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"Vichy" / Vichy

ou la malheureuse métonymie

Michel RENARD


"Soyez maudits jusqu'à la septième génération" aurait lancé à ses tourmenteurs Jacques de Molay, le maître de l'Ordre du Temple, le 19 mars 1314 au moment de monter sur le bûcher. En irait-il de même pour la ville de Vichy ? Maudite jusqu'à la septième génération, ou plus encore ?

Le régime pétainiste de l'État français a pourtant été jugé, son idéologie dénoncée, son racisme et son antisémitisme flétris, ses responsables condamnés après 1944. Pourquoi la sous-préfecture, et deuxième ville de l'Allier par sa population, qui n'a pas choisi d'abriter la capitale de l'État français en 1940, porterait-elle l'opprobre aujourd'hui encore ?

Tout le monde sait les raisons qui ont conduit le gouvernement du maréchal Pétain à s'installer dans la ville thermale : l'importance de l'infrastructure hôtelière, la relative proximité de Paris, l'existence du central téléphonique moderne de l'hôtel des Postes... Les habitants n'ont pas accueilli le régime du maréchal plus favorablement qu'une quelconque autre ville française. Après guerre, ils ne se sont pas montrés attachés à la "Révolution nationale" que la Libération venait de renverser.

La facilité langagière qui consiste à nommer Vichy le régime pétainiste, toute sa politique et toute la période de la Collaboration entre 1940 et 1944, a ses limites. On ne devrait souffrir de cette métonymie soixante après. Ou alors faudrait-il en aller de même avec Bordeaux, capitale de toutes les défaites (1870, 1914, 1940), avec Lyon où officia Barbie, avec Paris qui vit la rafle du Vel d'Hiv et dont les bâtiments administratifs et les hôtels furent occupés en grand nombre par les autorités nazies...

La ville de Vichy devrait donc pouvoir accueillir une réunion politique ministérielle, européenne ou autre, sans que celle-ci soit "plombée" par le souvenir de "Vichy, 1940-1944". C'est le sentiment qu'a exprimé la secrétaire d'État à la Ville.

En effet, selon l'AFP (4 novembre), Fadela Amara "trouve dégueulasse" de continuer à traiter la ville de Vichy, où se tient lundi et mardi la conférence ministérielle européenne sur l'intégration, en "pestiférée". "Je trouve dégueulasse", a affirmé mardi sur I Télé Fadela Amara qui était hier à Vichy, "de vouloir rendre la ville de Vichy comme pestiférée de notre histoire".

Par ailleurs, qualifier toute tentative de politique migratoire de "raciste", de "ségrégationniste", venir manifester en habits rayés évoquant les déportés concentrationnaires, tout cela relève du même mésusage des références historiques. Cela ne vaut pas mieux que le slogan "CRS = SS" de 1968.

On récolte le fruit d'un affaissement de l'enseignement de l'histoire, d'une réduction du choix politique à un binôme simpliste (gentil/méchant), de la légèreté avec laquelle on a adjectivé le terme citoyen pour l'étendre à n'importe quelle activité ou situation ("école citoyenne" et autres désinvoltures), de la mécompréhension des épisodes vraiment tragiques de l'histoire du XXe siècle dont on annonce la réédition à chaque campagne propagandiste sans aucun souci de responsabilité politique.

Détecter dans toute politique de droite (sans parler de l'extrême-droite) un syndrome fascisant ou pétainisant est non seulement une paresse de l'esprit devant l'exigence d'avoir à penser le nouveau, mais aussi une insouciance coupable devant les vrais devoirs de mémoire. Cette dernière formule commence à m'indisposer tellement elle sert et contre-sert, car si elle était réellement réfléchie, on ne divaguerait pas ainsi. On ne dirait pas  que la conférence de Vichy est vichyste. Le passé ne serait plus ce réservoir d'incriminations dans lequel on puise sans aucun respect de l'intelligibilité historique.

Michel Renard

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iconographie des mésusages du passé historique


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les parallèles pseudo-historiques d'une mauvaise propagande


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la lepénisation puis l'hitlérisation de Nicolas Sarkozy sont des hyperboles imbéciles
qui finissent par méjuger les références historiques qu'elles utilisent en les rendant 
indéchiffrables

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manifestants contre la politique migratoire européenne :
le fait politique n'est plus analysé mais seulement stigmatisé à l'excès


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