mardi 28 avril 2009

débat Daniel Lefeuvre / Marcel Détienne

Diapositive1




l'identité nationale est-elle un mythe ?


- émission du 15 janvier 2009 sur France Culture

- écouter l'émission (dailymotion)

- écouter l'émission (attendre quelques secondes la fin du bulletin d'information)


transcription d'une partie des interventions

Marcel Détienne
Tout historien sait que la France s’est faite avec une série de ce qu’elle appelle pudiquement des “rattachements”. La Lorraine a été rattachée, la Savoie a été rattachée, la Provence a été rattachée. Tout a été rattaché. (…)
Pour moi, parler des racines chrétiennes de l’Europe, c’est vraiment… Nous sommes dans les lieux communs. Est-ce qu’on va apprendre à un maghrébin qu’il a des racines chrétiennes parce que la France en a décidé ainsi ? Quand même ! Où sommes-nous ? En France, il y a 5 millions de musulmans !  Comment vont-ils se reconnaître dans ce genre de truc ? Et tout ceux qui viennent de l ‘Afrique, et qui sont Français, qu’est-ce qu’ils ont à faire de cela ? Si on ne diversifie pas, si on ne complexifie pas l’histoire de France, alors nous sommes morts.

(…) Sans l’immigration, la France ne serait rien. Elle est faite d’immigrés ! Nous sommes tous des immigrés. C’est très important de comprendre ça… La France est faite d’apports multiples. Comme toutes les nations d’Europe. Il est important d’ouvrir l’histoire de l’Europe non pas sur ses racines chrétiennes mais sur la complexité dans laquelle elle s’est faite. Notre richesse c’est ça : une multiplicité de cultures…

Quand ça devient une identité nationale comme celle qui brille au firmament du régime de Sarkozy, et qui est fondée sur rapatrier, renvoyer chez eux tous ces gens qui sont des immigrés, c’est évidemment odieux. C’est odieux à mes yeux. Et c’est odieux quand je vois ces historiens qui nous parlent d’une fracture de l’identité historique, et de la nécessité d’un réarmement moral que l’histoire apporterait. Je n’accepte pas ça. Pour moi, ça sent Vichy. A plein nez ! Ca sent le Vichy qui envoyait… Oui, on peut renvoyer un maghrébin ! C’est pas un juif… Il ne sera pas brûlé, il sera simplement renvoyé, expulsé chez lui, “il a rien a foutre ici” ! Et donc ce ministère qui fonctionne est à mes yeux odieux. On veut faire un cours d’identité nationale ! Qu’est-ce que ça va être ?

Pas d’héritage sans examen critique. On ne peut pas hériter comme ça, ah non ! On a trop hérité. Enfin… qu’est ce que c’est… ? Hériter de quoi ? (écouter le mépris dans la voix). Parce qu’on est né là, dans ce trou là ? Et qu’on a le droit d’être un héritier, qui se prend pour un grand Français, avec toute l’histoire de France derrière lui . Aaah, pas question ! Non !

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Daniel Lefeuvre
La France est une construction historique. La France est une donnée historique, elle s’est construite, et elle est ancienne. La France, c’est quelque chose qui existe et que l’on trouve soit à notre naissance, soit à notre arrivée, dans un espace qui est un territoire, une géographie, avec des paysages, avec des odeurs, avec des coutumes, avec des cultures, avec une langue, et dont les racines plongent dans le Moyen-Age.
On a donc une nation qui s’est constituée historiquement par des rattachements, mais une France qui a déjà une personnalité qui va bien au delà de l’ile-de-France, dès le Moyen-Age. (D. Lefeuvre cite des exemples)

La plupart des historiens français ont justement travaillé sur cette réalité qu’est l’identité nationale, le sentiment national. Les médiévistes montrent l’ancienneté de ce sentiment national, sa profondeur et que ce n’est pas un sentiment d’appartenance seulement dynastique mais bien un sentiment d’appartenance à une patrie, à une nation. (exemple Philippe Auguste)

