi vite choisies qu'abandonnées. La réforme des concours de recrutement des professeurs (Capes) réduit le savoir disciplinaire à une peau de chagrin au profit des gadgets délétères du pédagogisme et autres prétendues "sciences de l'éducation" qui se légitiment par la prétention de traiter la diversité. Dans les deux cas, c'est l'exigence d'une compétence intellectuelle qui s'amoindrit. République et école en chute libre, danger.

l'absence d'État défait la France

Régis Debray, prophétique, décrivait ces involutions il y a vingt ans déjà : "L'État républicain a pour fin 273810052Xd'assumer dans la société la fonction de l'universel. Il a, à ce titre, partie liée avec l'École, cette institution qui a elle-même pour fin de faire accéder tous les petits d'homme, quelle que soit leur origine sociale, à l'universalité du Savoir. L'enfant est instruit, c'est-à-dire mis en état d'exercer son jugement, afin d'être en mesure, plus tard, d'exercer ses droits et de remplir ses devoirs de citoyen (les deux n'étant pas séparables). (…) Elle requiert d'abord la dignité, la primauté, la célébration, la reconstruction des lieux, personnels et rituels d'enseignement (…) Le désarmement unilatéral et non contrôlé de l'instruction publique (au bénéfice d'autres notions et pratiques telles quel le dressage, l'apprentissage, l'information, l'habileté, l'adaptation à son milieu social ou professionnel) [il faudrait ajouter aujourd'hui à cette liste : l'adaptation à son origine, à sa communauté, à la diversité…]-; le discrédit de l'esprit critique, de l'idéal savant et du "scolaire" sous les coups du dogmatisme médiatique, la recherche, partout, de l'institution nulle ou quelconque disqualifient l'ancien État de droit au bénéfice des nouveaux pouvoirs de fait" (Que vive la République, 1989).

Voilà donc vingt ans que les éléments structurant l'identité collective républicaine - en ses grands socles en tout cas – sont malmenés. Ils l'ont été par la gauche, qui s'est acharnée contre l'école de la culture. Ils le sont par la droite, dans sa bien curieuse lutte pour le respect de la diversité.

En 1953, Charles De Gaulle confiait à son fils : "La gauche m'avait abandonné au lendemain de la Libération parce qu'elle est contre l'État. La droite m'a abandonné ensuite parce qu'elle est contre le peuple" (cité par Maurice Agulhon, De Gaulle, histoire symbole, mythe, 2000). Cinquante ans plus tard, la polarisation s'est inversée. La gauche est contre le peuple (1), la droite est contre l'État. À chaque fois, cependant, c'est la France qui pâtit parce qu'elle n'est pleinement elle-même que lorsque l'État fait la France : "l'absence d'État défait la France", écrivait le général en 1956. La France vaincue, il ne restera plus que l'Hexagonie : théâtre agonistique marqué par l'oubli d'un héritage et d'une histoire commune et par la surenchère mémorielle et tous les syndromes centrifuges de la diversité.

Michel Renard

(1) lire La gauche sans le peuple, Éric Conan, Fayard, 2004.

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