On est d’abord tous, au fond, des Français héritiers de l’histoire de France. Aujourd’hui, on conteste l’identité nationale. Certains qui la contestent en même temps se réclament du mouvement anti-colonial. Mais sur quoi les mouvement d’indépendance se sont-ils fondés, si ce n’est sur l’identité nationale ? Sur quoi le FLN a-t-il fondé sa légitimité historique, sinon pour dire qu’il y a un peuple algérien, une langue, une nation et une religion ? Il y a donc bien eu un récit national, une identité nationale…

Et alors c’est extraordinaire, il y a d’un coté ce qui serait légitime quand il s’agit des anciens territoires colonisés, dont on aurait au fond écrasé l’identité nationale, et qui l’auraient libéré grâce aux indépendances. Donc, toutes les identités nationales sont justifiées, il y en a UNE qui n’aurait pas droit de cité, c’est l’identité française. Ca pose quand même un problème !

source de la transcription

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Saint-Malo

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vendredi 24 avril 2009

symboles identitaires

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les symboles "identitaires" vont être

ravivés en France



Par Reuters, publié le 21/04/2009 à 17:33 - mis à jour le 21/04/2009 à 18:02

PARIS - Enseignement de la Marseillaise aux immigrés, incitation au respect du drapeau et éducation civique pour étrangers : le gouvernement français entend adopter bientôt un programme d'action pour promouvoir le "patriotisme".

Le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale Éric Besson a laissé entrevoir mardi des mesures en ce sens qui seront prises sans doute en juillet prochain, lors d'un comité interministériel à l'intégration.

"Le patriotisme n'est pas ringard (..) Un hymne, un drapeau, un symbole portent en eux le sacrifice de ceux qui ont rêvé la liberté", a-t-il dit à la presse après avoir reçu les propositions du Haut conseil à l'intégration.

À six semaines des élections européennes du 7 juin, le gouvernement reprend ainsi le sujet de l'identité nationale, un des thèmes favoris de Nicolas Sarkozy lorsqu'il était au ministère de l'Intérieur ou candidat à l'Elysée.

Cette démarche vise pour l'opposition à rallier l'électorat de l'extrême-droite puisqu'elle suggère selon elle que l'immigration est en soi problématique.

L'initiative coïncide avec la relance par le chef de l'État d'un autre thème clé de son discours, la sécurité, lors d'un déplacement à Nice mardi.

Eric Besson, ancien socialiste rallié au pouvoir et nommé en janvier à ce ministère à l'intitulé contesté, s'est dit favorable à la mesure symbolique forte d'un enseignement de la Marseillaise aux nouveaux arrivants.

"À titre personnel et sans engager à ce stade le gouvernement, je pense que ce serait une bonne chose. Comprendre ce que sont les paroles de cet hymne, vous savez comme moi que ça ne va pas de soi", a-t-il dit.

Il juge nécessaire de clarifier des phrases telles que celle qui appelle "un sang impur" à "abreuver les sillons" du pays : il s'agit de fustiger symboliquement les ennemis de la République, souligne le ministre.

"Je pense qu'il faut faire preuve de pédagogie et d'explications, est-ce que ça doit être obligatoire, suggéré ? Il y a un espace pour en parler", a dit Eric Besson.

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SIFFLETS DE LA MARSEILLAISE

Ce thème a été relancé après l'épisode des sifflets qui ont accueilli la Marseillaise au Stade de France lors d'un match de football France-Tunisie en octobre dernier.

La droite avait vu dans l'épisode la preuve que les jeunes Français nés de parents maghrébins méprisaient les symboles de la République. Gauche et sociologues avaient plutôt estimé qu'ils manifestaient un certain sentiment d'exclusion.

Les spécialistes du football avaient souligné de leur côté qu'une telle attitude était un jeu fréquent dans les stades.

Le Haut conseil à l'intégration n'avance pas de propositions coercitives et il est notamment sceptique sur l'éventualité de "tests" imposés aux candidats à l'immigration dans les pays d'origine sur le français et les valeurs républicaines.

Le Haut conseil juge nécessaire une formation préalable et Eric Besson assure qu'il n'est pas question d'en faire un préalable à l'autorisation d'entrée.

La proposition formulée à ce sujet est de "profiter du temps d'attente au consulat pour diffuser un film sur les valeurs de la République".

Il est aussi question d'imposer une formation civique aux nouveaux arrivants, avec délivrance d'un certificat, le tout intégré dans un "Contrat d'accueil et d'intégration" rénové par de nouveaux outils de formation. Cette procédure prévoyant un enseignement obligatoire est aujourd'hui systématique.

Le Haut conseil suggère aussi de cibler l'action sur les écoles, en y rendant plus visibles drapeaux et symboles, mais surtout en favorisant la création de classes d'accueil pour les mineurs immigrés, et l'invitation plus régulière de leurs parents dans l'enceinte des établissements.

source


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lundi 20 avril 2009

"leurre" et artifice de pensée chez Esther Benbassa

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tout le monde sait que l'identité de la France est une construction,
cela ne lui en donne pas moins une réalité et une certaine homogénéité



"leurre" et artifice de pensée :

l'identité nationale chez Esther Benbassa

Michel RENARD

Esther Benbassa n'aime pas les républicains "orthodoxes" - en réalité les républicains tout court. Elle fait l'éloge de la France "multiculturelle". Et tire à boulets rouges sur "l'identité nationale". Esther Benbassa écrit donc souvent dans Le Monde.

Comme ce 17 avril 2009 dans un article dont je retiens ceci : "L'«identité nationale» n'est qu'un leurre, puisque l'identité de la France est plurielle. Aucun musée de l'histoire de France et aucun ministère de l'identité nationale n'y pourront rien." (source)

La France "plurielle" comme la "diversité", sont des formules employées à tort et à travers. Et qui dispensent de toute réflexion rigoureuse. On le voit ici. Car enfin, que l'identité nationale soit "singulière" ou "plurielle", elle n'en reste pas moins une identité...! Par quel artifice de pensée peut-on qualifier de "leurre" l'identité d'un pays au motif de son hétérogénéité postulée ? Par quel vice de raisonnement une diversité de cultures à l'intérieur d'un même pays interdirait-elle une identité nationale qui le définit cependant comme différent d'autres pays ?


qu'est-ce qu'un pays multiculturel ?

Que l'identité française soit le résultat d'un processus historique où interviennent des ingrédients divers, est un pont aux ânes. Tout le monde sait cela. Qu'il faille en inférer que notre pays soit multiculturel, ce n'est pas sûr. Qu'on nous dise d'abord ce qu'est un pays monoculturel et à partir de quand il devient multiculturel. On y verra plus clair ensuite.

Ne serait-ce pas avant tout une question d'échelle ? L'usage croissant de langues autres que la langue nationale, dans le milieu familial ou dans le cadre d'activités culturelles ou religieuses, ne suffit pas à dire qu'une population est multiculturelle. Parce que l'idiome qui rassemble est la langue française, véritable système culturel.

L'observance plus nombreuse de l'islam en France ne rend pas la société multiculturelle. Pourquoi ? Parce que les musulmans de France sont, pour l'essentiel, de culture française (je ne parle pas des organisations musulmanes plus ou moins fondamentalistes ou islamistes qui dominent, il est vrai, le panorama militant). Si la langue rituelle des musulmans de France est l'arabe, la langue de l'intelligibilité de l'islam est la langue française. C'est bien cela qui agace profondément les islamistes, d'où les stratégies de disqualification de l'école à partir de la guerre du voile.

La francité qui permet de parler d'identité nationale n'épuise pas le stock de références identitaires mineures (pas au sens qualitatif de ce terme, mais au sens quantitatif). L'attachement aux traditions régionales, qui étaient autant de sous-cultures, dans la France des deux derniers siècles, n'a jamais fait parler de multiculturalité. Tout simplement parce qu'il existe un sentiment d'identité nationale qui subsume le tout.

Michel Renard

- voir le débat dans Le Monde : cliquer ici

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Esther Benbassa, directrice d'études
à l'École pratique des hautes études (EPHE)


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samedi 4 avril 2009

références des citations

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références des citations du livre

Faut-il avoir honte de l'identité nationale ?



Identit__nationale_couv_d_fLes caractéristiques éditoriales de la collection dans laquelle est publié le livre Faut-il avoir honte de l'identité nationale ? ne permettaient pas d'inclure en notes infrapaginales les références des nombreuses citations que compte l'ouvrage. C'est une concession difficile à admettre pour la rigueur historienne. Mais nous n'avions pas le choix. Nous avons donc seulement indiqué, en règle générale, le titre et la date de l'oeuvre citée.

Pour compenser cette carence, nous commençons ci-dessous la publication des références précises des citations. Comme les citations ne sont pas numérotées dans le livre, nous les identifions par la page où elles sont mentionnées et en recopiant leur texte. Il nous faudra un peu de temps pour être complet...

Daniel Lefeuvre - Michel Renard



p. 5
c'est la "droite qui, depuis un siècle, a toujours privilégié le national contre une gauche rassemblée autour du social"
- Gérard Noiriel, À quoi sert «l'identité nationale», Agone, 2007, p. 107.

p. 7
Jules Michelet : "J'aime la France parce qu'elle est la France, et aussi parce que c'est le pays de ceux que j'aime et que j'ai aimés" (Le Peuple, 1846).

p. 8-9
"Une nation ne peut être qu'au prix de se chercher elle-même sans fin, de se transformer dans le sens de son évolution logique, de s'opposer à autrui sans défaillance, de s'identifier au meilleur, à l'essentiel de soi, conséquemment de se reconnaître au vu d'images de marque, de mots de passe connus des initiés (que ceux-ci soient une élite, ou la masse entière du pays, ce qui n'est pas toujours le cas). Se reconnaître à mille tests, croyances, discours, alibis, vaste inconscient sans rivages, obscures confluences, idéologies, mythes, fantasmes… En outre, toute identité nationale implique forcément, une certaine unité nationale, elle en est comme le reflet, la transposition, la condition" (L'identité de la France, espace et histoire, 1986, 17).

p. 10-11
Qui, parmi ces protestataires, désavoue la définition du peuple algérien que donnaient les Oulémas au lendemain de l’indépendance de l’Algérie : "Nous avons besoin de faire distinguer la personnalité de l’Algérie et de l’édifier à nouveau (…) Nous sommes Algériens et cela veut dire que nous sommes un peuple ayant une personnalité propre. Cette personnalité apparaît dans sa religion, dans sa langue, dans ses mœurs, dans sa tradition, enfin dans son histoire" (21 août 1962) [réf. à retrouver].

p. 11
l’affirmation du sociologue algérien Abdel Malek Sayad, qui soutenait que "l’intégrité de notre être, la cohérence de notre système de relations avec nous-mêmes, c’est-à-dire avec nos semblables ou nos homologues" exige de "renouer les fils de l’histoire, restaurer la continuité de cette histoire" algérienne qui aurait été "mutilée" par "l’aliénation coloniale" (Histoire et recherche identitaire, 2002, p. 21).

p. 12
Comme le notait l'écrivain Jean Guéhenno en 1949 : "quiconque a horreur du nationalisme, fût-il français, est peut-être autorisé à n'être pas plus tendre pour le nationalisme des peuples coloniaux" (La part de France, éd. du Mont-Blanc, 1949, p.-185-186).

p. 13-14
Simone Weil (...) : "Il serait vain de se détourner du passé pour ne penser qu'à l'avenir. C'est une illusion dangereuse de croire qu'il y ait même là une possibilité. L'opposition entre l'avenir et le passé est absurde. L'avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien-; c'est nous qui pour le construire devons tout lui donner, lui donner notre vie elle-même. Mais pour donner, il faut posséder, et nous ne possédons d'autre vie, d'autre sève, que les trésors hérités du passé et digérés, assimilés, recréés par nous. De tous les besoins de l'âme humaine, il n'y en a pas de plus vital que le passé. L'amour du passé n'a rien à voir avec une orientation politique réactionnaire" (L'enracinement, 1949, Gallimard-Folio, 2003, p. 70-71).

p. 18
Comme l'indiquait Michel Vovelle en 1984 dans Les lieux de mémoire : "L'ignorance croissante de la Révolution française, elle aussi évanescente dans les programmes scolaires au cours des dernières décennies, prive La Marseillaise de la référence la plus élémentaire aux événements qui lui ont donné naissance". (Les lieux de mémoire, 1. La République, éd. Gallimard-Quarto, 1997, p. 149).

p. 19
(le sentiment national) est aussi l'objet d'appropriations différenciées, non exclusives d'autres identités, mais il n’est pas "un élément identitaire parmi de nombreux autres" (G. Noiriel, À quoi sert «l'identité nationale», Agone, 2007, p. 27-28).

p. 20
Avec les historiens André Burguière et Jacques Revel, il faut donc rejeter "une explication de la nation à partir de sa seule mémoire collective et des discours successifs qu'elle a tenus sur elle-même, pour s'attacher à ce qui la définit plus profondément, c'est-à-dire souvent malgré elle" (préface à l'Histoire de la France, L'espace français, 1989, éd. Points-Seuil, 2000, p. 19).

p. 20
C'est le sens de la déclaration de Danton, le 31 mars 1794. À Robert Lindet, venu lui recommander de quitter la France pour échapper à l'arrestation, il réplique : "Partir ? Est-ce qu'on emporte sa patrie à la semelle de ses souliers ?" (Danton, Discours, éd. de l'Aire, 1983, p. 241).

p. 21
Soutenant que "l'intégration des populations issues de l'immigration a (…) peu de chances de reproduire à l'identique les modes d'action qui furent, pendant un siècle et demi, ceux du creuset français", Pierre Milza interrogeait : "devrons-nous pour autant renoncer à ce qui constitue la spécificité de notre modèle assimilationniste ?  Je ne le pense pas" ajoutait aussitôt l’historien pionnier des immigrations italiennes en France, car "le respect des cultures ne signifie pas qu'on doive laisser à chaque groupe le soin de régler ses affaires hors des règles de la République. Il existe sur ce point un accord assez général des habitants de l'Hexagone" (L'identité de la France et l'Europe, dir. Thierry de Montbrial et Sabine Jansen, éd. Bruylant, 2005, p. 62-63).

p. 21
Pour (Suzanne Citron), il faut faire droit à "l'histoire des trois quarts des Français, qu'ils soient corses, alsaciens, juifs ou arabes, petits-enfants d'immigrés et/ou d'anciens colonisés..." (Le mythe national. L'histoire de France revisitée, 1987 et 2008, p. 307 de l'éd. 2008).

p. 22
l'affaissement du discours scolaire républicain. Un discours qui privilégiait un "répertoire de valeurs et de significations partagées" (Burguière et Revel, préface à l'Histoire de la France, L'espace français, 1989, éd. Points-Seuil, 2000, p. 13).

p. 22
Loin d’avoir affaire à des élèves conditionnés par le "mythe national", ce sont des "enfants sans Histoire" qui peuplaient ses classes, comme l'académicien Alain Decaux, des universitaires et des hommes politiques, s’en inquiétèrent alors (Des enfants sans histoire. Le livre blanc de l'enseignement de l'histoire, préf. Alain Decaux, enquête de Jean-François Fayard, Perrin, 1984).

p. 23
Faute des bénéfices escomptés, cette "histoire éclatée" n'a en rien construit une "francité nouvelle, plurielle, métissée, généreuse" (Suzanne Citron). Et bien des faits divers, quelques-uns tragiques, montrent que ni la fraternité ni la "tolérance" n'en sortent renforcées (Le mythe national. L'histoire de France revisitée, 1987 et 2008, p. 307 de l'éd. 2008).

p. 23
la voix de Pierre Goubert qui assurait qu’il ne fallait pas craindre d'enseigner aux élèves, "sans fausse honte, l'histoire du pays où le hasard les a fait naître" (Des enfants sans histoire. Le livre blanc de l'enseignement de l'histoire, préf. Alain Decaux, enquête de Jean-François Fayard, Perrin, 1984, p. 16).

p. 23-24
Fernand Braudel lui-même avait exposé ses inquiétudes à propos du mot "multi-culturel" : "S'il signifie que plusieurs cultures bavardent ensemble et échangent leurs biens, je suis en faveur du multi-culturel. Mais s'il signifie une culture qui éclate dans toutes les directions pour donner satisfaction aux uns et aux autres, alors je suis contre" (Une leçon d'histoire de Fernand Braudel, journées de Châteauvallon, Arthaud-Flammarion, 1986, p. 167).

p. 24
En octobre 1939, l'écrivain Jean Paulhan invitait déjà à "réapprendre la France". Il fallait de l’audace, alors, pour formuler une telle incitation, comme son fils, Jean-Kelly Paulhan, le rappelle : "Avant la défaite de 1940 : oser la «Patrie», la nommer, à plus forte raison l'exalter apparaissait non pas incompréhensible, mais impossible, odieux ; c'était donner l'impression de faire allégeance au nationalisme, jugé responsable de la Grande Guerre, se ranger dans les rangs d'une droite conservatrice qui avait fini par monopoliser la Patrie, comme si elle avait été seule à même de la comprendre, de l'assumer, de la défendre" (avant-propos au Journal des années noires, 1940-1944 de Jean Guéhenno, Gallimard-Folio, 2002, p. IV).

p. 25
(la romancière et conservateur aux Archives nationales, Édith Thomas) avait imaginé, en juillet 1940, avant le vote des pouvoirs constituants au maréchal Pétain, ce qu'un homme "assez courageux" aurait pu dire à l'Assemblée nationale : "Après aujourd'hui le silence retombe comme une dalle funéraire sur ce qui fut jadis la France. J'entends par là ce que fut la France dans le monde : le pays de Montaigne, et de Descartes, le pays de Voltaire et de la Révolution, la dispensatrice des mots magnifiques que nous croyions naïvement au devenir éternel : la liberté, l'égalité, la justice et la fraternité" (Pages de journal, 1939-1944, éd. Viviane Hamy, 1995, p. 80).

p. 26
Le 29 juin 1940, (Édith Thomas) note : "J'ai vu hier les premiers soldats allemands. Le sentiment qui domine, c'est la haine (…) celle que j'éprouve pour tout uniforme, pour toute autorité de mon propre pays (…) Dans tout cela, en tout cas, très peu de résidu national". Cinq mois plus tard, le 21 novembre, le propos est tout différent : "Je deviens chauvine et cocardière. Hier sur le quai, j'ai aperçu un soldat français en uniforme avec un brassard de la Croix-Rouge (…) J'ai eu envie de lui dire : Si vous saviez comme je suis contente de vous voir" (Pages de journal, 1939-1944, éd. Viviane Hamy, 1995, p.-78-79 et 109).

p. 27
Dans un texte de 1942, qui résonne des fusillades de la clairière de Châteaubriand, Louis Aragon débute ainsi Les enfants de France : "Dans Paris bâillonné, le 11 novembre 1940, moins de cinq mois après qu'un maréchal de France eut proclamé que la Patrie avait touché la terre des épaules, les étudiants descendirent dans la rue, et leur jeune voix retentit si haut que la France tout entière l'entendit et cessa de croire à la défaite. Les étudiants de Paris sont les fils de toute la France, l'espoir spirituel de la Nation" (cité dans La Résistance et ses poètes (France 1940/1945), Pierre Seghers, éd. Seghers, 2004, p. 144).

p. 27-28
Dans cette concurrence des symboles, Aragon avait choisi le combat. Il présente au philosophe communiste Georges Politzer – fusillé par les nazis en mai 1942 au Mont-Valérien – sa tentative de "réclamer notre héritage à la fois de l'histoire et des légendes (…) pour se faire entendre des Français".
"J'expliquai à Politzer le fond de ma pensée : aux mythes de la race, opposer les images de la Nation (…) au sens initial français du mot, qui ne préjuge pas de l'emploi nazi des mythes". Pour l'écrivain communiste "les mythes remis sur leurs pieds ont force non seulement de faire rêver, mais de faire agir, de donner à l'action et aux songeries de chez nous cette cohésion cette unité qui paraissaient alors, en 1941, si hautement désirables. Voilà ce que je dis à Politzer, et que Politzer approuva" (Aragon, La Diane française, suivi de En étrange pays dans mon pays lui-même, 1945, éd. Seghers, 2006, p. 92-93).



(...)

p. 189
Quelle meilleure défense de l'identité nationale que celle prononcée par l'historien britannique Theodore Zeldin dans son Histoire des passions françaises : "Aucune nation, aucune démocratie ne peut écrire sa propre histoire sans reconnaître à la France une dette ou une influence directe. L’histoire de France aura toujours un sens pour l’histoire universelle". Avons-nous le droit de renier cette identité ? (Histoire des passions françaises, 1848-1945, tome 5, Anxiété et hypocrisie, p. 446).






à suivre...

voir aussi : ** index des noms propres cités dans le livre **

 

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